Blanchet ne craint pas de perdre le vote écologiste au Québec

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet

« Ajouter le son “ver” à tout, ça marche. Des projets qui sont hyperpolluants, ils mettent le mot “vert” dedans, puis on n’y voit que du feu. »

Yves-François Blanchet a lancé cette boutade, jeudi, alors qu’il visitait une ferme d’alpagas à Saguenay, après s’être à nouveau fait interroger sur le mégaprojet de troisième lien à Québec.

Les propriétaires de la ferme Bersi faisaient part au chef du Bloc québécois de leur désir de possiblement inclure une partie du nom de leur fille Véronique à leur nom d’entreprise.

Or, ce qu’a évoqué à la blague M. Blanchet est précisément ce que lui ont reproché plusieurs environnementalistes jeudi matin : d’essayer de « verdir » le troisième lien.

Mardi dernier, M. Blanchet a pour la première fois affiché ses couleurs : il s’est montré favorable au projet de tunnel autoroutier Québec-Lévis, évalué à 10 milliards $, qui sera foré sous le fleuve Saint-Laurent.

Il a notamment souligné à grands traits son potentiel « écologique ».

M. Blanchet a maintenu sa position mercredi et jeudi, lors de plusieurs entrevues à la télévision et à la radio locale, où le sujet revenait constamment.

Il a toutefois précisé qu’il avait exprimé publiquement son avis personnel, et non celui du Bloc.

Selon l’ancien ministre de l’Environnement, sous Pauline Marois, les voitures qui emprunteront le futur tunnel auront un accès plus direct au centre-ville de Québec, et donc, émettront moins de GES.

Il prévoit aussi une augmentation du nombre de véhicules électriques.

Critiqué de toutes parts par les environnementalistes, le chef du Bloc a rejeté, en point de presse à Saguenay, l’idée selon laquelle il était en train de se mettre à dos le vote écologiste au Québec.

Selon plusieurs groupes de défense de l’environnement, le troisième lien à Québec est inutile et nocif entre autres parce qu’il créera de l’étalement urbain.

« Lorsque les gens dans les extrémités d’une position donnée s’expriment avec vigueur, c’est parfois la démonstration que la position du Bloc, […] qu’il reviendra à Québec d’assurer les vertus environnementales du projet, est […] raisonnable », a déclaré M. Blanchet.

Le rapport d’impôt unique sème l’inquiétude

Le chef du Bloc n’était pas au bout de ses peines : lors de son passage à Saguenay, il a aussi dû défendre sa proposition de confier à Québec l’administration d’un rapport d’impôt unique.

L’idée est loin de plaire à la région, qui craint qu’il y ait inévitablement des répercussions sur les 1000 emplois du Centre fiscal de Jonquière.

Le rapport d’impôt unique est une demande de Québec, appuyée unanimement par l’Assemblée nationale, a fait valoir M. Blanchet.

« L’État québécois a l’intention d’assurer qu’il n’y ait pas de pertes d’emplois. Ça relèvera de l’État québécois », a-t-il laissé tomber.

Dynamiser la forêt québécoise

Par ailleurs jeudi, le Bloc a proposé des mesures pour « maximiser » le potentiel de la forêt québécoise.

Yves-François Blanchet a invité tous les chefs de partis à signer une feuille de route commune, initiée par le Bloc et soutenue par 45 partenaires, y compris tous les syndicats des travailleurs forestiers.

Cette feuille de route, qui fait l’unanimité au Québec, a souligné M. Blanchet, exige entre autres que le fédéral :

 
  • stimule l’utilisation du bois dans la construction ;
  • développe la transformation locale ;
  • finance les innovations technologiques vertes ;
  • renégocie l’accord sur le bois d’œuvre avec l’administration Biden, aux États-Unis.

Selon le candidat du Bloc dans Jonquière, Mario Simard, la forêt a un « potentiel immense » mais demeure le « parent pauvre » des ressources naturelles.

Le gouvernement fédéral n’investit que 71 millions $ par année dans la forêt québécoise, tandis qu’il allonge en moyenne plus de 10 milliards $ par année dans les énergies fossiles, a-t-il dit.

« La forêt mérite mieux en tant que moteur économique pour 900 municipalités québécoises et chaque parti doit s’y engager », a ajouté M. Simard.

Pénurie de main-d’œuvre

Le Bloc propose également sept pistes de solutions pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, dont :

 
  • la suspension de la Prestation canadienne de relance économique (PCRE) ;
  • un crédit d’impôt pour les nouveaux diplômés et nouveaux arrivants dans les régions d’une valeur maximale de 3000 $ par année jusqu’à concurrence de 8000 $ au total ;
  • un crédit d’impôt pour les aînés souhaitant rester sur le marché du travail et une hausse de 1000 $, donc jusqu’à 6000 $, de l’exemption de gains de revenu d’emploi du Supplément de revenu garanti.

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