Les monts Sutton deviennent le plus vaste site naturel protégé à l'est de l'Alberta

L'organisme canadien Conservation de la nature a fait l'acquisition, hier, de 10 000 acres (40 km2) de forêts appartenant aux papetières Domtar, dans le massif des monts Sutton, créant ainsi le plus vaste site naturel privé protégé dans l'est du Canada. Cette nouvelle aire protégée permettra la conservation d'habitats naturels et la sauvegarde d'espèces menacées.

Au total, c'est 15 000 acres (60 km2) des monts Sutton, soit près des deux tiers de la surface, qui sont ainsi protégées. La papetière Domtar a cédé le territoire pour une somme de cinq millions de dollars, «plus un crédit d'impôt de trois millions qui vient des deux gouvernements», explique le président et chef de la direction de Domtar, Raymond Royer.

«Nous avons en ce moment 31 000 acres protégées, c'est dire comment les 10 000 acres de Domtar représentent beaucoup, mentionne le directeur régional de Conservation de la nature, Me Pierre Renaud. Pour la faune et la flore, c'est inestimable. Ça va nous permettre de protéger plusieurs espèces menacées comme le lynx roux et la grive de Bicknell.»

Prolongement de l'Appalachian Trail

Le territoire en question est situé dans le prolongement du Appalachian Trail, aux États-Unis, où s'entremêlent 4000 kilomètres de sentiers, qui pourraient bien être prolongés du côté canadien avec cette nouvelle acquisition.

«Dans certaines portions, on va peut-être ouvrir l'accès à la population, pour des activités comme des randonnées pédestres, et ainsi favoriser l'écotourisme», soutient Me Renaud. Au Québec, 50 % des aires protégées ne sont pas accessibles à la population. «Ce n'est possible que lorsque le territoire est assez grand pour assurer la protection des espèces tout en permettant l'accès au public», renchérit le spécialiste de la conservation. Un plan de gestion devrait permettre à l'organisme d'évaluer comment le territoire sera réparti.

La transaction a été rendue possible grâce à un partenariat public-privé né d'une entente signée il y a deux ans entre le gouvernement du Québec et Conservation de la nature. Pour chaque dollar fourni par des partenaires privés de l'organisme environnemental, le gouvernement donne aussi un dollar. Au bout du compte, c'est une aide financière gouvernementale de près de 2,9 millions de dollars qu'a reçue Conservation de la nature pour compléter le paiement à Domtar.

Le gouvernement s'est dit fier de contribuer à la conservation de la diversité biologique. Il s'agit d'une «acquisition exceptionnelle qui nous fait franchir un pas important dans la constitution d'un corridor transfrontalier de découverte de la nature et de plein air», a déclaré le premier ministre québécois, Jean Charest, par voie de communiqué.

Domtar écologique

Pour la papetière, cette transaction s'inscrit dans une philosophie de gestion qui favorise la croissance durable. «Notre engagement, c'est de nous assurer que la pérennité de la forêt est assurée et que nos pratiques forestières nous permettent de faire de la gestion durable, souligne le président Raymond Royer. De plus, ça permet à la région de tirer avantage de l'écosystème qui est probablement le meilleur qu'on peut retrouver dans tout l'est de l'Amérique [du Nord].»

Il s'agit d'engagements à long terme pour Domtar, qui au cours des dernières années a fait plusieurs gestes en faveur de la protection des forêts. «Nous nous sommes engagés à certifier toutes nos pratiques forestières de la norme FSC [Forest Stewardship Council], la norme la plus rigoureuse mise en avant par les groupes de l'environnement, explique le président de l'entreprise. Nous avons certifié nos pratiques forestières, mais aussi nos usines.» Dans les faits, Domtar gère 22 millions d'acres de forêt, dont la moitié au Québec.

La papetière s'est toutefois gardé le droit de faire «du jardinage» sur le territoire cédé, c'est-à-dire venir nettoyer la forêt lorsqu'elle atteint un certain âge. «Il peut y avoir des essences d'arbre qui contaminent et empêchent les meilleures essences de progresser, décrit Raymond Royer, alors on enlève les espèces de moins de valeur mais avec lesquelles on peut faire du papier.»