L’Inuite Mary Simon devient la 30e gouverneure générale du Canada

La femme de 73 ans vient de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le Nord-du-Québec.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La femme de 73 ans vient de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le Nord-du-Québec.

La Couronne est désormais représentée au Canada, pour la première fois, par une Autochtone : Mary Simon. Sa nomination au poste de gouverneure générale, annoncée mardi, a été saluée par les groupes autochtones. Mais sa méconnaissance du français en a irrité certains.

La principale intéressée souhaite surtout jouer de réconciliatrice. « Il y a de très grandes responsabilités associées à mon rôle, qui vont aider les relations de travail des Canadiens et des peuples autochtones vers la réconciliation », a indiqué Mary Simon lors de son premier discours, livré au Musée canadien de l’histoire aux côtés du premier ministre Justin Trudeau.

La femme de 73 ans vient de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le Nord-du-Québec. Elle a été animatrice sur les ondes de CBC North et a assuré différentes fonctions de représentante des communautés inuites, en plus d’avoir occupé des postes dans l’appareil diplomatique. Elle a notamment été ambassadrice canadienne aux affaires circumpolaireset ambassadrice canadienne au Danemark.

Après avoir remercié la reine Élisabeth II d’avoir accepté sa candidature, soumise par le premier ministre, elle s’est présentée mardi devant les journalistes dans sa langue, l’inuktitut, en donnant son nom inuit : Ningiukdluk.

Mme Simon ne parle pas français, bien qu’elle promette d’apprendre cette langue au cours de son mandat. « Je veux que les choses soient claires. Je suis bilingue, mais en inuktitut et en anglais. C’est parce que j’ai grandi au Québec qu’on m’a refusé la possibilité d’apprendre le français pendant mon séjour dans les externats fédéraux », a-t-elle précisé en anglais.

Son premier discours en tant que gouverneure générale a été ponctué d’une phrase en français, où elle a dit prendre « très au sérieux [son] rôle de défenseure de la diversité culturelle et linguistique qui rend le Canada unique ».

Les figures des Premiers Peuples, tant inuites que des Premières Nations, se sont réjouies mardi de voir une femme inuite représenter officiellement l’État canadien.

« C’est une très, très, très bonne nouvelle », estime le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, joint par Le Devoir.

Il a rappelé que de nombreuses nations autochtones, surtout celles ayant conclu des traités avec la Couronne, accordent une grande importance à leur relation avec le gouverneur général — « beaucoup plus qu’avec le premier ministre », explique-t-il, « [parce qu’] on a devant nous la personne qui représente la Couronne ».

Questionnée sur la façon dont elle comptait réconcilier son identité autochtone avec ses nouvelles fonctions, Mary Simon a tenu à préciser que son rôle est avant tout « apolitique ». Mais elle entend bien faire partie du processus de réconciliation : « Mon rôle est d’être au centre de ce travail, mais pas en tant que politicienne. »

La question du français

Le fait que la nouvelle gouverneure générale ne parle pas le français a irrité la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada. « Le premier ministre vient de créer un précédent qui remet en cause la convention voulant que le poste de gouverneur général soit occupé par une personne pouvant s’exprimer dès sa nomination dans les deux langues officielles du pays », a souligné sur Twitter l’organisme qui représente les francophones hors Québec.

Le sénateur conservateur québécois Claude Carignan en a rajouté, demandant dans un communiqué « comment donc un premier ministre peut [...] envisager qu’il soit de bon aloi de nommer une gouverneure générale qui ne pourra s’adresser à plus de huit millions de citoyens francophones du Canada ».

Aucun parti fédéral n’a toutefois récupéré ces critiques. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est contenté de rappeler que « ce n’est une fonction ni représentative, ni élue, ni légitime ». Il a ajouté qu’il espère que cette nomination facilitera la reconnaissance des sévices subis par les Autochtones.

Le chef de l’opposition officielle au fédéral, Erin O’Toole, a soutenu que « le rôle de gouverneur général est important pour unifier le pays et rassembler les Canadiens ». Il a comparé l’engagement de Mme Simon à apprendre le français à son propre apprentissage de la langue de Molière au sein des Forces armées canadiennes.

« Nous espérons également que le climat de travail à Rideau Hall s’en trouvera grandement amélioré », a quant à lui souhaité le député du Nouveau Parti démocratique, Alexandre Boulerice, en référence aux allégations de climat de travail invivable au sein de l’institution alors sous la gouverne de Julie Payette.

Mme Payette a démissionné en janvier à la suite de la publication d’un rapport dévastateur faisant état d’un climat de travail toxique à Rideau Hall. Depuis, les fonctions de gouverneur général étaient occupées par intérim par le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner.

Responsabilités

Il sera notamment de la responsabilité de Mary Simon d’apposer son tampon sur toutes les nouvelles lois du Parlement. Elle détiendra aussi le pouvoir de dissoudre le Parlement, ce qui provoque le déclenchement d’élections fédérales. Cela, alors que tous les partis se préparent pour le déclenchement d’une campagne électorale dans les prochains mois. « Pour l’instant, je n’ai pas du tout parlé d’élections [avec le premier ministre] », a assuré la nouvelle gouverneure générale.

L’annonce de cette nomination survient aussi dans le contexte de la découverte tragique de près de 1150 tombes non marquées, principalement d’enfants, près de pensionnats pour Autochtones dans l’ouest du pays.

Les gouverneurs généraux en huit langues

Michaëlle Jean (2005–2010)

Parle français, anglais, italien, espagnol et créole


David Johnston (2010–2017)

Parle anglais et français


Julie Payette (2017–2021)

Parle français, anglais, espagnol, italien, russe et allemand


Mary Simon (2021–)

Parle inuktitut et anglais

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