Blanchet empêche la candidate Ensaf Haidar d’expliquer son appui à Maxime Bernier en 2018

Yves-François Blanchet était à Sherbrooke, mardi, pour parler de laïcité et d’égalité des sexes.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Yves-François Blanchet était à Sherbrooke, mardi, pour parler de laïcité et d’égalité des sexes.

Yves-François Blanchet a empêché, mardi, sa candidate dans Sherbrooke, Ensaf Haidar, d’expliquer elle-même les raisons qui l’ont poussée à appuyer publiquement Maxime Bernier en 2018.

Interrogée sur ses prises de position passées, en point de presse aux côtés du chef du Bloc québécois, Mme Haidar est d’abord restée silencieuse.

M. Blanchet est vite intervenu pour dire à la journaliste qui posait la question : « Je ne crois pas qu’on va procéder à ça ici ce matin, madame. »

Relancé deux autres fois par d’autres journalistes, qui se demandaient pourquoi Mme Haidar ne pouvait pas s’exprimer librement, M. Blanchet a laissé savoir que c’était son point de presse à lui.

« Quand je ne suis pas là, tous les médias n’ont qu’elle pour satisfaire leurs attentes et leur curiosité. Je me permets de prendre mes points de presse. »

M. Blanchet était à Sherbrooke, mardi, pour parler de laïcité et d’égalité des sexes.

Les journalistes qui ont voulu s’entretenir avec Mme Haidar une fois le point de presse terminé se sont fait dire que les entrevues se feraient par téléphone seulement.

Devant l’insistance des journalistes, on lui a finalement permis de répondre à quelques questions.

Mme Haidar a expliqué avoir gazouillé son appui pour M. Bernier (« Why I support Maxime Bernier »), parce qu’il s’était montré sympathique à la cause de son mari, Raïf Badawi, emprisonné depuis neuf ans en Arabie saoudite.

« J’ai soutenu beaucoup de gens autour de moi, ce n’est pas juste Maxime Bernier, a-t-elle expliqué dans un français approximatif. Chaque personne qui parle de Raïf, je suis avec lui. »

Mme Haidar a par ailleurs assuré que ses valeurs étaient alignées avec celles du Bloc québécois.

M. Blanchet a pour sa part déclaré que Mme Haidar avait « cheminé » dans sa réflexion, et que des « rapprochements » avec le Bloc québécois s’étaient créés au fil des ans.

« Ça se pourrait que la proximité entre le Bloc québécois, la cause de Raïf Badawi et Ensaf Haidar aient avoir les unes avec les autres », a-t-il dit.

La stratégie du Bloc contraste avec celle utilisée la semaine dernière à Saguenay, où le candidat et député sortant Mario Simard avait été mis à l’avant-scène lors des points de presse.

Laïcité

M. Blanchet voulait parler de laïcité à Sherbrooke et revenir sur l’exigence du gouvernement québécois qu’aucun chef fédéral ne participe à la contestation devant les tribunaux de la loi sur la laïcité.

La loi 21, adoptée sous bâillon à l’Assemblée nationale en 2019, interdit le port de symboles religieux aux employés de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants.

M. Blanchet veut que les chefs fédéraux s’engagent à ce qu’aucune somme d’argent public ne soit utilisée dans quelque contestation que ce soit de la loi 21.

De plus, ils doivent ne pas permettre que des organisations financées par le fédéral utilisent cet argent pour contester « la volonté légitime de la nation québécoise exprimée par ses lois », a-t-il ajouté.

Appelé à réagir, le chef libéral et premier ministre sortant, Justin Trudeau, a déclaré que M. Blanchet cherchait à parler d’autres choses que de ce qui intéressait les Canadiens.

« C’est sûr que M. Blanchet va toujours chercher la chicane, a-t-il affirmé. Les Québécois sont en train de défendre leurs droits devant la cour et on suit ça attentivement. »

D’Ottawa, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, a indiqué qu’il ne contesterait pas la loi 21, mais continuerait cependant de respecter l’indépendance du Programme de contestation judiciaire.

« Je ne contesterai pas une loi de l’Assemblée nationale. C’est clair. C’est dans mon contrat avec les Québécois et les Québécoises. Je vais toujours respecter les champs de compétence des provinces, incluant sur la laïcité. »

En Colombie-Britannique, la question a rattrapé le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

« Il n’y a pas une position unanime au Québec. Il y a plusieurs Québécois, des millions de Québécois et Québécoises qui sont contre une loi qui divise », a déclaré Jagmeet Singh.



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