Une seule dose de vaccin après avoir été malade de la COVID-19 n’est pas suffisant pour Ottawa

S’ils souhaitent voyager, ces Québécois devront se faire vacciner de nouveau pour éviter la quarantaine obligatoire, estime Justin Trudeau.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne S’ils souhaitent voyager, ces Québécois devront se faire vacciner de nouveau pour éviter la quarantaine obligatoire, estime Justin Trudeau.

Le gouvernement fédéral estime que la preuve scientifique est insuffisante pour endosser la démarche du Québec consistant à vacciner une seule fois les individus guéris de la COVID-19. S’ils souhaitent voyager, ces Québécois devront se faire vacciner de nouveau pour éviter la quarantaine obligatoire.

« On peut vous dire que les experts et les scientifiques sont en train de se pencher sur la question. […] On n’était pas prêt à trancher, à prendre une décision finale là-dessus pour l’annonce d’hier, mais on est en train évidemment de suivre la science, et d’écouter les recommandations de nos experts », a assuré le premier ministre Justin Trudeau, lors d’un point de presse sur la situation sanitaire, mardi.

Le débat scientifique sur le nombre de doses de vaccin de COVID-19 à fournir à une personne qui a déjà contracté la maladie s’est transposé sur la scène politique au lendemain de l’annonce d’assouplissements aux frontières. Tant Québec qu’Ottawa estiment se baser sur la science pour en arriver à des constats opposés sur la définition d’un voyageur entièrement vacciné.

Le gouvernement fédéral a annoncé lundi que les voyageurs n’auront pas à faire de quarantaine de retour au pays à partir du 6 juillet s’ils ont reçu toutes les doses recommandées d’un vaccin contre la COVID-19 homologué au Canada. Cela signifie deux doses des vaccins de Pfizer, Moderna ou AstraZeneca, ou une dose du vaccin de Johnson & Johnson. 

Le premier ministre Trudeau insiste sur le caractère graduel de toute réouverture des frontières, et reconnaît que certaines personnes ont des « préoccupations », comme les Québécois qui ont contracté la COVID-19, mais aussi les enfants qui n’ont pas accès au vaccin ainsi que les touristes étrangers, à qui on interdit encore l’accès au territoire.

Québec persiste et signe

« Notre position au Québec est claire : quelqu’un qui a eu la COVID et une dose, on considère qu’il est complètement protégé. […] C’est important de dire que les gens qui voudraient par exemple voyager, et qu’ils veulent, même s’ils ont eu la COVID, avoir une deuxième dose, ça sera possible de le faire », a expliqué le premier ministre du Québec, François Legault, lors d’un point de presse mardi.

Présent à ses côtés, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a avancé que le fédéral est en train de réévaluer sa position, laquelle est aussi tributaire des consignes en vigueur aux États-Unis et dans d’autres pays.

« Nous, on essaie toujours de donner un nombre maximum de protections avec un nombre minimum de doses », a dit le Dr Arruda. Il convient qu’ « actuellement, il y a un flou » sur les consignes internationales à ce sujet, mais assure que d’avoir contracté la COVID-19 équivaut à « une bonne dose de vaccin », selon les données scientifiques actuelles à sa disposition.

Les experts fédéraux ne semblaient pourtant pas du même avis, questionnés à ce sujet à Ottawa quelques minutes plus tôt. « Nous n’en savons juste pas assez », a résumé l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam. Elle promet une étude plus approfondie des données, notamment du Québec, mais aussi d’autres pays du monde qui ont adopté cette approche, afin d’étudier une éventuelle mise à jour des recommandations fédérales.

« On se concentre aussi sur la preuve de vaccination. Dans la situation du Québec, on aurait besoin d’avoir la discussion sur la façon dont vous prouvez que la personne a déjà eu la COVID ? Ça rajoute une couche de complexité », a expliqué la Dre Tam.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a utilisé cet exemple pour qualifier la gestion « pitoyable » des frontières par le fédéral. M. Blanchet et son leader parlementaire, Alain Therrien, ont eux-mêmes attrapé le virus et ont reçu un vaccin au Québec ; ils ne pourraient donc pas éviter le séjour à l’hôtel et la quarantaine obligatoire s’ils devaient voyager.

Avec Marie Vastel



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