Ouellet prend sa «retraite»

André Ouellet
Photo: Agence Reuters André Ouellet

Plutôt que d'attendre que le couperet tombe sur sa tête, André Ouellet a préféré hier prendre sa «retraite» et quitter son poste de président-directeur général de la Société canadienne des postes (SCP).

«Je suis conscient que vous êtes dans une situation de gouvernement minoritaire et que votre marge de manoeuvre est très mince. Même si vous souhaitiez prendre une décision d'affaires dans mon cas, il m'apparaît évident qu'en bout de ligne vous devrez prendre une décision politique», écrit M. Ouellet dans la lettre de démission envoyée hier au ministre responsable des Postes, John McCallum.

Ce dernier assure qu'il n'a pas incité M. Ouellet à démissionner lorsqu'il l'a rencontré mardi dernier. Il accueille néanmoins favorablement la décision de l'ancien ministre libéral, avec un soulagement à peine voilé. «Je n'avais pas tiré une conclusion finale, mais il ne sera plus nécessaire de le faire parce qu'il a démissionné. Le gouvernement était prêt à prendre ses responsabilités», déclare-t-il, en précisant que le gouvernement avait prévu de statuer sur le sort de M. Ouellet la semaine prochaine. John McCallum ajoute qu'il n'avait pas fini d'analyser le document «dense», de 18 pages, rédigé par M. Ouellet en réponse au rapport de vérification rendu public il y a deux semaines.

Dans sa lettre de démission, André Ouellet fait valoir que, si plusieurs Canadiens ont jugé ses explications «acceptables», «une majorité de députés ne les accepteront jamais».

Le président de la Société des postes avait été suspendu avec salaire en février dernier, dans la foulée du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale des commandites.

À la fin de juillet, un rapport accablant de Deloitte & Touche sur les pratiques de gestion aux Postes révélait que le p.-d.g. était intervenu dans l'attribution de contrats totalisant 35 millions, avait dérogé au processus de sélection du personnel pour au moins 80 embauches spéciales et avait reçu plus de deux millions en remboursement de dépenses de déplacement et d'hébergement sans fournir de pièces justificatives.

Alors que trois autres dirigeants de sociétés de la Couronne impliquées dans le scandale des commandites ont entamé des poursuites contre le gouvernement pour congédiement abusif, le ministre semble convaincu qu'il n'en sera pas de même avec M. Ouellet puisque ce dernier n'a pas été congédié à proprement parler. «Je pense que tout le long du processus, j'ai été très ouvert en donnant l'information au public et aussi très juste avec M. Ouellet», déclare-t-il. En ce qui concerne le gouvernement et M. Ouellet, «c'est la fin de l'histoire», ajoute M. McCallum.

On n'envisage d'ailleurs pas d'exiger de M. Ouellet le remboursement de tous les frais pour lesquels il n'a pu présenter de pièces justificatives. «Le rapport ne suggérait pas d'éléments criminels dans ses activités, mais c'est vraiment une question pour le conseil d'administration de la SCP», poursuit le ministre.

Dans sa longue lettre d'explication sur les allégations du rapport de vérification, André Ouellet écrivait qu'il s'était conformé aux pratiques en vigueur à l'époque sur les comptes de dépenses et souligné que ses voyages avaient contribué à la bonne performance de la société. Il faisait également valoir que ses interventions dans le processus d'attribution de contrats avaient permis de réaliser des économies importantes et visaient à rompre avec la tradition de Postes Canada de reconduire systématiquement les contrats avec les anciens fournisseurs. Pour ce qui est des recommandations d'embauche, il souligne que la pratique est courante dans n'importe quelle entreprise.

Après avoir décrié le mandat restreint confié à Deloitte & Touche, M. Ouellet ajoutait: «[...] depuis que j'ai reçu la lettre de votre prédécesseur, le 24 février dernier, j'ai eu le pressentiment que le gouvernement s'était engagé dans une procédure de congédiement déguisé.»

Pour le critique du NPD en matière de comptes publics, Pat Martin, le gouvernement aurait dû congédier M. Ouellet beaucoup plus tôt. «Le plus tôt on purge le système de cette génération de la vieille garde des hommes d'Ottawa, le mieux les contribuables seront», affirme-t-il en réclamant que M. Ouellet rembourse les dépenses pour lesquelles il ne peut fournir de reçus.

«Ses dépenses excessives ne sont rien comparativement au problème plus important de l'ingérence dans l'octroi de contrats gouvernementaux, sur cette seule base il aurait dû être congédié immédiatement», poursuit le néo-démocrate.

Le porte-parole du chef conservateur, Dimitri Soudas, s'interroge quant à lui sur la nature des propos échangés mardi entre le ministre et M. Ouellet: «Est-ce que les Canadiens vont devoir continuer à payer pour les erreurs de M. Ouellet? Est-ce qu'il y a eu une entente entre M. Ouellet et M. McCallum?» Il réclame par ailleurs la convocation du comité des comptes publics pour faire la lumière sur «l'abus systématique de fonds publics par les libéraux».

Le ministre John McCallum promet pour sa part d'avoir à l'oeil la SCP dans l'avenir pour s'assurer que celle-ci met bien en vigueur les nouvelles procédures de gestion tel que promis dans le rapport de vérification, procédures jugées «adéquates» par le Conseil du trésor. Le gouvernement devrait également compléter la révision des pratiques des sociétés de la Couronne d'ici la fin de septembre, ce qui pourrait mener à de nouvelles recommandations.

Pour ce qui est de la direction de la SCP, le ministre assure que le processus de sélection qui s'engage sera rigoureux et respectera les nouvelles procédures du Conseil du trésor. «[Cela] devrait nous donner des candidatures de première qualité, puisque ce sont uniquement les qualifications pour les postes qui seront importantes», croit-il. On fera d'ailleurs appel à une firme externe de recherche de cadres et la candidature retenue sera discutée en commission parlementaire.

André Ouellet connaissait bien le secteur des postes, puisqu'il en avait été le ministre responsable de 1972 à 1974 et en 1980-81 et qu'il avait procédé à la transformation du ministère en société de la Couronne. Lieutenant politique de Jean Chrétien pour le Québec, il avait été ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1996. Il avait ensuite cédé sa circonscription montréalaise de Papineau à Pierre Pettigrew. Il avait alors été nommé président du conseil d'administration de la SCP, puis président-directeur général en 1999.
1 commentaire
  • Jean Dunois - Inscrit 23 août 2004 06 h 35

    Pinochet, Salazar et André Ouellet...

    => http://ledevoir.com/2004/08/13/61324.html?347

    En outre de l'éditorial de M. Sansfaçon, je renverrais également aux propos des lettres ouvertes suivantes: «La Quintessence de la corruption» et «Un "honorable" collaborateur», textes publiés dans http://www.soreltracy.com/liter/2004/aout/8a.html et http://www.vigile.net/ds-actu/docs4a/8-11.html#tle


    C'est peu dire que je partage sans restrictions ces «jugements» porté sur M. André Ouellet, désormais ex-Président-Directeur général de la Société canadienne des postes.

    À titre de citoyen, je suis dégoûté - c'est bien le mot - par cet homme qui de tout temps a confondu service public et gratification personnelle de tous les instants.

    Des hommes de cette «catégorie» minent en soi le système politique, quel qu'il soit. À croire que ses «idoles» auront été Pinochet, Salazar ou quelque autre Pérone.

    Il doit payer à la société, et cher, tout le mépris dont il a fait preuve depuis des décennies à l'égard de l'ensemble de la population. Visiblement, cet homme n'a jamais compris que nous vivions en démocratie.

    Aussi, « être démissionné » n'efface, ne répare ni n'absout quoi que ce soit.

    M. Martin, premier ministre du Canada, non seulement vous devez vous montrer intraitable à l'endroit de ce monsieur qui a oeuvré à la manière d'un petit potentat, et comme si l'État constituait une chasse gardée personnelle, mais le verdict et les sanctions doivent être exemplaires. Il y va de la réputation du pays.

    Pourquoi « exemplaires » ??? Parce que ces gens ont bafoué notre régime de droit et trahi la confiance du public.

    Oui, dégoûté. Et bien entre nous, M. le premier ministre, ce n'est rien pour ramener le Québécois que je suis à de meilleures dispositions envers le Canada... anglais (si vous m'autorisez le pléonasme).

    Comment faire confiance à ce pays, en effet, alors qu'il est miné de partout par des parasites pareils, qui le siphonnent et le ruinent de l'intérieur?

    Et ce au nom même - MM. Denis Coderre et Stéphane Dion compris - de l'unité... nationale!

    Que l'on me pardonne mon langage cru : je suis écoeuré.