Jagmeet Singh appuie l’exploitation continue de l’oléoduc «ligne 5»

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef néodémocrate Jagmeet Singh

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, se range dans le camp des défenseurs de l’oléoduc Ligne 5, tout comme le gouvernement de Justin Trudeau, dans le différend opposant la pétrolière Enbridge à l’État du Michigan. M. Singh assure que son parti demeure malgré tout « pro-environnement ». Mais le Parti vert martèle déjà que le NPD est en porte-à-faux avec les environnementalistes qu’il prétend soutenir.

Le sort de l’oléoduc Ligne 5, qui traverse deux États américains pour acheminer du pétrole d’Alberta et de la Saskatchewan vers l’Ontario et le Québec, est débattu devant les tribunaux. Le gouvernement canadien a pris part mardi à la poursuite d’Enbridge, qui conteste en cour fédérale le souhait du Michigan de forcer la fermeture de ce pipeline.

Invité à se prononcer sur ce dossier, Jagmeet Singh a tranché que l’oléoduc est « essentiel » pour alimenter les deux plus grosses provinces canadiennes.

« On est vraiment pro-environnement », a insisté M. Singh mardi. « On veut protéger notre planète, l’environnement, réduire les émissions de gaz à effet de serre. […] À l’avenir, ce qu’on veut créer c’est une économie durable où on a plus d’énergie renouvelable », a-t-il affirmé. « Mais en ce moment, [la Ligne 5] c’est une ressource essentielle », a-t-il tranché.

Le Parti vert déjà à l’offensive

Le Parti vert avait fortement critiqué, lors de la campagne électorale de 2019, l’appui du NPD au projet de gazoduc LNG dans le nord de la Colombie-Britannique.

Les troupes de la nouvelle cheffe Annamie Paul ne se sont donc pas gênées mercredi pour dénoncer désormais l’appui de Jagmeet Singh à la Ligne 5.

« Le Parti vert du Canada partage la stupeur des environnementalistes face à la position du NPD, qui va également à l’encontre des droits des Premières Nations », ont dénoncé des porte-parole de la formation par courriel.

« Nous sommes en profond désaccord avec le NPD. Le Parti vert du Canada appuie la gouverneure du Michigan », ont-ils raillé, en notant qu’en cas de déversement dans les Grands Lacs — que traverse l’oléoduc Ligne 5 — « ce sont les eaux canadiennes qui risquent d’être affectées rapidement ».

Jagmeet Singh explique qu’il n’existe pas d’alternative énergétique, pour l’instant, pour remplacer les 540 000 barils de pétrole et de gaz naturel transportés tous les jours par l’oléoduc contesté.

Une position qui se tient, de l’avis de l’ex-stratège néodémocrate Karl Bélanger, puisque l’oléoduc Ligne 5 existe déjà et qu’on ne parle pas de la construction d’un nouveau projet qui ajouterait au bilan d’émissions de GES du Canada.

« Le Parti vert peut faire un amalgame » entre l’appui au projet LNG dans l’Ouest et celui de la Ligne 5 dans l’Est, reconnaît M. Bélanger. Mais la majorité des environnementalistes appuient déjà la formation d’Annamie Paul. « Le Parti vert a déjà l’étiquette la plus verte. Est-ce que cet enjeu pourrait les propulser ? J’ai des gros doutes », analyse M. Bélanger.

Le NPD s’oppose en revanche au gazoduc GNL Québec.

Le flot continue

La gouverneure démocrate du Michigan Gretchen Whitmer — très proche du président Joe Biden — a annoncé l’automne dernier qu’elle révoquerait le permis de l’oléoduc Ligne 5 d’Enbridge. La pétrolière avait jusqu’au 12 mai pour fermer le robinet.

Enbridge a néanmoins refusé mercredi. L’entreprise canadienne a prévenu qu’elle ne cesserait pas d’exploiter la Ligne 5 à moins d’y être forcée par un tribunal.

Le bureau de la Procureure générale du Michigan, Dana Nessel, a prévenu que l’État compte bien aller de l’avant. « Nous avons besoin d’une ordonnance de la cour pour exiger qu’Enbridge suspende [l’oléoduc]. Nous allons continuer d’œuvrer pour obtenir une telle ordonnance dès que possible », a assuré la porte-parole Lynsey Mukomel, par courriel. Cette dernière a cependant reconnu qu’il faudrait un certain temps, puisque le processus judiciaire doit d’abord suivre son cours.

Enbridge et le Michigan sont en médiation.

Le gouvernement canadien défend l’oléoduc et plaide que la sécurité énergétique du Canada est en jeu. Le fédéral souhaiterait convenir d’une sortie de crise avec Washington, de qui relève la gestion des oléoducs selon Ottawa.

La secrétaire américaine à l’Énergie, Jennifer Granholm, a cependant statué mardi que le gouvernement Biden ne se mêlerait pas du dossier, qui sera réglé devant les tribunaux.

Les Chambres de commerce du Canada, de l’Ontario et du Michigan ont ajouté leurs voix à celles qui appuient Enbridge mercredi, en prévenant que « les risques économiques posés par les gestes de la gouverneure aux économies des Grands Lacs ne sont pas théoriques ».

La gouverneure Whitmer craint qu’un possible déversement pétrolier ne perturbe complètement l’écosystème des Grands Lacs. La Ligne 5 traverse un détroit d’une dizaine de kilomètres reliant le lac Huron au lac Michigan.

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