Valse d’insultes croisées sur le climat

Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, accuse ses rivaux de ne pas vouloir ou pouvoir en faire assez pour lutter contre les changements climatiques. Sur la photo, une murale érigée à Toronto, en avril, à l’occasion du Jour de la Terre.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, accuse ses rivaux de ne pas vouloir ou pouvoir en faire assez pour lutter contre les changements climatiques. Sur la photo, une murale érigée à Toronto, en avril, à l’occasion du Jour de la Terre.

Les hostilités ont monté d’un cran, à presque mi-parcours de la campagne électorale fédérale. Justin Trudeau s’en est pris non seulement à Erin O’Toole, mais également à Yves-François Blanchet, et il les accuse tous deux de ne pas vouloir ou pouvoir en faire assez pour lutter contre les changements climatiques. Le chef libéral a cependant aussi dû défendre son propre bilan en la matière.

Les libéraux ont entamé la troisième semaine de campagne électorale à l’offensive. En procédant à une troisième annonce en matière d’environnement en trois jours [voir autre texte], Justin Trudeau s’est assuré de critiquer d’entrée de jeu ses rivaux conservateur et bloquiste.

Le premier, Erin O’Toole, « propose maintenant de revenir en arrière aux anciennes cibles climatiques des années Harper », a raillé M. Trudeau lundi, de passage à Granby. Le second, Yves-François Blanchet, ne peut pas imposer de plan climatique à l’échelle du Canada, a argué M. Trudeau, et il était ministre de l’Environnement lorsque le gouvernement péquiste de Pauline Marois a approuvé l’exploration du potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti. « Yves-François Blanchet a une vision à géométrie variable de ce qui est bon pour l’environnement », a dénoncé M. Trudeau, qui a haussé le ton face au chef bloquiste tout comme son ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, qui lui a adressé les mêmes reproches.

Pourtant, le gouvernement de Justin Trudeau a acheté l’oléoduc Trans Mountain et son projet d’agrandissement au coût de 4,5 milliards de dollars, a rappelé Yves-François Blanchet lors de son propre point de presse. « Je constate que M. Guilbeault a développé un talent plus remarquable pour escalader les pipelines que les tours, et que sa propre conscience environnementale a été mise sur le marché. Et maintenant, il défend l’indéfendable », a lancé le chef bloquiste, en qualifiant l’ancien militant écologiste Steven Guilbeault de simple « faire-valoir occasionnel » pour les libéraux dans ce dossier.

Justin Trudeau a quant à lui une fois de plus défendu sa décision d’acheter l’oléoduc Trans Mountain, afin de permettre l’exportation de pétrole albertain vers d’autres marchés que celui des États-Unis pendant que la planète réclame encore cette forme d’énergie. « Je sais qu’il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec ma décision d’acheter un oléoduc et d’investir tous les profits dans ce virage vert. Mais je l’assume », a-t-il insisté. « Je ne recule pas devant des critiques. Je ne me fâche pas quand on me critique. J’écoute, j’explique et j’assume. C’est ça, du leadership. »

Climatosceptiques conservateurs

Les libéraux étaient armés de munitions pour s’en prendre aussi à Erin O’Toole lundi. M. Guilbeault a ainsi énuméré, sur Twitter, les propos passés d’une dizaine de candidats conservateurs ayant émis des doutes quant aux causes humaines des changements climatiques — comme l’a fait la candidate Céline Lalancette, dans Shefford, l’an dernier — ou qui ont dénoncé « l’alarmisme climatique » des libéraux au cours des dernières années.

« Erin O’Toole continue d’accueillir des dinosaures au sein du Parti conservateur, a lancé M. Guilbeault sur Twitter. Ce n’est que la pointe de l’iceberg du déni des changements climatiques omniprésent au sein de son parti. »

Je constate que M. Guilbeault a développé un talent plus remarquable pour escalader les pipelines que les tours, et que sa propre conscience environnementale a été mise sur le marché

 

Le chef O’Toole n’a pas voulu commenter les propos passés de ses candidats. « Tous nos candidats vont appuyer notre “Plan de rétablissement du Canada”, [dont] notre engagement dans la lutte contre les changements climatiques. Tous nos candidats. Point final », s’est-il contenté de répéter.

Dans le lot des députés sortants qui se sont retrouvés dans l’embarras, l’élue ontarienne Cheryl Gallant avait publié une vidéo YouTube en juin reprenant des propos conspirationnistes et plaidant que M. Trudeau et « les libéraux radicaux » planifiaient la mise en place d’un « confinement climatique ».

Mme Gallant s’est finalement dite « fière », dimanche soir sur Twitter, de faire campagne avec la plateforme conservatrice « dans son intégralité ». La députée n’avait rien publié sur Twitter depuis juillet 2020.

M. Guilbeault n’a pas épargné le Nouveau Parti démocratique non plus, à qui il a reproché de ne pas avoir de plan pour mettre en œuvre ses propres cibles de réduction de gaz à effet de serre.

Vaccination

Justin Trudeau voulait visiblement tracer un parallèle entre ses deux principaux adversaires au Québec. Non seulement il a critiqué leurs bilans environnementaux, mais il les a également mis dans le même sac en matière de vaccination obligatoire.

M. O’Toole n’a pas exigé la vaccination de ses candidats, a noté M. Trudeau. Et M. Blanchet n’imposerait pas, tout comme M. O’Toole, la vaccination contre la COVID-19 aux fonctionnaires fédéraux que le chef libéral, lui, souhaite exiger.

« Le manque de leadership de M. O’Toole et de M. Blanchet au niveau de la vaccination est en train de rire des sacrifices que tellement de Canadiens ont faits pendant cette pandémie et [qu’ils] continuent de faire en se faisant vacciner », a fait valoir M. Trudeau en début de conférence de presse lundi.

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