Postes Canada et le scandale des commandites - André Ouellet devra s'expliquer

André Ouellet
Photo: Agence Reuters André Ouellet

Les rapports de la firme externe Deloitte sur la Société canadienne des postes (SCP), commandés dans la foulée du scandale des commandites et rendus publics hier, contiennent des «informations et des allégations troublantes», selon le ministre du Revenu, John McCallum, qui somme le président de la société d'État de s'expliquer dans les sept jours.

Le ministre responsable de la SCP n'a pas voulu se prononcer sur les détails des rapports, pas plus que sur l'avenir d'André Ouellet comme président-directeur général de la SCP. «Je veux attendre les réponses de M. Ouellet avant de commenter en détail», a expliqué M. McCallum, qui a l'intention de rencontrer le conseil d'administration de la SCP la semaine prochaine, ainsi que chacun des membres individuellement.

Rappelons que M. Ouellet a été suspendu de ses fonctions, avec salaire, en février dernier, jusqu'à ce que l'examen externe des pratiques de gestion ainsi que des activités de commandites, de marketing et de publicité soit complété. L'ancien ministre libéral avait participé à la mise en place du programme des commandites avant d'être nommé à Postes Canada en 1996.

Une fois que le ministre aura obtenu les commentaires de M. Ouellet au sujet du rapport qui s'avère accablant pour lui, il consultera le Conseil du trésor quant à son statut.

1,6 million sans factures

Dans son rapport sur les pratiques de gestion à la SCP, Deloitte souligne que l'organisme n'a pu fournir de pièces justificatives pour les dépenses de déplacement et de séjour du président entre 1996 et 2003, lesquelles dépenses s'élèvent à 1,6 million de dollars. La SCP affirme «ne plus trouver l'information» pour la période allant de 1996 à 1998. Pour ce qui est de la période entre 1999 et 2003, le président a allégué que les demandes de remboursement et les documents à l'appui se trouvaient «à sa résidence». Il ne les avait toujours pas produits la semaine dernière, lorsque le rapport a été déposé au ministre.

Le rapport révèle également que le président aurait influencé le processus d'appel d'offres et l'octroi de contrats d'approvisionnement pour trois dossiers, totalisant 35 millions.

M. Ouellet aurait aussi limité le mandat de la vérificatrice interne, l'empêchant en 2002 de scruter les contrats de publicité, au moment même où l'iceberg du scandale des commandites commençait à émerger. «Selon les entrevues avec l'ancienne vérificatrice interne, le président lui avait indiqué que l'examen n'était pas nécessaire», peut-on lire dans le rapport de Deloitte. Le conseil d'administration ayant exigé un tel examen, le président a préféré confier cette tâche au service du contentieux.

Le deuxième rapport, portant sur les activités de commandites, de marketing et de publicité, vient quant à lui corroborer les conclusions de la vérificatrice générale du gouvernement, Sheila Fraser.

Pas de contrat

On y rappelle que la SCP a versé 1,6 million à l'entreprise L'Information essentielle pour la réalisation d'une série sur Maurice Richard, sans qu'aucun contrat n'ait été signé. Il n'y a par ailleurs pas eu d'appel d'offres avant d'octroyer un contrat à Lafleur communication, qui a servi d'intermédiaire pour obtenir une subvention de 600 000 $ du programme de commandites du gouvernement (dont 15 % sont allés à l'agence de communication). «Dans le cadre de ces deux transactions [...], la Société n'a pas respecté les exigences stipulées dans les politiques et processus, ce qui a engendré un niveau non acceptable de non-conformité», écrit la firme Deloitte.

De façon générale, on souligne le manque de respect des procédures pour la plupart des contrats de commandites, ainsi que le manque de suivi des dossiers une fois les contrats octroyés. Plusieurs documents manquaient à l'appel.

Le ministre a envoyé une copie de ces deux rapports à la commission Gomery chargée de faire la lumière sur le scandale des commandites.

En février, les partis d'opposition avaient critiqué l'embauche de Deloitte, également chargée de faire la lumière sur les fonds versés à la section québécoise du Parti libéral du Canada par les firmes de communication impliquées dans le scandale — un rapport qui n'a toujours pas été rendu public. Deloitte effectue la vérification externe normale de la Société canadienne des postes depuis 1995 et n'avait jamais signalé d'irrégularité auparavant.

Avec la collaboration de Malorie Beauchemin
4 commentaires
  • Benoît Mercier - Inscrit 30 juillet 2004 21 h 26

    Bin voyons

    Je ne suis aucunement surpris.Le contraire d'un fidèle, pour une nation.Il va se plaindre maintenant! Sa carrière est menacé et les coffres sont plein. Ontla connait maintenant cette histoire.

    Et nous.Nous somme volé.Les commandites sont le reflet d'actions pas catholiques, pour ne pas dire Chrétien.Tous ceux et celles qui ont acceptés de profité... de l'ambiguité d'un peuple en marche devrons payés.Les forces politiques du Canada changent et le Québec souverain se confirme.Travaillons ensemble au Québec et au Canada pour un avenir harmonieux.

  • Richard Vaillancourt - Inscrit 30 juillet 2004 22 h 23

    Entre monsieur Ouellette et la firme Deloitte !

    Je ne peux pas accepter...

    Oui, je trouve scandaleux que la firme Deloitte produise des rapports qui mettent en doute le comportement de Monsieur André Ouellet.Maintenant en fin de carrière, Monsieur Ouellet a servi notre pays, le Canada, après avoir été choisi par les électeurs. Jusqu'à récemment, il occupait un poste important que ses grandes qualités de gestionnaire lui avait mérité. Après avoir sacrifié sa vie au service des canadiens, il est scandaleux que la firme Deloitte vienne salir cet homme politique qui s'est donné à notre pays!L'erreur, c'est la firme Deloitte qui l'a commise!

  • Nicolas St-Gilles - Inscrit 4 août 2004 10 h 18

    Un prédateur du Québec

    « Après avoir sacrifié sa vie au service des canadiens...», et autres énormités analogues, nous chante M. Richard Vaillancourt

    Eh bein, mon cher Vaillancourt, en fait de flagornerie, je n'avais pas lu «mieux» depuis longtemps - si on excepte les Marie-France Legault et les Farid Kodsi des présentes tribunes du Devoir, qui applaudissent quotidiennement à chaque recul réel ou potentiel du Québec face au bulldozer canadian. Il faut dire que ce sont des «cas» qui relèvent de la psychiatrie plus que de la politique... Alors, ne nous éternisons pas de ce côté: ce serait nous inviter à des jouissances par trop morbides.

    André Ouellet, bien que beaucoup de gens l'aient oublié et que les plus jeunes n'en sachent rien si on ne les a pas intéressés à la politique québécoise et canadienne des quarante dernières années, a été - en même temps que Jean Chrétien dès les années soixante et soixante-dix, et bien avant les Stéphane Dion et les Denis Coderre de nos jours, qui en sont en quelque sorte «les fils spirituels» - l'un des politiques les plus salauds et les plus méprisants à l'égard du Québec que les cinquante dernières années aient pu «produire».

    Cet homme de main du Canada de Pierre Elliott Trudeau se voyait même méprisé de ce dernier! Ça en dit déjà long, très long.

    Ah... comme je me souviens - entre autres (et bien que je n'aie pas 50 ans) - de sa spécialité des «campagnes de peur» à l'occasion du référendum de 1980 sur la Souveraineté du Québec! Un petit politicien comme il s'en faisait beaucoup autrefois: petit, mesquin, profiteur, sans envergure, et au service du Canada contre sa propre patrie québécoise. Allant même, depuis cette époque jusqu'à ce jour, payer ses impôts de contribuable en Ontario plutôt qu'au Québec.

    Un vrai Québécois comme il ne s'en fait plus... quoi.

    Dans la France occupée de 1940-1945(1944), cet homme-là, cela est certain, n'aurait pas été exactement du côté des Jean Moulin de la Résistance. C'est indéniable, quant à moi.

    Cet homme a été ignoble sa carrière durant, et sa fonction comme PDG à la Société des Postes (pour laquelle il n'avait pas du tout les compétences: il s'agissait d'un boni extraordinaire de fin de carrière, une nomination purement politique par son grand ami Jean Chrétien au milieu des années 1990) démontre aujourd'hui qu'un arbre tordu ne redevient pas sain sous prétexte qu'il est vieux.

    André Ouellet est resté fidèle à lui-même, du début à la fin de sa carrière: un petit homme au service de lui-même et au service de l'asservissement de la nation québécoise sous le joug du Canada.

    Aussi, ne suis-je pas du tout surpris des malversations, du népotisme et de la corruption qui semblent entourer - aux dires du rapport de vérification récent sur son compte - son passage à la tête de la Société des Postes. Sauf que, préférant laisser le dossier se poursuivre en espérant qu'il paie bientôt, et ferme, pour son administration de petit caïd au-dessus des lois, je n'avais nulle intention de m'exprimer publiquement sur cet homme plus près du tyran de ruelle que du «serviteur de l'État».

    Mais à la lecture de votre texte, M. Vaillancourt, mon sang n'a fait qu'un tour. Vous pouvez donc être fier aujourd'hui, M. Richard Vaillancourt, d'avoir stimulé un concitoyen à pourfendre tout le ridicule qui peut se loger, concernant André Ouellet, derrière vos déclarations absolument aussi loufoques les unes que les autres: «ses grandes qualités de gestionnaire», «sacrifié sa vie au service des canadiens», «scandaleux que la firme Deloitte vienne salir cet homme», «qui s'est donné à notre pays!»...

    Eh...! un homme qui a passé sa vie, précisément, à «salir» tout autour de lui. Et qui a mis la main dans les caisses de l'État à coup de millions de dollars à des fins personnelles... Oui, un grand homme, très certainement. La fabulation semble ne pas connaître chez vous de limite, monsieur V.

    M. Vaillancourt (d'autant plus que nous savons qu'il privilégie souvent lui-même les prête-noms depuis quelque temps...), votre lettre semble constituer la copie conforme (véritable «copier-coller») de ce que nous «garroche» ici même depuis des mois et des mois, de son Ontario chérie, notre inénarrable Farid Kodsi.

    Enfin - Farid Kodsi ou Richard Vaillancourt, qu'importe - je vous suis reconnaissant de m'avoir encouragé à présenter une autre face de la réalité. Sans vous, je n'aurais trouvé ni le temps, ni l'énergie.

    Vous pourrez en conséquence vous vanter d'avoir contribué au dévoilement de la vérité sur cet homme nommé André Ouellet. Et si ça se trouve, cette vérité l'entraînera au fond d'une cellule humide. Là où il ne pourra plus tyranniser personne de son autorité d'un autre siècle ou dégurgiter sur quiconque.

    Oui, vous l'avez compris, M. Vaillancourt : Votre mot m'a mis littéralement hors de moi.

    Pour l'hagiographie, je regrette, c'est raté on ne peut plus.

    4-08-04

    PS : Je comprends, M. V., que vous ayez préféré ne pas laisser vos coordonnées accompagner votre nom, réel ou fictif. Quand on étale pareil fatras sur la place publique, et que par ailleurs il nous reste un minimum d'amour propre, eh bien vaut mieux en effet demeurer cloîtré dans l'anonymat.

  • Richard Vaillancourt - Inscrit 4 octobre 2004 21 h 59

    Addenda

    "Entre monsieur Ouellette et la firme Deloitte!"
    En relisant mon texte du 30 juillet, j'ai constaté qu'il manquait un mot.Lacune qui change complètement le sens de mon commentaire.Il faut ajouter une onomatopée.Oui,s'il vous plaît, rajouter à la fin du texte:"Hi! hi! hi!"...
    Merci,
    Richard Vaillancourt
    de Beauport,,,