Ottawa ignorait combien de masques il devait garder en inventaire

La vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne La vérificatrice générale du Canada, Karen Hogan

Au moment du déclenchement de la pandémie, le gouvernement fédéral ignorait depuis au moins une décennie la quantité d’équipement de protection individuelle en bon état qu’il gardait en inventaire dans sa réserve nationale stratégique conçue pour approvisionner les provinces en cas d’urgence, a constaté la vérificatrice générale du Canada.

Des problèmes de gouvernance, incluant l’absence d’une base de données mise à jour, rendaient « impossible » d’avoir l’information juste quant aux stocks d’équipement de protection individuelle (EPI) et d’instruments médicaux gardés dans cette réserve d’urgence. « L’Agence de la santé publique du Canada [ASPC] n’était pas aussi bien préparée qu’elle aurait pu l’être pour composer avec la hausse marquée des besoins des provinces et des territoires découlant de la pandémie de COVID‑19 », a tranché la vérificatrice générale Karen Hogan dans un rapport publié mercredi.

Faute d’information fiable sur son inventaire de masques N95, blouses et autres équipements médicaux, le gouvernement ne pouvait pas savoir si ces articles « n’étaient pas périmés ou sur le point de l’être, et d’intervenir en conséquence », peut-on lire. La ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, a reconnu que cette réserve de dernier recours n’était pas assez bien fournie pour répondre à la demande urgente des systèmes de santé du pays.

« Dès le début de la pandémie, j’ai compris qu’il y avait un enjeu avec la réserve, vu le grand nombre de demandes qui arrivait des provinces et des territoires », a indiqué la ministre Hajdu en conférence de presse, mercredi. La pénurie d’EPI et d’instruments médicaux qui a suivi a provoqué une course folle à l’approvisionnement pour laquelle le gouvernement a dépensé au moins 3,7 milliards de dollars.

Évitable

Le gouvernement aurait pu s’éviter une partie de cette panique s’il avait suivi les recommandations d’audits internes, conduits en 2010 et en 2013, qui avaient déjà blâmé le gouvernement fédéral pour les problèmes d’efficacité, de gouvernance et de surveillance de cette réserve fédérale d’urgence. « Nous nous serions attendus à ce que ces importantes recommandations aient été entièrement mises en œuvre à l’heure actuelle », écrit Karen Hogan.

Constituée dans les années 1950, cette réserve a spécifiquement pour tâche d’aider les provinces en cas d’augmentation soudaine de la demande de fournitures médicales. Ce genre d’événement survient rarement, mais c’est justement ce qui s’est produit durant la pandémie de COVID-19.

L’automne dernier, le gouvernement fédéral a réduit considérablement ses commandes de blouses médicales jetables de 30 millions d’unités, a rapporté Le Devoir. L’ASPC avait notamment expliqué s’être rendu compte que la quantité de blouses disponible dans sa réserve d’urgence et dans celle des provinces ne justifiait pas de telles commandes.

Désuet

La vérificatrice générale a aussi constaté que le protocole destiné aux provinces pour leur approvisionnement auprès de la réserve d’urgence était désuet depuis au moins 2010. De plus, un manque de renseignements sur les sous-traitants chargés de stocker les fournitures médicales de la réserve rendait difficile le suivi des articles, même durant la pandémie.

Par ailleurs, le rapport souligne que le fédéral s’est amélioré durant la pandémie sur plusieurs aspects. « L’Agence est passée d’une gestion réactive à une planification et à une distribution éclairées », rapporte Karen Hogan. Santé Canada a aussi accéléré son processus d’attribution de licences d’équipements médicaux, si bien que la vérificatrice lui demande maintenant de conduire des examens approfondis pour s’assurer que tous les modèles de masques N95 méritaient leur feu vert.

Même si Services publics et Approvisionnement Canada a pris des risques en avançant des montants significatifs à ses fournisseurs dans sa course à l’obtention d’équipement de protection individuelle, il semble que le ministère ait pu récupérer son argent lorsque les livraisons n’ont pas pu être honorées, ou a entrepris des démarches en ce sens.

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