​Plaidoyer pour davantage d’aide aux victimes de l’islamophobie

Ce sommet sur l'islamophobie avait été vivement réclamé à la suite du drame de London, en juin, lors duquel quatre membres d'une famille musulmane ont été fauchés lors d'«un acte prémédité». L'évènement avait bouleversé la communauté.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir

Ce sommet sur l'islamophobie avait été vivement réclamé à la suite du drame de London, en juin, lors duquel quatre membres d'une famille musulmane ont été fauchés lors d'«un acte prémédité». L'évènement avait bouleversé la communauté.

Les représentants de la communauté musulmane présents au sommet national sur l’islamophobie de jeudi souhaitent que le gouvernement prenne des mesures concrètes pour accompagner et protéger les victimes.

« Les programmes de financement devraient être centrés sur l’impact sur les victimes », a déclaré la commissaire montréalaise à la lutte et aux discriminations, Bouchra Manaï. Selon elle, il est impératif d’amasser des données sur le nombre réel d’incidents haineux, afin de « savoir ce qu’il y a sous la pointe de l’iceberg » et apporter le soutien nécessaire.

« Il faut un engagement du gouvernement pour avoir des institutions qui collectent des données selon la race, la religion et toute identité sociale », a renchéri Jeewan Chanicka, un éducateur et militant. M. Chanicka défend l’instauration de stratégies « qui prennent en compte les multiples manières dont l’islamophobie se manifeste à l’école » et qui donnent des recours aux victimes.

Le maire de Calgary, Naheed Nenshi, a exprimé son impatience devant les promesses des décideurs. « Oui, le fédéral peut convoquer des sommets comme celui-ci. Oui, nous pouvons mettre en place des syllabus pour les écoles. Mais le plus important, c’est que les citoyens disent aux politiciens ce à quoi ils s’attendent d’eux », a-t-il déclaré.

Il a critiqué le gouvernement conservateur de l’Alberta qui, en réponse à une série d’attaques contre des femmes voilées, a entamé des démarches pour « légaliser le port de vaporisateurs de gaz poivré » plutôt que de « réellement lutter contre l’islamophobie ».

Loi 21, racisme systémique et suprémacisme blanc

Plusieurs participants ont exprimé leur vive opposition à la Loi sur la laïcité de l’État québécois. « Nous vivons dans un pays où, dans une province, il y a une loi qui dit aux femmes musulmanes qu’elles ne sont pas admissibles à certains emplois », a déploré le maire Nenshi.

En prévision du sommet, le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) avait déposé une liste de 61 recommandations. L’organisme, qui s’oppose fermement à la loi 21, y enjoint notamment au gouvernement fédéral de créer « un fonds pour aider les personnes touchées » par cette loi. Il y demande aussi le développement d’une « stratégie fédérale de lutte contre l’islamophobie d’ici la fin de 2021 », l’ajout dans le Code criminel de dispositions touchant spécifiquement les crimes haineux, ainsi qu’un resserrement de la surveillance des suprémacistes blancs.

Nous vivons dans un pays où, dans une province, il y a une loi qui dit aux femmes musulmanes qu’elles ne sont pas admissibles à certains emplois

 

Mustafa Farooq, directeur général du CNMC, a affirmé que « le fédéral doit s’engager à lutter contre l’islamophobie systémique au sein du gouvernement en examinant le profilage [à l’Agence du revenu du Canada] des organismes de bienfaisance dirigés par des musulmans ou la façon dont les agences de sécurité nationale ont continué à faire du profilage à l’encontre des musulmans canadiens et d’autres minorités racisées », a-t-il déclaré.

« Nous devons voir de l’action. Et nous devons la voir maintenant, a-t-il dit. Les gouvernements participant au sommet doivent savoir que nous voulons plus que leur participation. Nous voulons voir leur engagement à respecter des échéanciers. »

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Le Conseil national des musulmans canadiens, qui s’oppose fermement à la loi 21, enjoint au gouvernement fédéral de créer «un fonds pour aider les personnes touchées» par cette loi.

À l’ouverture du sommet, vers midi, le premier ministre Trudeau avait répété qu’« il n’y a pas de place pour l’islamophobie au Canada », mais qu’« il restait du travail à faire à l’échelle du gouvernement pour démanteler le racisme institutionnel ». Sa ministre de la Diversité, Bardish Chagger, avait aussi reconnu lors de son allocution que « les mots ne sont pas suffisants » et qu’il faudra « transformer les paroles en actions ».

Sous le choc de London

Plus de 150 organismes avaient réclamé la tenue du sommet dans une lettre au premier ministre, en juin dernier, quelques jours après la mort de quatre membres d’une famille musulmane à London, en Ontario, frappés par une camionnette dans ce que la police a décrit comme un « acte prémédité » et motivé par la foi des victimes. Seul un garçon de neuf ans a survécu.

Les signataires ont aussi signalé la multiplication des actes terroristes islamophobes dans le monde, notamment l’attentat de la grande mosquée de Québec, qui a fait six morts en 2017.

De plus, une série d’attaques motivées par la haine ont visé plusieurs femmes musulmanes portant le hidjab en Alberta au cours des derniers mois. En septembre dernier, un musulman a été poignardé à mort pendant qu’il faisait du bénévolat dans une mosquée de Toronto.

Le 11 juin, les députés ont adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement de convoquer un sommet d’urgence sur l’islamophobie.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse canadienne pour les nouvelles.

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