Femmes autochtones disparues et assassinées: Ottawa publie son «Plan d’action national»

«C’est un plan qui est appelé à évoluer avec le temps pour s’adapter aux besoins spécifiques des communautés», a soutenu jeudi le premier ministre Justin Trudeau.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «C’est un plan qui est appelé à évoluer avec le temps pour s’adapter aux besoins spécifiques des communautés», a soutenu jeudi le premier ministre Justin Trudeau.

Deux ans jour pour jour après le dépôt du rapport final l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, le gouvernement fédéral s’est engagé à financer et à développer des initiatives pour éliminer de nombreux obstacles systémiques qui avaient alors été ciblés.

Le « Plan d’action national » dévoilé jeudi décrit les mesures prévues pour répondre aux 231 « appels à l’action » du rapport. Il comprend ainsi des engagements généraux ou à propos de l’amélioration du financement pour programmes et initiatives répartis sous quatre thématiques : droit à la culture, à la santé et au mieux-être, à la sécurité, et à la justice.

En matière de justice, Ottawa annonce notamment qu’il rétablira la Commission de réforme du droit du Canada, un organisme fédéral indépendant chargé de conseiller le Parlement sur la façon de moderniser et d’améliorer les lois. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait cessé de le financer en 2006.

Pour lutter contre le racisme et les obstacles aux soins dans le système de santé, Ottawa propose de soutenir le Principe de Joyce, une initiative nommée en l’honneur de Joyce Echaquan, une Atikamekw de 37 ans morte fin septembre 2020 à l’hôpital de Joliette après avoir subi des insultes dégradantes du personnel hospitalier. Le Principe de Joyce prévoit que les Autochtones ont droit de recevoir tous les soins dans la dignité et le respect.

Ottawa promet également d’augmenter le financement des organismes communautaires qui fournissent aux populations vulnérables des informations et des services dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. On prévoit aussi la création d’un nouvel Institut national de recherche sur la santé des femmes.

Camps de travailleurs

Pour répondre aux problèmes de sécurité des femmes autochtones — un thème majeur de l’enquête nationale —, le gouvernement affirme qu’il faut mettre en place une stratégie globale pour faire face aux conséquences des camps de travailleurs temporaires situés à proximité des communautés autochtones, bien qu’une telle stratégie ne soit pas promise. Les efforts fédéraux promis viseront plutôt à développer avec le milieu une variété d’activités visant à atténuer les répercussions de ces camps de travailleurs. Ottawa augmentera également le financement des initiatives visant à mettre fin à la traite des personnes, y compris le soutien aux populations à risque et aux survivantes.

Le soutien et la préservation de la culture autochtone avaient été identifiés par les commissaires comme un ingrédient clé pour bâtir une communauté, une identité et une protection pour les femmes et les filles autochtones. À ce propos, Ottawa promet de soutenir des initiatives telles que des camps linguistiques et culturels, des programmes de mentors-apprentis ainsi que des ressources pour documenter les langues autochtones.

Les mesures du gouvernement fédéral seront mises en place en parallèle de plans détaillés, également publiés jeudi. Ceux-ci ont été élaborés par une multitude de partenaires au pays, dont les provinces, qui ont travaillé sur leurs solutions pour donner suite aux 231 recommandations de l’Enquête nationale.

Bon nombre des initiatives proposées sont de nature générale et aucune n’est budgétée. On évoque la nécessité de les développer en collaboration avec les communautés autochtones. Toutefois, le gouvernement fédéral promet d’établir des indicateurs de performance et de présenter des rapports annuels pour mesurer les progrès à partir du prochain exercice.

Sept étapes immédiates

Ce Plan d’action, promis depuis longtemps, constitue en quelque sorte un cadre préliminaire, mais complet, élaboré par de nombreux partenaires, parmi lesquels on compte les familles des victimes et des survivantes, les groupes autochtones ainsi que les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral. Dans le document, on reconnaît qu’il jette principalement les bases, en vue d’étapes qui seront éventuellement plus détaillées et chiffrées.

« C’est un plan qui est appelé à évoluer avec le temps pour s’adapter aux besoins spécifiques des communautés, a soutenu le premier ministre Justin Trudeau, jeudi matin, en présentant le Plan national. En d’autres mots, le travail ne s’arrête pas ici, bien au contraire : comme vous me l’avez souvent dit, il reste énormément à faire et je suis absolument d’accord. »

Sont cependant prévues sept étapes immédiates, que l’ensemble des partenaires ont convenu de hiérarchiser afin de garantir que le document devienne la base d’un plan plus large pour répondre aux recommandations détaillées de l’Enquête nationale.

En premier lieu se trouve le financement des services de soutien aux survivantes et aux familles, ainsi qu’un « financement adéquat » pour garantir que les survivantes et les familles pourront rester impliquées pour contribuer aux prochaines étapes du Plan d’action national. Un organisme de surveillance sera également créé pour représenter les intérêts des familles, des survivantes et des communautés autochtones. Il sera habilité à enquêter et à traiter toute plainte de violation des droits ou d’autres préoccupations à mesure que le travail se poursuit.

Une stratégie de mise en œuvre plus approfondie du plan sera élaborée ultérieurement, avec des informations plus spécifiques et des priorités supplémentaires à moyen et long terme qui doivent mener à un changement systémique, espère le gouvernement. On veut aussi mettre sur pied une table sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées regroupant le fédéral, les provinces et les territoires, pour coordonner la collaboration intergouvernementale.

Plus tôt cette semaine, l’Association des femmes autochtones du Canada annonçait qu’elle s’était retirée de l’élaboration de ce Plan d’action national, invoquant un processus « fondamentalement biaisé » et motivé par des intérêts politiques. L’association a dévoilé mardi son propre plan d’action qui, contrairement à celui publié par le gouvernement, contient des mesures ciblées avec des mécanismes de suivi et des coûts associés.

 

Les Inuits présentent leur propre plan d’action

Deux organisations inuites nationales ont publié leur propre plan d’action sur la façon de corriger les lacunes sociales, juridiques et culturelles identifiées il y a deux ans par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

 

Parmi les 231 « appels à la justice » contenus dans le rapport final de l’Enquête ; 46 de ces engagements visent spécifiquement les Inuits.

 

Le plan d’action des organismes nationaux Inuit Tapiriit Kanatami et Pauktuutit Femmes inuites du Canada énonce 187 façons pour les gouvernements et les organisations inuites d’agir.

 

Il est divisé en 14 domaines, dont, entre autres, les refuges et le logement, la justice et la police, la santé et le mieux-être, la langue et la sécurité économique.

 

Il met en évidence les facteurs sous-jacents dans les territoires inuits qui contribuent aux taux élevés de violence à l’égard des femmes, notamment le manque de refuges pour femmes en danger, la pénurie de logements et l’accès limité aux soins de santé.

 

Le plan d’action a été élaboré par un groupe de travail national inuit de 10 membres.

La Presse canadienne

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