Des élus s’offusquent des liens faits entre la loi 21 et le drame de London

«Je ne crois pas qu’on puisse faire de lien entre une loi comme celle-là et des événements aussi dramatiques», a déclaré la cheffe libérale, Dominique Anglade.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Je ne crois pas qu’on puisse faire de lien entre une loi comme celle-là et des événements aussi dramatiques», a déclaré la cheffe libérale, Dominique Anglade.

Des élus québécois de tous partis confondus sont choqués de voir des commentateurs politiques attribuer un rôle dans le meurtre de quatre personnes de confession musulmane à London, en Ontario, à la Loi sur la laïcité de l’État québécois.

« Je ne crois pas qu’on puisse faire de lien entre une loi comme celle-là et des événements aussi dramatiques », a déclaré sans détour la cheffe libérale, Dominique Anglade, mercredi.

La cheffe de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale réagissait aux commentaires de certains chroniqueurs canadiens indignés de ne pas avoir vu le premier ministre Justin Trudeau montrer du doigt la Loi sur la laïcité de l’État québécois après l’attaque au camion perpétré à London, dimanche. « Nous ne pouvons pas dénoncer le genre de haine qui mène à une attaque terroriste ciblée comme celle vue à London cette semaine si nous ne sommes pas disposés à dénoncer les choses qui contribuent à conduire à de tels actes. Pour les dirigeants fédéraux, cela inclut de dénoncer sans ambages la loi 21 du Québec », a notamment écrit le chroniqueur du Toronto Sun Brian Lilley.

La porte-parole de Québec solidaire Manon Massé convient que la loi 21 « alimente [assurément] la peur de l’autre ». Cela dit, elle refuse d’imputer la responsabilité du crime haineux commis à London, à 1000 kilomètres de l’Assemblée nationale, en tout ou en partie, à la loi québécoise. « L’islamophobie — et on le sait ici, au Québec, on le sait ici, à Québec —, ça tue, hein ? Ça, c’est clair, puis on l’a vu encore, malheureusement, cette semaine », a-t-elle déclaré à la presse. « Est-ce qu’il y a un lien à faire entre la loi 21 et les actes qui ont été posés ? […] Ne faites pas de raccourcis comme ça », a-t-elle ajouté.

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, trouve pour sa part « inqualifiable » que des commentateurs « se servent du décès de gens innocents qui ont été victimes d’un geste haineux dans une [province] autre que le Québec, qui est l’Ontario, pour à nouveau faire du Quebec bashing ». « Ça vous montre l’étendue de l’obsession d’une partie du Canada anglais par rapport à ce que fait le Québec, du manque de respect profond qu’il y a pour le choix des Québécois », a fait valoir l’élu indépendantiste, tout en appelant le reste du pays à « arrêter de blâmer le Québec pour tout ce qui se passe au Canada ».

À Ottawa, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est retrouvé à faire la leçon aux journalistes qui ont pointé la loi 21 après l’assassinat de la famille musulmane à London. D’abord, sur un ton calme, il a affirmé qu’une loi québécoise ne peut pas être à l’origine d’un geste haineux commis sur le territoire de l’Ontario. « Ça n’existe pas, ce lien-là. Et il y a dans le fait de le créer quelque chose d’irresponsable, au point d’en être inquiétant », a-t-il dit. Devant l’insistance des journalistes, le chef bloquiste a reproché à certains d’utiliser le Québec comme « bouc émissaire » et de se prêter à du « Quebec bashing ». Un crescendo qui a abouti à ceci : « Je l’ai dit il y a un an, je vais vous le redire : les Québécois sont écœurés de se faire traiter de racistes ! »

Ça vous montre l’étendue de l’obsession d’une partie du Canada anglais par rapport à ce que fait le Québec

Propos controversés de Trudeau

Par ailleurs, les chefs des partis politiques d’opposition à l’Assemblée nationale s’expliquent mal pourquoi Justin Trudeau a dit croire que l’appui à l’obligation du visage découvert lors de la prestation et de la réception de services publics au Québec, qui se trouve au cœur de la loi 21, s’est effrité depuis le début de la pandémie de COVID-19. « Ça ne me surprendrait pas que, dans les semaines et les mois à venir, il y ait des réflexions à avoir sur le but et sur l’importance de la loi 21, en partie parce que ça fait un an qu’on passe beaucoup de temps avec des masques couvrant notre visage en obtenant des services de l’État », a déclaré le chef du gouvernement fédéral mardi.

« Sur le plan intellectuel, c’est d’une pauvreté impressionnante, c’est vraiment de la haute voltige. Puis, on n’a pas à accepter ça », a déclaré M. St-Pierre Plamondon mercredi, avant d’inviter la nation québécoise à « se libérer de ce mépris-là » en choisissant l’indépendance.

Selon Manon Massé, les Québécois « n’avaient pas besoin d’attendre le port du masque pour savoir qu’elle [la loi 21] était discriminatoire ». L’élue solidaire s’abstient toutefois d’appuyer la sortie médiatique de M. Trudeau. « Je dis : Mêle-toi de tes affaires. Nous, ici, on est des grandes personnes. »

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo