Santé: Charest veut 30 milliards

Jean Charest et son homologue albertain s’opposent catégoriquement à ce que le gouvernement fédéral dicte ses priorités, alors que les provinces maritimes tout comme la Colombie-Britannique se montrent plus conciliantes, du moment où l’argent d
Photo: Agence Reuters Jean Charest et son homologue albertain s’opposent catégoriquement à ce que le gouvernement fédéral dicte ses priorités, alors que les provinces maritimes tout comme la Colombie-Britannique se montrent plus conciliantes, du moment où l’argent d

Niagara-on-the-Lake — Le gouvernement fédéral devra verser beaucoup plus que les neuf milliards de dollars sur cinq ans qu'il a promis pour le système de santé, ont convenu, hier, les premiers ministres provinciaux réunis jusqu'aujourd'hui à Niagara-on-the-Lake, en Ontario.

À l'issue de la première journée des travaux du Conseil de la fédération, le premier ministre du Québec, Jean Charest a donné le ton lors d'une conférence de presse: Ottawa, selon lui, devra ajouter près de 30 milliards de dollars de plus dans le système de santé d'ici cinq ans s'il veut combler les besoins des provinces.

Ce montant astronomique représente le quart des dépenses reliées au fonctionnement du système de santé au Canada.

«On vous présentera un portrait complet vendredi [aujourd'hui, au terme de la réunion], mais évidemment, la question du 25 %, évoquée dans le rapport Romanow, est un élément central de ce que l'on s'attend du gouvernement fédéral», a-t-il dit.

Sans évoquer le montant souhaité, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Bernard Lord, a lui aussi jugé la proposition du premier ministre du Canada, Paul Martin, nettement en deçà des attentes. «C'est visiblement insuffisant, a-t-il dit. Cela ne représente que 1,8 milliard en moyenne par année.»

Même constat pour John Ham, de la Nouvelle-Écosse, qui estime que M. Martin aurait dû tenter d'aider convenablement les provinces plutôt que de sortir «un montant d'un chapeau», en pleine campagne électorale.

Le président du Conseil de la fédération et premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty, s'est pour sa part montré beaucoup plus prudent, refusant de dévoiler le jeu des provinces. «Nous sommes en train de discuter de cette question. Nous poursuivons nos discussions. Mais ça va prendre beaucoup, beaucoup d'argent pour notre système de santé», a-t-il dit.

Pour l'instant, l'insuffisance de la contribution financière fédérale semble le seul consensus qui se dégage des travaux du Conseil de la fédération.

L'un des sujets qui divise encore les provinces est celui des «fonds dédiés», soit les secteurs prioritaires identifiés par le gouvernement fédéral, et dans lesquels les provinces s'engageraient à investir.

Ces fonds dédiés touchent, entre autres, la réduction des listes d'attente, les soins à domicile, la cardiologie, les chirurgies de la cataracte et aux genoux, de même que les médicaments.

À ce sujet, il y a encore «du travail à faire» en vue de dégager une position commune, a admis Bernard Lord. De fait, le Québec et l'Alberta s'opposent catégoriquement à ce que le gouvernement fédéral dicte ses priorités, alors que les provinces maritimes tout comme la Colombie-Britannique se montrent plus conciliantes, du moment où l'argent d'Ottawa est sur la table.

Une pomme de discorde a cependant été évitée, puisque les premiers ministres se sont entendus pour rendre compte de leurs dépenses en matière de santé à la population, et non au gouvernement fédéral.

Les premiers ministres vont tenter aujourd'hui de dégager une proposition commune globale de financement de la santé, qui sera soumise au premier ministre Martin le 13 septembre à Ottawa.

Cette réunion fédérale-provinciale, qui sera télévisée, suscite des réactions partagées chez les premiers ministres provinciaux.

Si M. Charest ne semble guère se formaliser de participer à une rencontre télévisée, le premier ministre albertain, Ralph Klein, a dit craindre que l'exercice ne se transforme en «gong show», c'est-à-dire un cirque absurde où les «artistes» se livrent à des pitreries toutes plus ridicules les unes que les autres.

Martin réagit

À Bromont, où il rencontrait hier le gouverneur de la Floride, Jeb Bush, le premier ministre Paul Martin a dit espèrer que les provinces arriveraient à faire consensus, estimant que les Canadiens veulent avoir l'assurance que les assises du système de santé sont solides.

Bien qu'il reconnaisse que la santé est liée à une question d'argent, le premier ministre a ajouté qu'Ottawa et les provinces devaient aussi se donner les moyens de travailler ensemble, ce qu'il entend promouvoir lors de la rencontre fédérale-provinciale en septembre prochain.

Contrairement à Jean Charest, Paul Martin, estime que le fédéral a son mot à dire en matière de santé. Il dit vouloir s'assurer que les fonds fédéraux seront dirigés là où ils seront les plus utiles.