Entrevue à Paris Match - Paul Martin évoque des «liens charnels» avec la France

Paris — Photographié les pieds dans les eaux de l'Atlantique, le pantalon remonté jusqu'aux chevilles, Paul Martin évoque dans la dernière édition du magazine Paris Match les «liens charnels» qui unissent la France et le Canada et s'inquiète de voir l'Europe «se refermer sur elle-même».

L'hebdomadaire, qui traite en long et en large de la disparition de Serge Reggiani et de Sacha Distel, consacre quatre pages au «nouvel homme fort du Canada», sans mentionner qu'il est à la tête d'un gouvernement minoritaire. Il y a cinq ans, son prédécesseur Jean Chrétien avait eu droit pour sa part à une dizaine de pages, agrémentées d'une série de photos de lui et de sa femme Aline prises au Lac-des-Piles.

Cette interview est apparemment la première accordée par le nouveau chef du gouvernement à un média étranger. Ce choix n'est sûrement pas anodin, surtout quand on pense aux liens personnels très étroits qui existaient entre Jean Chrétien et Jacques Chirac.

Envergure internationale

Paul Martin souligne qu'il entretient lui aussi avec la France des liens d'amitié «très forts, d'un point de vue émotionnel et personnel». Il défend du même souffle son rôle dans les affaires du monde. La France, selon lui, possède encore, et «sans équivoque», une «envergure internationale forte».

«Sa position intellectuelle et morale partout dans le monde est très forte, souligne-t-il. Nous ne sommes pas toujours d'accord avec elle, comme nous ne sommes pas toujours d'accord avec les États-Unis. La différence est que, comme Canadiens, nous avons avec votre pays des liens charnels.»

En revanche, le premier ministre se montre «préoccupé» par l'avenir de l'Europe.

«J'ai l'impression, explique-t-il, que l'Europe se referme sur elle-même. En Haïti, la France est présente, mais l'Europe n'a aucun point de vue. En Afrique, c'est la même chose. Prenez l'Amérique latine, l'Espagne s'y intéresse, mais pas l'Europe. Or nous aimerions savoir quelle position l'Europe va prendre dans le monde. Il n'est pas suffisant de dire qu'on s'oppose. Il faut aussi travailler ensemble.»

Paul Martin rappelle aussi dans cette interview les raisons qui ont poussé le Canada à ne pas s'engager dans la guerre contre l'Irak, quitte à se fâcher avec Washington. Le premier ministre partage l'approche multilatérale du président français Jacques Chirac, ce qui ne l'empêche pas d'être «favorablement impressionné» par George W. Bush.

«À mes yeux, il est un homme de conviction, dit-il. C'est quelqu'un qui a une vision claire de ce qu'il veut faire.»

Paris Match n'a pas passé sous silence la question de l'avenir du Québec. «En 2004, l'indépendance du Québec a-t-elle encore un sens?», a demandé le magazine au premier ministre. «Pour moi, elle n'en a jamais eu», a répondu celui-ci, qui n'écarte pas toutefois d'autres référendums sur la souveraineté.

«Il y a toujours des risques, reconnaît-il. Mais le Québec va rester à l'intérieur du Canada car toutes les ambitions du Québec peuvent être réalisées avec les atouts canadiens.»