Enquête sur Dany Fortin: Justin Trudeau savait depuis «plusieurs semaines»

Le premier ministre Justin Trudeau et le major général Dany Fortin
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau et le major général Dany Fortin

Le premier ministre Justin Trudeau admet avoir été mis au courant il y a « plusieurs semaines » que le major général Dany Fortin était visé par une enquête.

Le responsable de la distribution des vaccins contre la COVID-19 au pays a quitté son poste vendredi soir en attendant les résultats d’une enquête militaire le visant. M. Trudeau s’exprimait publiquement là-dessus pour la première fois mardi midi, lors d’une conférence de presse.

Le premier ministre dit avoir été informé par le leadership militaire qu’un processus était en cours afin de faire la lumière sur des allégations à l’endroit du major général. C’est le Service national des enquêtes des Forces canadiennes (SNEFC) qui a pris l’affaire sous son aile.

« Quand ils font ça, ils jugent des fois que c’est approprié d’informer mon bureau et j’ai été informé il y a plusieurs semaines. Mais évidemment, parce que c’est un processus qui se déroule de façon indépendante, je n’ai pas reçu beaucoup de détails, ce qui est tout à fait approprié », a-t-il dit.

La Presse canadienne a confirmé par l’intermédiaire d’une source que l’affaire portait sur une allégation d’inconduite sexuelle.

CTV a rapporté dimanche que M. Fortin faisait l’objet d’une enquête parce qu’il se serait « exposé » devant une femme en 1989, alors qu’il était élève-officier au Collège militaire royal de Saint-Jean. Son avocat a indiqué au même réseau que son client « niait catégoriquement » tout acte répréhensible.

Toujours selon CTV, l’allégation remonte à il y a environ deux mois.

Mardi, les journalistes ont bombardé M. Trudeau de questions.

Qu’est-ce qui s’est passé entre le moment où il a été informé d’une enquête et son départ subit vendredi dernier ? Pourquoi avoir attendu des semaines avant d’agir ? Pourquoi le leadership militaire ne divulgue-t-il pas plus de détails sur la nature de l’allégation ?

« Je comprends entièrement ces questions […] et je peux partager évidemment que c’est une situation qu’on ne voudrait pas être en train de vivre maintenant, au milieu de ce moment particulièrement important », a-t-il dit, en dirigeant les questions à la Défense nationale.

Le retrait du major général Fortin, qui était le visage de la distribution des vaccins au pays, arrive alors que les Forces armées canadiennes sont plongées dans une crise sans précédent. Pas moins d’une demi-douzaine de hauts gradés de l’armée sont sous enquête pour inconduite sexuelle.

En même temps, le gouvernement est critiqué pour ne pas avoir mis en place les recommandations d’un rapport accablant datant de 2015 sur les inconduites sexuelles dans l’armée. On y conseillait, entre autres, de mettre sur pied une entité indépendante pour traiter les plaintes.

M. Trudeau dit vouloir que chaque enquête, prise en charge par le SNEFC, soit « complète, rigoureuse et juste » et que les souhaits des victimes alléguées soient respectés.

« Depuis très longtemps, les Forces armées ont des capacités de faire des enquêtes. […] On a vu en même temps que par rapport aux plaintes d’agressions sexuelles, par rapport aux plaintes de harcèlement, ils n’ont pas toujours été très bons là-dedans », a laissé tomber le premier ministre.

C’est pour ça, dit-il, que son gouvernement a commandé un autre rapport pour faire le point sur les inconduites sexuelles dans l’armée et travaille à mettre en place de meilleurs processus de plaintes.

« Depuis trop longtemps, trop de femmes et d’hommes ne se sentent pas appuyés pour venir partager leurs histoires pour porter plainte contre des agressions et des gestes inacceptables et ça, ça doit changer », a soutenu M. Trudeau.

L’Agence de la santé publique du Canada a annoncé lundi soir que la brigadière-générale Krista Brodie assumera la fonction de vice-présidente de la logistique et des opérations relatives aux vaccins.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, s’est dite confiante que la distribution des doses tant attendues se déroulera dans les délais prévus malgré la transition en cours. Le Canada reçoit cette semaine sa plus grande livraison de vaccins contre la COVID-19 jusqu’à présent, soit 4,5 millions de doses.

À voir en vidéo