Ottawa se montre ouvert mais suspicieux face aux demandes des provinces

Ottawa — Le gouvernement de Paul Martin a accueilli avec «ouverture», hier, les demandes des premiers ministres provinciaux en matière de santé.

Mais le ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh, n'a pas pu s'empêcher de remettre en doute la sincérité des requêtes des provinces, dont le total, en cinq ans, frise les 30 milliards de dollars.

«Historiquement, lorsque les premiers ministre provinciaux se rencontrent, leurs demandes sont toujours beaucoup plus grandes que le règlement final», a déclaré en point de presse à Ottawa celui qui a déjà été premier ministre de la Colombie-Britannique.

«Les premiers ministres provinciaux sont des premiers ministres provinciaux», a lâché avec ironie M. Dosanjh, en faisant référence à la stratégie de négociation des provinces.

En campagne électorale, le premier ministre Martin s'est engagé à accroître de neuf milliards, en cinq ans, les versements fédéraux aux provinces pour les soins de santé. Les demandes provinciales correspondent donc au triple de l'offre d'Ottawa.

Présente aux côtés de M. Dosanjh pour réagir à l'entente conclue hier par les premiers ministres des provinces, regroupés au sein du Conseil de la fédération, la ministre fédérale des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, a néanmoins laissé entendre qu'Ottawa était ouvert à la négociation.

«Nous allons discuter avec les provinces», a-t-elle répondu quand on lui a demandé si le gouvernement fédéral était prêt à avancer davantage que les neuf milliards promis.

«Mais ce qui est différent [par rapport aux précédentes rencontres provinciales], c'est que les premiers ministres arrivent avec un plan d'action pour réformer le système, et c'est ça qui nous intéresse davantage», a-t-elle précisé.

Reddition de comptes

Dans leur déclaration finale, hier, les ministres fédéraux se sont gardés d'évoquer l'intention d'Ottawa de demander aux provinces de lui rendre des comptes sur l'utilisation qui sera faite des nouveaux transferts. Ce projet irrite de nombreux dirigeants provinciaux, dont Jean Charest (Québec) et Ralph Klein (Alberta).

«Nous sommes d'accord avec eux [les premiers ministres provinciaux] quant à l'importance de rendre des comptes aux Canadiens», a affirmé Mme Robillard, reprenant ainsi la position défendue par les dirigeants des provinces à Niagara-on-the-Lake.

Le gouvernement fédéral n'a toutefois pas abandonné l'idée de faire accepter aux provinces ses priorités en matière de santé avant d'augmenter sa contribution financière.

Ottawa veut ainsi restreindre le rôle du secteur privé dans la prestation des soins, réduire les délais d'attente, améliorer les services à domicile et accroître le nombre de professionnels de la santé.

Le gouvernement Martin voit aussi d'un bon oeil la création d'un régime pancanadien d'assurance-médicaments, comme l'ont proposé hier les premiers ministres provinciaux.

«Personne ne devrait avoir à déclarer faillite pour payer des médicaments d'ordonnance très onéreux», a soutenu Ujjal Dosanjh.