Peu d’engouement auprès des héritiers de la vague orange du NPD

Le seul député néodémocrate à avoir été réélu au Québec en 2019 est Alexandre Boulerice (à droite). On le voit ici aux côtés du chef du parti, Jagmeet Singh, lors de cette campagne électorale. 
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Le seul député néodémocrate à avoir été réélu au Québec en 2019 est Alexandre Boulerice (à droite). On le voit ici aux côtés du chef du parti, Jagmeet Singh, lors de cette campagne électorale. 

Dix ans après la percée majeure du parti de Jack Layton au Québec, la liste des anciens élus québécois du NPD prêts à rendosser les couleurs du parti aux prochaines élections est courte. Ce, alors que le parti fédéraliste de gauche accorde l’essentiel de son attention à une poignée de circonscriptions urbaines, dont celle du seul néodémocrate réélu en 2019 au Québec, Alexandre Boulerice.

François Choquette est un politicien d’expérience. Élu lors de la vague orange de 2011, il a passé huit ans sur les bancs néodémocrates à la Chambre des communes d’Ottawa avant d’être défait dans Drummond il y a à peine deux ans. Pourtant, sa candidature est largement ignorée dans les communications de son parti. Et son grand retour n’a pas même été mentionné par son chef lorsqu’il a été questionné lundi sur les élus québécois de 2015 souhaitant se présenter de nouveau.

« On a plusieurs exemples d’anciens députés. Mais aussi de nouveaux candidats et candidates », a résumé Jagmeet Singh lors d’un point de presse tenu dans les Maritimes. Il n’a évoqué que deux noms : Ève Péclet, ex-députée de La Pointe-de-l’Île entre 2011 et 2015, qui se présente cette fois dans sa circonscription de résidence, Outremont, et Brigitte Sansoucy, qui tente de nouveau sa chance dans Saint-Hyacinthe–Bagot après avoir été députée de 2015 à 2019.

Vérification faite, seulement 2 des 15 députés néodémocrates québécois dont le mandat n’a pas été reconduit en 2019 ont annoncé publiquement leur intention de se présenter de nouveau lors de l’imminente campagne électorale de 2021 (François Choquette et Brigitte Sansoucy). À eux s’ajoute Ève Péclet, seule ex-élue du mandat 2011-2015 confirmée comme candidate. Une seule autre ex-élue de 2015 serait en pourparlers avec le parti pour envisager un retour en politique.

« Quand on parle de candidats vedettes, on les voit surtout à Montréal, parce qu’on sait que les gains potentiels sont plus propices à Montréal », dit François Choquette, qui ne se formalise pas de son absence de la liste des vedettes et qui se dit satisfait de l’appui du chef.

Objectif Montréal

Le 5 août, les membres du NPD ont reçu de leur parti un courriel qui ne faisait aucune mention des deux plus récents ex-élus qui se représentent de nouveau. Intitulé Nous avons besoin d’Alexandre Boulerice, le document bilingue insistait essentiellement sur l’importance capitale de conserver son unique siège de Rosemont–La Petite-Patrie.

« Si Justin Trudeau va de l’avant [avec l’élection], nous devons nous assurer qu’Alexandre Boulerice revienne au parlement pour continuer de faire le contrepoids aux actions des libéraux. Son rôle est essentiel et la pandémie n’a fait que le mettre en surbrillance ; avec Jagmeet, Alexandre a nettement changé la donne », peut-on lire.

Ce genre de courriel est destiné à favoriser la collecte de dons, précise-t-on au sein de la campagne néodémocrate, qui ne considère pas le siège de Rosemont comme en danger. La circonscription a été remportée par M. Boulerice en 2019 avec 42,5 % du vote et 10 000 voix d’avance sur sa rivale libérale.

Offensive réaliste

Deux sources bien placées ont confié au Devoir que le NPD aura une stratégie d’« offensive réaliste » au Québec, en se donnant pour objectif de remporter 6 des 78 sièges que compte la province aux Communes.

En mars, Jagmeet Singh a lancé une campagne médiatique intitulée Oser, qui visait notamment à faire compétition aux libéraux pour ravir le vote des électeurs jeunes et urbains, surtout dans la région de Montréal. Fin juillet, le NPD a annoncé en grande pompe les candidatures de Nima Machouf (Laurier–Sainte-Marie) et de Camille Esther-Garon (Beauport-Limoilou), en plus de celle d’Ève Péclet (Outremont).

Outremont est la circonscription fédérale la plus jeune au Québec (34,2 ans en moyenne). Avec Laurier–Sainte-Marie, elle est aussi celle dont les habitants sont les plus nombreux à se déplacer à vélo. Tant Laurier–Sainte-Marie que Beauport-Limoilou recoupent des circonscriptions provinciales détenues par Québec solidaire. En général, le NPD estime avoir plus de succès avec les étudiants, les personnes racisées et les femmes. Il a aussi dans sa ligne de mire Hochelaga et Sherbrooke.

« Les gains qui peuvent être faits, ça m’apparaît être dans les lieux où Québec solidaire a bien fait. Ils sont concentrés en milieu urbain, jeunes et universitaires », explique l’ex-stratège néodémocrate Farouk Karim. Selon son analyse, le « centre de gravité » du NPD s’est par contre déplacé du Québec vers l’Ouest canadien au cours des dernières années. Le succès du NPD au Québec dépendrait ainsi un peu de celui, plus déterminant, de la Colombie-Britannique ou de la grande région de Toronto.

« Les gens passent à autre chose », dit-il, en référence aux ex-élus de 2011 ou de 2015 qui ne souhaitent pas se représenter en 2021. Par exemple, l’ex-aspirant chef Guy Caron brigue la mairie de Rimouski, l’ex-députée de Laurier–Sainte-Marie, Hélène Laverdière, a pris sa retraite et l’ex-députée d’Abitibi-Témiscamingue, Christine Moore, se consacre à ses études de maîtrise et à son travail d’infirmière. « Mais d’autres regardent les chiffres, c’est sûr », conclut Farouk Karim.

Des responsables de la campagne néodémocrate ont réfuté tout manque d’engouement, précisant au Devoir que plusieurs ex-députés ne s’étaient pas représentés en 2019, alors que d’autres ne souhaitent plus se lancer en politique à cause d’un climat toxique engendré par les réseaux sociaux. Le parti avait pourtant indiqué, en juillet, ne pas être inquiété du climat de négativité qui règne sur les plateformes. Dans un courriel, le NPD confirme sa stratégie de modestes gains. « Jagmeet et le NPD seront audacieux et à l’offensive durant cette campagne et tenteront d’aller chercher quelques sièges de plus afin que les Québécois et Québécoises soient mieux représentés. Avec seulement Alexandre Boulerice, le NPD est allé chercher des gains pour les Québécois et les Québécoises, imaginez s’ils sont plusieurs. »

Le NPD a récemment enregistré un léger recul dans les sondages nationaux, à 20 % des électeurs décidés. Le parti a révélé mardi le visuel de sa campagne et son nouveau slogan pour 2021 : Oser ensemble.

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