Le projet de train à grande fréquence Québec-Toronto démarre

Les Québécois devraient pouvoir monter à bord d’un train à grande fréquence plus rapide à destination de Toronto d’ici 2030, promet le gouvernement de Justin Trudeau. Le ministre fédéral des Transports a annoncé mardi le début des consultations et le lancement prochain du processus d’appels d’offres en vue de construire une toute nouvelle ligne ferroviaire entre Québec, Montréal et la Ville reine.

Le fédéral avait déjà indiqué dans son budget du printemps dernier que près de 500 millions de dollars seraient investis pour faire avancer ce projet.

De passage à la gare du Palais de Québec, le ministre des Transports, Omar Alghabra, a précisé mardi que les appels d’offres se mettront en branle cet automne. Le fédéral entamera aussi dès cet été des consultations auprès de 36 communautés autochtones dont le territoire sera traversé par le tracé prévu du projet . Une évaluation environnementale sera également menée. Le gouvernement consultera en outre le secteur privé ainsi que les compagnies ferroviaires propriétaires des rails dans les centres-villes qui seront desservis par ce futur train à grande fréquence.

Aux Québécois et aux Canadiens qui se font promettre ce train rapide depuis des années sans encore l’avoir vu circuler sur les voies ferrées du pays, le ministre Alghabra a assuré que son gouvernement irait bel et bien de l’avant. « Un demi-milliard de dollars [promis dans le dernier budget] en dit beaucoup sur notre engagement envers ce projet », a-t-il insisté en point de presse aux côtés du maire de Québec Régis Labeaume. Les ministres québécois François-Philippe Champagne et Jean-Yves Duclos, de même que le député fédéral de Louis-Hébert, Joël Lightbound, les accompagnaient pour cette conférence aux airs d’annonce préélectorale.

Départ attendu dans 9 ans

Les consultations et le lancement de l’appel d’offres annoncés mardi ne sont que les premières étapes de cet important projet qui ne devrait être terminé que d’ici 2030. La facture finale pourrait s’élever à 6 ou 12 milliards de dollars, tout dépendant du projet final, a indiqué le ministre Alghabra.

Des voies ferrées dédiées au train à grande fréquence doivent être construites pour éviter le partage des voies existantes avec les trains de marchandises, comme c’est le cas à l’heure actuelle. À terme, un voyage ferroviaire entre Québec et Montréal devrait prendre 30 minutes de moins et jusqu’à 90 minutes dans le cas d’un aller simple Québec-Toronto, puisque les trains pourraient atteindre des vitesses de 177 à 200 km/h, ont promis les ministres fédéraux.

L’augmentation de l’offre devrait permettre d’attirer quatre fois plus de voyageurs d’ici 30 ans — l’achalandage de cette ligne de train passant de 4,8 millions de passagers par année à 17 millions en 2059, selon les projections d’Ottawa. Outre Québec, Montréal, Ottawa et Toronto, la nouvelle ligne s’arrêterait à Laval, à Trois-Rivières et à Peterborough, en Ontario. Un arrêt à l’aéroport Jean-Lesage de Québec, où une nouvelle gare sera construite, est également prévu.

Un TGV ne serait pas plus rapide, estime Ottawa

Si le fédéral a choisi de privilégier le train à grande fréquence plutôt que le train à grande vitesse, comme en Europe, c’est qu’un TGV aurait coûté plus cher et aurait pris plus de temps à construire, sans pour autant être plus rapide. Les distances entre les gares étant relativement courtes, un TGV n’aurait pas eu le temps de rouler très longtemps à sa vitesse de pointe avant de devoir ralentir à nouveau à l’approche d’un centre-ville, a expliqué le ministre Alghabra.

« Un train à grande fréquence est la meilleure option pour les voyageurs, car il offre une fiabilité, il pourra tout de même rouler jusqu’à 200 km/h et il offrira les trajets fréquents dont les Québécois et les Canadiens ont besoin », a-t-il fait valoir avant de se rendre à Trois-Rivières pour y répéter son annonce. Le ministre reprendra en outre l’exercice mercredi aux gares de Montréal et d’Ottawa.

Les nouveaux trains seront électriques sur environ 90 % du trajet, mais utiliseront la propulsion diesel dans les zones urbaines puisqu’ils devront y emprunter des voies existantes sans infrastructure électrique.

Le Parti conservateur n’a pas perdu de temps pour critiquer cette annonce du gouvernement Trudeau, rappelant qu’elle figurait dans le dernier budget. « L’annonce libérale d’aujourd’hui n’était qu’une répétition de l’annonce du processus d’engagement préliminaire pour construire la ligne ferroviaire à grande fréquence décrite dans le budget libéral de 2021 — sans calendrier établi et sans progrès réel vers la fourniture de ce service si nécessaire », a reproché la députée Stephanie Kusie, dans une déclaration écrite fournie par son parti.

Le bloquiste Xavier Barsalou-Duval a renchéri, en déplorant «un énoncé d’intention qui a toute la nature d’une promesse électorale» alors qu’un train à grande fréquence est promis depuis six ans et qu’Ottawa en est encore aux consultations.

Avec La Presse canadienne

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