Une enquête indépendante sur les pensionnats autochtones?

Interrogé sur la question de savoir si le fédéral pourrait s’adresser aux tribunaux pour forcer les églises à dévoiler leurs archives, le premier ministre Justin Trudeau a dit estimer et espérer que ce ne serait pas nécessaire.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Interrogé sur la question de savoir si le fédéral pourrait s’adresser aux tribunaux pour forcer les églises à dévoiler leurs archives, le premier ministre Justin Trudeau a dit estimer et espérer que ce ne serait pas nécessaire.

Justin Trudeau reconnaît que des actes criminels ont « certainement » été commis dans les pensionnats autochtones du pays. Mais le premier ministre estime que ce n’est pas au fédéral de déclencher une enquête indépendante. Ottawa doit plutôt accompagner les communautés autochtones dans leur quête de vérité et leur laisser l’entière liberté de choisir comment y arriver.

« Nous nous excusons », a offert Justin Trudeau aux membres de la communauté Cowessess, en Saskatchewan, qui a annoncé jeudi avoir découvert jusqu’à 751 sépultures non identifiées sur le site de l’ancien pensionnat autochtone Marieval. La politique qui prenait les enfants autochtones pour les envoyer dans des pensionnats loin de chez eux était « incroyablement nuisible » et « les Canadiens aujourd’hui sont horrifiés et honteux que ce soit ainsi que notre pays s’est comporté », a déploré le premier ministre en ouverture de sa conférence de presse.

« On sait qu’il y avait de l’abus. On sait qu’il y avait de la maltraitance dans beaucoup de ces institutions. […] Et on sait que beaucoup de survivants ont raconté des histoires de décès tragiques », a rappelé M. Trudeau. « Certains n’étaient pas criminels. Mais d’autres sûrement l’étaient », a-t-il laissé tomber.

Plusieurs voix se sont élevées ces derniers jours — notamment celle de l’ancien sénateur Murray Sinclair, qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones — pour réclamer que le Canada finance une enquête indépendante sur les possibles crimes perpétrés dans ces lieux. Au début du mois, c’était la Première Nation Tk’emlúps te Secwépemc, en Colombie-Britannique, qui annonçait avoir retrouvé les restes de 215 enfants près de l’ancien pensionnat de Kamloops.

Justin Trudeau n’a pas exclu l’idée d’une enquête indépendante sur les pensionnats autochtones canadiens. Mais il a répété que ce serait aux communautés touchées de décider. « On est ouverts à prendre toutes les mesures nécessaires pour en apprendre plus sur la vérité de ce qui s’est passé et assurer qu’il y ait des conséquences pour les systèmes, pour les organismes, pour les institutions et peut-être dans certains cas pour les individus », a-t-il insisté. « Il faut tenir responsables ceux qui le sont. Absolument. Mais cela doit être mené par les choix et les souhaits et les besoins de ceux qui sont au cœur de tout ceci, ceux qui sont les victimes de cette politique honteuse », a-t-il affirmé.

Forcer la main de l’Église

Une grande part des archives des corps catholiques qui géraient ces pensionnats autochtones n’ont toujours pas été rendues publiques. Ces dossiers recensent les activités des missionnaires et documentent les décès survenus dans les pensionnats — bien que les informations puissent y être incomplètes.

Interrogé pour savoir si le fédéral pourrait s’adresser aux tribunaux pour forcer les églises à remettre leurs archives, le premier ministre a dit estimer et espérer que ce ne serait pas nécessaire. « Il y a déjà eu un grand partage de documents. Mais, s’il en reste d’autres à faire, je suis pas mal persuadé que les institutions et les églises impliquées vont vouloir partager tout ça. »

Les missionnaires Oblats de Marie-Immaculée, qui se sont occupés du pensionnat autochtone Marieval et de celui de Kamloops, se sont justement engagés vendredi à partager tous leurs documents historiques. Le travail est déjà commencé, mais n’est pas encore terminé, ont fait valoir les missionnaires qui ont créé et géré 48 pensionnats en Colombie-Britannique et en Saskatchewan.

La congrégation québécoise des Sœurs de Saint-Joseph, qui s’est occupée du fonctionnement du pensionnat Marieval de 1901 à 1979, a quant à elle affirmé au Devoir que ses archives étaient déjà ouvertes au public à la Société historique de Saint-Boniface au Manitoba.

Justin Trudeau a rappelé vendredi qu’il avait personnellement demandé au pape François de s’excuser auprès des Autochtones du Canada pour les torts perpétrés et qu’il l’avait invité à venir le faire en sol canadien.

Une église de Saskatoon a été vandalisée jeudi, couverte d’empreintes de mains en peinture rouge. « Nous étions des enfants », y était-il en outre été écrit sur la façade.

Deux églises ont également été la proie des flammes au petit matin lundi, en Colombie-Britannique. La police avait alors qualifié ces incendies de suspects.

Des villes annulent les festivités du 1er juillet pour réfléchir sur les pensionnats autochtones

Plusieurs municipalités du Nouveau-Brunswick annulent cette année les célébrations de la fête du Canada, à la lumière de la découverte de centaines de tombes anonymes dans d’anciens pensionnats autochtones en Saskatchewan et en Colombie-Britannique.

Fredericton, Bathurst, Saint-Jean et Cap-Pélé, notamment, ont choisi d’abandonner les festivités — déjà mises à mal par la pandémie de COVID-19 — au profit d’une « journée de réflexion ».

L’hôtel de ville de Fredericton sera illuminé en orange et la Ville exhorte les citoyens à réfléchir cette journée-là sur la meilleure façon d’œuvrer à la réconciliation. La couleur orange a été associée aux efforts visant à se souvenir du drame des pensionnats autochtones.

La Presse canadienne



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