Soins de longue durée: les libéraux promettent 6 milliards de plus, avec conditions

Justin Trudeau a fait cette annonce jeudi devant le centre de soins pour aînés où sa grand-mère maternelle a vécu lors de ses vieux jours.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau a fait cette annonce jeudi devant le centre de soins pour aînés où sa grand-mère maternelle a vécu lors de ses vieux jours.

En annonçant des milliards de dollars supplémentaires pour les normes nationales dans les centres de soins de longue durée, le chef libéral Justin Trudeau s’est défendu de vouloir s’ingérer dans les compétences des provinces et des territoires.

Un gouvernement libéral réélu promet de consacrer pas moins de 9 milliards $ pour améliorer les conditions de vie des aînés à travers le pays. De ce montant, 3 milliards $ avaient déjà été annoncés dans le dernier budget. Ce sont donc 6 milliards $ de plus que l’équipe libérale promet de mettre sur la table afin de convaincre les provinces et territoires d’adhérer à leurs normes.

M. Trudeau en a fait l’annonce jeudi devant le centre de soins pour aînés où sa grand-mère maternelle a vécu lors de ses vieux jours.

« Je veux être bien clair que le gouvernement fédéral ne va pas commencer à micro-gérer les soins de longue durée — c’est quelque chose qui est clairement de responsabilité provinciale. Mais je sais qu’il y a une chose sur laquelle nous nous entendons tous, c’est que comme pays, nous devons faire mieux », a-t-il déclaré, de passage à Victoria, en Colombie-Britannique.

L’argent promis par les libéraux sera assorti de « cibles » à atteindre.

Les provinces devront former jusqu’à 50 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires et augmenter leur salaire afin qu’il soit d’au moins 25 $ de l’heure, ainsi qu’améliorer la qualité des centres de soins de longue durée et la disponibilité des lits. Le gouvernement fédéral s’attend également à des mesures plus strictes de prévention et de contrôle des infections, dans le cadre d’inspections.

Le gouvernement fédéral, de son côté, s’engage à doubler le crédit d’impôt pour l’accessibilité domiciliaire afin de mieux soutenir les aînés qui choisissent de rester à la maison. Ce changement pourrait leur permettre d’obtenir jusqu’à 1500 $ supplémentaires pour rénover leur maison afin de la rendre plus accessible, par exemple.

Finalement, ces normes nationales seront inscrites dans le cadre d’une Loi sur les soins de longue durée sécuritaires qui visera à uniformiser les soins des aînés de partout au pays.

Bras de fer en vue ?

Si la Colombie-Britannique est en faveur de normes nationales, le Québec, en particulier, s’oppose à une telle mesure. Le premier ministre François Legault a rabroué M. Trudeau à de nombreuses reprises à ce sujet dans les derniers mois, l’accusant de « jouer avec le feu » en voulant s’ingérer dans les champs de compétence des provinces.

Questionné là-dessus par les journalistes, M. Trudeau a comparé les négociations à venir avec le système national de garderies que le gouvernement fédéral souhaite implanter.

« On a démontré qu’on peut travailler ensemble avec les provinces, même avec les provinces avec lesquelles on a des différends pour livrer du concret pour les Canadiens et il n’y a personne à travers le pays qui ne veut pas que nos aînés soient protégés où qu’ils vivent à travers le pays », a répondu le chef libéral.

Le Bloc québécois et le Parti conservateur n’ont pas tardé à fustiger M. Trudeau sur son annonce du jour.

« Ça va carrément dans la catégorie : je ne veux rien savoir. Justin Trudeau n’a pas à établir le salaire des travailleurs du réseau des soins de longue durée au Québec. Ce n’est pas de ses affaires. Si M. Trudeau décide de mettre de l’argent dans les soins de longue durée, il prendra la part du Québec, il écrira le chiffre sur un chèque, il enverra le chèque à Québec et ce sera ça », a dit Yves-François Blanchet.

« Quelle est la différence entre le PLC et le PCC en ce qui concerne les transferts en santé ? PLC : je vais dire au Québec où dépenser l’argent. PCC : le Québec est libre de mettre l’argent là où sont les besoins. C’est ça, un fédéralisme de partenariat », a écrit le lieutenant québécois d’Erin O’Toole, Richard Martel, sur Twitter.

Le bureau de M. Legault s’est bien gardé de commenter l’annonce de M. Trudeau. « Cela dit, on réitère que la santé est une compétence exclusive du Québec », a précisé son attaché de presse, Ewan Sauves, dans un courriel.

Un message aux anti-vaccins

 

Comme c’est le cas depuis plusieurs jours, M. Trudeau a été accueilli à son annonce à Victoria par une poignée de manifestants anti-vaccins. Une femme tentait d’enterrer le discours du chef libéral, au loin, avec des slogans contre la vaccination.

M. Trudeau a pris un moment pour lui envoyer un message.

« À tout le monde qui s’est fait vacciner : merci. Pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore fait — oui, comme vous madame », a-t-il dit en la pointant du doigt. « S’il vous plaît, faites-le. C’est comme ça que nous pourrons nous protéger », a-t-il ajouté.

L’annonce avait lieu dans la circonscription de Saanich — Gulf Islands, détenue par l’ancienne chef du Parti vert Elizabeth May. L’équipe de tournée libérale devait se rendre à Calgary, en Alberta, pour faire campagne.

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