Armes à feu: les libéraux accusent Erin O’Toole de mentir

Sa déclaration «ne peut qu’être qualifiée de mensonge pur et simple», a dénoncé Rachel Bendayan, la candidate libérale dans Outremont, lors d’un point de presse.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Sa déclaration «ne peut qu’être qualifiée de mensonge pur et simple», a dénoncé Rachel Bendayan, la candidate libérale dans Outremont, lors d’un point de presse.

Pendant que Justin Trudeau faisant relâche, ses troupes ont tiré samedi à boulets rouges sur les conservateurs, accusant leur chef Erin O’Toole d’avoir menti aux Québécois lors du débat de TVA jeudi, lorsqu’il a promis de maintenir l’interdiction sur les armes d’assaut, bien que sa plateforme électorale indiquait noir sur blanc le contraire.

Les conservateurs promettent en toutes lettres d'annuler la décision du gouvernement libéral d'interdire certaines armes de «style militaire» et de réviser la loi sur les armes à feu. Pressé de questions sur sa position pour une deuxième journée, M. O’Toole a refusé samedi de révéler clairement ses intentions ni d'expliquer son apparente contradiction, se contentant de répéter ad nauseam qu'il va «maintenir l’interdiction sur les armes d’assaut».

Le litige porte sur la définition d'une arme d'assaut. Les conservateurs n'aboliraient pas la loi qui interdit les armes automatiques depuis 1977, mais uniquement la récente législation des libéraux.

Quoi qu'il en soit, la déclaration du chef conservateur «ne peut qu’être qualifiée de mensonge pur et simple», a dénoncé Rachel Bendayan, la candidate libérale dans Outremont, lors d'un point de presse dans un parc de Montréal. «Erin O’Toole, laquelle de ces armes-là est-ce que tu vas remettre sur nos rues?», a-t-elle lancé avec colère en pointant une affiche présentant notamment des carabines associées à des massacres.

«M. O’Toole a regardé les Québécois dans les yeux et leur a menti en pleine face. Alors, s’il est capable de mentir à la télévision nationale comme ça, quessé qu’il est capable de faire dans une chambre privée avec sa gang de proarmes?», a-t-il demandé en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Il est devenu chef du parti conservateur grâce au lobby des armes à feu et c’est une façon de les repayer, de les remercier», a affirmé M. Rodriguez.

Les électeurs, a-t-il dit, méritent mieux que « les mensonges » de « Steven O’Toole ». Un lapsus « révélateur », a par la suite précisé l’équipe libérale, estimant que la politique du chef actuel et de l’ancien premier ministre Steven Harper, c’est du pareil au même.

« Et le Bloc, ben il dort sur la switch, a poursuivi M. Rodriguez. Ce qui est clair, c’est que les conservateurs ne veulent pas éliminer les armes d’assaut, le Bloc ne peut pas le faire et nous, on va le faire. »

D’autres poids lourds libéraux ont attaqué M. O’Toole sur ce sujet au cours de cette offensive concertée. Ainsi de Bill Blair à Toronto et de Harjit Sajjan à Surrey, en Colombie-Britannique.

Les libéraux promettent pour leur part d’instaurer un programme forçant les propriétaires d’armes d’assaut à les vendre au gouvernement fédéral ou à les rendre inopérables. Ils se sont également engagés à verser un milliard $ aux provinces qui veulent légiférer sur les armes de poing.

Appui de PolySeSouvient
Parmi les propositions de tous les partis, la position libérale est celle qui répond le mieux aux « revendications historiques » du groupe PolySeSouvient, a déclaré sa porte-parole Nathalie Provost, qui a été atteinte de quatre balles lors de la fusillade de l’École polytechnique en 1989.

À l’inverse, la position des conservateurs, « c’est une catastrophe pour tous les Canadiens pour plusieurs générations à venir », a-t-elle répété à trois reprises, en entrevue téléphonique.

« Je suis tellement horrifiée, a-t-elle dit. On n’est même pas remis de la destruction du [registre] des armes d’épaules. Le Canada a reculé et il n’est pas revenu. On est moins protégé presque qu’en 1990. »

Pour PolySeSouvient, il est clair qu’Erin O’Toole « joue sur les mots » et tente de « défendre l’indéfendable ». En réalité, les conservateurs veulent « rendre à nouveau légales les armes semi-automatiques de type militaire », des armes qui sont « communément appelées ‘armes d’assaut’ », tranche-t-il sur son site internet.

En mars, le groupe fondé par des victimes et des proches des femmes tuées lors de la fusillade avait accusé les libéraux de reculer sur sa promesse et de capituler face au lobby des armes à feu en rendant volontaire le programme de rachat d’armes « d’assaut » existantes dans le projet de loi C-21, déposé au cours de leur plus récent mandat.

« Ce que je comprends, c’est qu’il est en train de répondre favorablement à notre critique et que fort probablement qu’il pourra être accueilli de manière positive lors des prochaines commémorations », a-t-elle déclaré samedi.

Les militants rappellent cependant qu’il s’agit de promesses électorales et que celles « de 2015 et de 2019 n’ont pas été respectées ». Dans un communiqué, ils ont dit souhaiter que les libéraux expliquent aux Canadiens « pourquoi, cette fois, ils devraient les croire ».

Le groupe reproche cependant aux libéraux, aux néo-démocrates et aux bloquistes d’« abdiquer » le pouvoir de légiférer sur les armes de poing, en le donnant aux provinces.

« Les Ontariens, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta ont dit: "On ne le fait pas", a dit Mme Provost. Et l’Assemblée nationale a une motion à Québec, mais jamais le gouvernement du Québec n’a dit qu’il le ferait. »

Contrairement aux libéraux, le NPD et le Bloc québécois ne mentionnent pas les chargeurs à grande capacité dans leur plateforme, ce qui déçoit le groupe.



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