Les partis fédéraux doivent donner priorité aux transferts en santé, martèle François Legault

Le premier ministre du Québec, François Legault, a profité jeudi du contexte électoral fédéral pour réclamer, entre autres, une augmentation des transferts en santé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre du Québec, François Legault, a profité jeudi du contexte électoral fédéral pour réclamer, entre autres, une augmentation des transferts en santé.

Le premier ministre François Legault a profité jeudi du contexte électoral fédéral pour réclamer — encore une fois — une augmentation des transferts en santé, non sans formuler des reproches aux partis « plus centralisateurs » que sont le Parti libéral du Canada (PLC) et le Nouveau Parti démocratique (NPD).

Le chef du gouvernement n’a pas donné un appui explicite à un parti œuvrant sur la scène fédérale, mais il n’a pas caché son malaise face aux propositions du PLC et du NPD. « Quand on est un nationaliste québécois […] pour qui c’est important une nation qui a plus d’autonomie, il y a deux partis qui sont plus centralisateurs : le Parti libéral et le NPD », a-t-il affirmé.

M. Legault a tiré à boulets rouges sur les propositions libérale et néo-démocrate d’imposer des normes nationales dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Il a aussi exprimé son mécontentement au sujet de l’engagement libéral d’investir six milliards de dollars pour embaucher des médecins de famille et des infirmiers.

Il y a deux partis qui sont plus centralisateurs: le Parti libéral et le NPD

« Eille ! On les prend où, les médecins ? a-t-il demandé. Ça prend sept ans pour former un médecin. On fait quoi en attendant ? On laisse dormir cet argent-là dans un fonds ? »

M. Legault a reproché au PLC et au NPD de faire des promesses qui viendraient complexifier le réseau de la santé. « [Ne] venez pas mettre un ou une ministre de la Santé fédéral », les a-t-il avertis. « Ce qui est proposé actuellement, surtout par deux partis, c’est plus de chicanes, des affaires plus compliquées qui ne vont rien améliorer, plus de centralisation, plus de bureaucratie », a-t-il énuméré.

Demandez-leur de s’engager

M. Legault avait d’entrée de jeu invité les Québécois à « tenir compte » des réponses des chefs fédéraux aux principales demandes du Québec « quand ils vont décider de leur vote ». D’ici là, « demandez aux candidats de votre circonscription de s’engager à ce que le gouvernement fédéral augmente les transferts en santé sans condition aucune », a-t-il suggéré aux Québécois.

Québec souhaite qu’Ottawa augmente sa contribution en santé afin qu’elle passe de 22 à 35 % du total des dépenses. François Legault demande ensuite que cette contribution soit indexée à 6 % par année, afin de pallier les effets du vieillissement de la population, entre autres.

Pour le moment, seul le chef conservateur, Erin O’Toole, s’est engagé à accélérer la hausse les transferts canadiens en santé par rapport aux 3 % actuels — mais de 6 %, sans plus. « Le bout “6 %” semble être accepté par le Parti conservateur, mais le bout de passer de 22 à 35 % — ce qui représente 6 milliards par année pour le gouvernement du Québec — je ne l’ai pas entendu du Parti conservateur », a déclaré M. Legault.

Il ne s’est par ailleurs pas montré inquiet de la proposition conservatrice de sabrer le programme national de garderies, en vertu duquel Québec reçoit une compensation de six milliards sur cinq ans. « Je m’attends à ce que la signature du gouvernement fédéral soit respectée, peu importe qui sera au pouvoir le 20 septembre », a déclaré le premier ministre.

En point de presse quelques minutes plus tard, M. O’Toole a refusé de s’engager à honorer l’entente intervenue entre M. Legault et M. Trudeau au sujet des garderies, arguant « respecter les champs de compétences ».

Les nombreuses critiques sur l’empiétement des champs de compétence qu’a formulées François Legault n’ont pas suffi à satisfaire le Parti libéral du Québec. Le député Gaétan Barrette a réitéré la demande de sa cheffe, Dominique Anglade, d’« aller plus loin » en réclamant la création d’une loi venant garantir le droit de retrait inconditionnel, avec pleine compensation financière, pour toute dépense fédérale dans les champs de compétence du Québec. Les libéraux auraient aussi souhaité que le gouvernement formule des demandes visant à assurer la souveraineté culturelle du Québec par rapport aux géants du Web, « notamment en déléguant les pouvoirs actuellement dévolus au CRTC à une entité québécoise ».

Plus d’immigrants francophones

Outre les questions de santé, François Legault a fait de ses demandes en immigration une priorité. Il a demandé aux partis fédéraux de s’engager à transférer la gestion de la catégorie d’immigrants « Regroupement familial » au Québec. Actuellement, « c’est sous la responsabilité du gouvernement fédéral, qui n’exige aucune connaissance du français à [ces] immigrants » qui représentent le quart de l’immigration au Québec, a-t-il déclaré.

Cette demande pour une hausse des pouvoirs en immigration n’est pas nouvelle, mais elle diffère légèrement de celle qu’avait formulée le gouvernement Legault lors de la campagne fédérale de 2019. Il y a deux ans, Québec espérait pouvoir « décide [r] seul » du nombre d’immigrants — y compris les réfugiés et les personnes acceptées en vertu du programme de réunification familiale — qui seraient admis au Québec.

Dans la lettre qu’il a transmise aux partis fédéraux, M. Legault reprend d’ailleurs une série d’exigences formulées en 2019. Il redemande par exemple que « seule la procédure québécoise » d’évaluation environnementale s’applique aux projets relevant principalement de compétences du Québec. Il réitère sa requête visant l’instauration d’une déclaration de revenus unique, redemande que la Charte de la langue française soit appliquée aux entreprises à charte fédérale et prie à nouveau les partis fédéraux de ne pas s’engager dans une contestation judiciaire de la Loi sur la laïcité de l’État.

M. Legault prie aussi le fédéral de financer à 40 % son projet de tunnel Québec-Lévis, en disant s’inquiéter de voir le fédéral « sélectionner de plus en plus des projets sur la base de critères qu’il détermine unilatéralement ». Il exige qu’Ottawa respecte la volonté de Québec d’être « maître-œuvre de la planification, de l’organisation et de la gestion des services de logement sur son territoire », ce sur quoi la Stratégie nationale sur le logement du Canada vient empiéter à son avis. Il réclame enfin « un transfert en bloc » afin d’appuyer son Plan pour une économie verte.

À voir en vidéo