La question de l’avortement rattrape O’Toole

Erin O’Toole s’est déjà clairement exprimé sur son malaise à voir l’aide médicale à mourir étendue aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. On voit ici le chef conservateur, à Ottawa, jeudi, au cinquième jour de la campagne électorale.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Erin O’Toole s’est déjà clairement exprimé sur son malaise à voir l’aide médicale à mourir étendue aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. On voit ici le chef conservateur, à Ottawa, jeudi, au cinquième jour de la campagne électorale.

Après avoir dit mercredi soir aux Québécois que son gouvernement assurerait le droit à l’avortement, « point final », le chef conservateur, Erin O’Toole, tentait d’expliquer jeudi pourquoi son programme promet de protéger le droit des médecins de refuser de fournir des services médicaux pour lesquels ils ont des objections morales ou religieuses.

M. O’Toole maintient qu’il n’y a « pas du tout » de contradiction là.

En point de presse en matinée, il a surtout cité l’aide médicale à mourir pour justifier cette porte que son programme ouvre aux professionnels de la santé pour « protéger » leur « droit de conscience ». Malgré les demandes insistantes des journalistes, il a refusé de dire si cette protection doit s’étendre au refus des services d’avortement. « Je veux m’assurer que les femmes aient accès aux services [d’avortement] partout au pays. C’est un droit important qui n’est pas le seul que je défendrai. Je pense que nous pouvons aussi défendre le droit de conscience des hommes et des femmes admirables qui travaillent dans notre système de santé », a-t-il précisé en anglais.

On voit encore une fois quelque chose d’assez fondamental qu’Erin O’Toole ne comprend pas : la liberté de choix, être pro-choix, ce n’est pas une question de choix pour les médecins, c’est une question de choix pour les femmes

« C’est possible […], avec une augmentation des services pour l’aide médicale à mourir, d’avoir une approche qui va respecter nos infirmières et nos médecins », a-t-il répété, dans les deux langues, à plusieurs reprises.

M. O’Toole s’est déjà clairement exprimé sur son malaise à voir l’aide médicale à mourir étendue aux personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale. La loi fédérale actuelle ne le permet pas encore, mais la chose est à l’étude et pourrait devenir réalité dans une prochaine version de la loi.

Critiques

 

De l’autre côté de la rivière, à Gatineau, le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, a laissé entendre que son adversaire conservateur n’a peut-être pas l’étoffe d’un dirigeant : « Un chef d’État devrait agir toujours selon sa conscience. Or, M. O’Toole nous dit en matière d’avortement : “Je suis pro-choix même si la majorité de mon caucus ne l’est pas.” » M. Blanchet accuse aussi le chef conservateur d’être contre l’aide médicale à mourir, mais, du même souffle, de ne pas vouloir y faire obstacle. « Il a comme une gestion à géométrie variable de ses convictions personnelles », a-t-il condamné.

Depuis Victoria, Justin Trudeau n’y est pas non plus allé avec retenue. « On voit encore une fois quelque chose d’assez fondamental qu’Erin O’Toole ne comprend pas : la liberté de choix, être pro-choix, ce n’est pas une question de choix pour les médecins, c’est une question de choix pour les femmes. Les leaders doivent être sans équivoque là-dessus et Erin O’Toole ne l’est pas. Il dit encore une chose à certains groupes et le contraire à d’autres », a lancé le chef libéral.

À Edmonton, le chef néodémocrate était tout aussi tranchant. « C’est un danger. C’est une menace pour l’accès. On a déjà des problèmes d’accès pour l’aide médicale à mourir, et aussi aux services d’avortement. On a un très grand problème d’accès à travers le pays dans les régions un peu plus rurales. […] Cette promesse va aggraver le problème, va créer une autre barrière », a jugé Jagmeet Singh.

Promesse du jour

 

Le chef conservateur était de retour à Ottawa au cinquième jour de la campagne pour parler de crise du logement.

Il y a souligné sa promesse d’un million de logements en trois ans. Il compte y arriver en transformant des bureaux de fonctionnaires fédéraux et en interdisant pour au moins deux ans l’achat d’immobilier canadien aux investisseurs étrangers. « Une grande partie des propriétés que possède le gouvernement pourrait se transformer en logements, a-t-il argué. Pour construire plus de logements, on va libérer au moins 15 % des immeubles qui appartiennent au gouvernement fédéral. » 

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