Jody Wilson-Raybould ne cherchera pas à se faire réélire

Jody Wilson-Raybould affirme que le Parlement est devenu «toxique et inefficace».
Photo: Cole Burston Archives Agence France-Presse Jody Wilson-Raybould affirme que le Parlement est devenu «toxique et inefficace».

La députée indépendante Jody Wilson-Raybould ne cherchera pas à être réélue lors de la prochaine campagne fédérale, déclarant jeudi dans une lettre à ses électeurs que le Parlement est devenu «toxique et inefficace» pendant son mandat en politique.

«Je n’ai pas pris cette décision pour passer plus de temps avec ma famille ou pour me concentrer sur d’autres défis et activités», a écrit l’ancienne ministre libérale qui représente Vancouver Granville, dans sa lettre publiée sur Twitter.

«De mon siège au cours des six dernières années, j’ai remarqué un changement au Parlement, une régression. Il est devenu plus toxique et inefficace tout en marginalisant simultanément les individus de certains milieux.»

Mme Wilson-Raybould a ensuite critiqué le «triomphe de plus en plus honteux d’une partisanerie nuisible sur les gestes de fond», et a promis de poursuivre ses travaux antérieurs sur la réconciliation autochtone, les changements climatiques et d’autres enjeux à l’extérieur du Parlement.

Elle a ajouté qu’elle donnerait plus de détails plus tard.

Le premier ministre Justin Trudeau avait fait de Mme Wilson-Raybould la première ministre de la Justice autochtone du Canada en 2015, mais elle avait été expulsée du caucus libéral quatre ans plus tard après avoir accusé le premier ministre d’avoir fait pression sur elle pour obtenir un accord de poursuite différée pour SNC-Lavalin.

L’ancienne cheffe régionale de la Colombie-Britannique de l’Assemblée des Premières Nations avait préalablement démissionné de son poste de ministre à cause de cette histoire.

En août 2019, le commissaire fédéral à l’éthique a conclu que M. Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d’intérêts en faisant pression indûment sur Mme Wilson-Raybould pour qu’elle suspende les poursuites pénales contre le géant montréalais de l’ingénierie pour des accusations de corruption liées à des contrats en Libye.

Mme Wilson-Raybould a été réélue en tant que députée indépendante en octobre 2019.

Réactions

La nouvelle de la décision de Mme Wilson-Raybould de ne pas se représenter a été accueillie avec tristesse par les autres députés.

Le député néo-démocrate Randall Garrison a écrit dans un message à Mme Wilson-Raybould sur Twitter : «Certains départs affaiblissent la Chambre. C’est l’un d’entre eux. Votre absence laissera un vide sur les principes, les politiques et pour beaucoup d’entre nous personnellement.»

La députée conservatrice Michelle Rempel Garner a partagé une vidéo de 10 minutes sur Facebook, dans laquelle elle a présenté les critiques de Mme Wilson-Raybould à l’égard du Parlement comme preuve du dysfonctionnement qui afflige la politique fédérale au Canada et de la nécessité d’élire des députés audacieux et courageux.

«Jody a apporté cela à la politique fédérale, elle l’a vraiment fait», a déclaré Mme Garner Rempel.

«Et je suis un peu émue parce qu’il est rare de rencontrer quelqu’un comme ça au Parlement. Et j’apprécie vraiment son amitié [...] Je pense vraiment que notre Parlement sera un endroit moins dynamique.»

Le mois dernier, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a dû s’excuser auprès de Mme Wilson-Raybould après avoir semblé suggérer que son ancienne collègue du caucus se prononçait contre des élections à l’automne parce qu’elle s’inquiétait pour sa pension.

Mme Bennett a envoyé le mot «Pension?» en réponse à un message de Mme Wilson-Raybould sur Twitter, exhortant le premier ministre à cesser ses «manœuvres égoïstes» pour la tenue d’une élection et à se concentrer, comme promis, sur la réconciliation avec les peuples autochtones.

La référence à la pension de Mme Bennett semblait suggérer que Mme Wilson-Raybould craignait de ne pas être admissible à une pension si elle ne remportait pas sa réélection lors d’un vote cet été ou au début de l’automne.

Les députés doivent siéger pendant six ans avant de devenir admissibles à une pension et Mme Wilson-Raybould, qui a été élue pour la première fois le 19 octobre 2015, n’atteindra pas cette marque si les Canadiens se rendent aux urnes avant cette date.

Mme Wilson-Raybould a riposté, publiant le message de Mme Bennett sur Twitter et le qualifiant à la fois de raciste et de misogyne.

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