Maxime Bernier en campagne contre les mesures sanitaires

À part une dizaine de représentants des médias, seuls quelques membres de l’équipe de Maxime Bernier étaient présents au lancement de sa campagne, en plus de sa famille.
Photo: Francis Vachon Le Devoir À part une dizaine de représentants des médias, seuls quelques membres de l’équipe de Maxime Bernier étaient présents au lancement de sa campagne, en plus de sa famille.

Après avoir défié les mesures sanitaires, ces derniers mois, Maxime Bernier a décidé de lancer sa campagne sur ce même thème vendredi. Un pari politique qui pourrait toutefois lui coûter très cher, même dans son patelin beauceron.

Deliska Poulin avait voté pour Maxime Bernier en 2019, mais ce ne sera pas le cas cette fois-ci. « Je trouve qu’il a trop changé », a dit la dame croisée vendredi midi dans le stationnement d’un supermarché de Saint-Georges. « Cette année, ce n’est pas pour Maxime. […] Il est trop viré sur l’autre côté. »

Dans un discours prononcé plus tôt en matinée, l’ancien député de la Beauce soulignait au contraire qu’il n’avait pas changé. « Je vais profiter des prochaines semaines pour les convaincre qu’en réalité, je suis le même Maxime qu’ils ont élu en 2006, en 2008, en 2011 et en 2015. […] Le même qui, avec une indépendance d’esprit typiquement beauceronne, est prêt à ramer à contre-courant pour défendre son point de vue. »

Cette année, ce n’est pas pour Maxime. […] Il est trop viré sur l’autre côté.

Quand il siégeait sous la bannière conservatrice, le politicien de 58 ans a toujours logé dans la portion plus à droite du parti, à tout le moins sur le plan économique. Désormais, l’opposition aux mesures de lutte contre la COVID-19 fait aussi partie du personnage.« Ça va être un référendum sur la gestion de la crise COVID par le gouvernement fédéral et par le gouvernement provincial ! C’est ça cette élection ! » a-t-il lancé vendredi. « Est-ce que vous voulez encore plus de mesures sanitaires, encore plus de restrictions de nos droits ? Ou vous voulez avoir la paix ? »

M. Bernier, qui a refusé d’être vacciné en plaidant le choix individuel, est néanmoins arrivé avec un couvre-visage dans la petite salle de Saint-Georges, où il tenait son point de presse. Petite ironie du sort : l’hôtel choisi pour l’occasion, Le Georgesville, est aussi un important site de vaccination dans la région.

À part la dizaine de représentants des médias, seuls quelques membres de son équipe étaient présents, en plus de sa famille. À 87 ans, son père, Gilles Bernier, un ancien député encore très apprécié dans la région, était présent à ses côtés, comme à chaque campagne. Lorsque Le Devoir lui a demandé s’il était d’accord avec les positions politiques de son fils, il a rétorqué que oui, « à part quelques extravagances ». Lesquelles ? Son entourage l’a vite traîné à l’extérieur de la salle avant qu’il ne réponde.

Un discours « trop extrême » ?

À la lecture des actualités des derniers mois, on pourrait croire que le Beauce est le terreau idéal pour voir fleurir le discours du chef du Parti populaire du Canada contre les mesures sanitaires. On n’a qu’à penser au festival des Gaulois de Saint-Benoît-Labre, début août, ou aux difficultés relatives de la campagne de vaccination dans la région.

Mais la résistance à la vaccination demeure un phénomène trop marginal pour paver la voie au succès de Maxime Bernier, estime Eric Montigny, professeur en sciences politiques à l’Université Laval. « Il y a des gens qui vont se reconnaître dans ce discours-là, mais ça demeure somme toute dans la marge. Il y a aussi une polarisation qui découle de ça, ce qui peut davantage lui nuire. »

« Au départ, c’était davantage un libertarien, plus conservateur… Là, il a migré sur le plan idéologique vers le populisme et l’antisystème. Sa capacité à élargir sa base est beaucoup plus difficile », note le professeur.

Selon les dernières données, le pourcentage des habitants des MRC de Robert-Cliche et de Beauce-Sartigan ayant reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19 (67 %) est à 7 points sous la moyenne de Chaudière-Appalaches (74 %) et à 8 points sous celle du Québec (75 %). Une tendance qui se confirme, dans une moindre mesure, dans les MRC des Etchemins (69 %) et de la Nouvelle-Beauce (70 %).

Croisé avec un ami sur une terrasse du boulevard Lacroix, François Giguère confiait que quatre de ses amis pourtant sympathisants de Maxime Bernier se préparaient à bouder l’ancien député le 20 septembre prochain. « Depuis la pandémie, à voir comment il agit en clown, ils ont quand même lâché Maxime Bernier. C’est trop extrême. »

Contre la gestion de l’offre

Aux dernières élections, Maxime Bernier avait récolté 28 % des votes en Beauce, loin derrière le vainqueur, le conservateur Richard Lehoux. Un score décevant pour celui qui obtenait auparavant les plus fortes majorités électorales de tout le Québec.

Pour expliquer l’échec de 2019, il pointe du doigt les « journaux nationaux », « qui étaient contre [lui] », et le consultant du Parti conservateur Warren Kinsella, qu’il poursuit aujourd’hui en justice pour diffamation.

À l’époque, sa volonté d’abolir la gestion de l’offre avait aussi fait peur aux producteurs laitiers, très présents dans la région. Mais l’aspirant député persiste et signe.

Son discours sur le plan économique rejoint une partie de l’électorat : une autre dame croisée devant un supermarché de Saint-Georges dit s’y reconnaître. Mais elle ne votera pas pour lui. Pourquoi ? « Parce que je veux être sûre que Trudeau sera battu. Il est en train de nous ruiner. »

Selon le professeur Eric Montigny, la présence de Maxime Bernier au débat des chefs pourrait lui donner un coup de main. Mais « il était au débat des chefs en 2019, et ça ne lui a pas permis de gagner la Beauce », souligne-t-il.

Les élections du 20 septembre seront aussi un test pour le parti qu’il a fondé, le Parti populaire du Canada, qui a récolté 1,6 % des votes à l’échelle du pays en 2019. Vendredi, à Saint-Georges, Maxime Bernier a d’ailleurs conclu son discours en soulignant l’aspect pancanadien de son discours : « Je suis le chef d’un parti fédéral. Aujourd’hui, je demande aux Beaucerons de m’accorder le privilège d’être aussi un leader pour la Beauce. »

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