Le commerce des clandestins serait toujours aussi actif au Canada

Ottawa — Malgré les efforts du gouvernement fédéral pour enrayer le phénomène, le nombre de personnes qui entrent clandestinement au Canada avec l'aide de passeurs est demeuré constant, et pourrait même avoir augmenté, au cours des cinq dernières années.

Des notes internes, dont la Presse canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi d'accès à l'information, révèlent que le trafic d'immigrants continue de préoccuper Ottawa.

En 1998, le ministère de l'Immigration estimait à quelque 15 000 le nombre d'immigrants qui entrent au Canada, chaque année, avec l'aide de passeurs, selon une note datée d'octobre 2003. Or, on estime qu'à l'heure actuelle, ce nombre est semblable, voire supérieur à celui de 1998.

Bon an, mal an, des millions de personnes autour du globe paient des milliers de dollars à des passeurs pour les aider à franchir en douce les frontières internationales. Dans certains cas, ces immigrants sont dupés et exploités par les trafiquants, qui s'en servent pour le commerce du sexe ou comme main-d'oeuvre à bon marché.

En entrevue, la ministre de l'Immigration, Judy Sgro, a dénoncé le rôle «ignoble» joué par les passeurs. «Nous faisons tout ce que nous pouvons faire, du point de vue de la sécurité», a-t-elle dit. Mais elle a ajouté que les gens sont parfois «désespérés» et prêts à tout pour se rendre dans un pays sûr.

Depuis l'été 1999, au cours duquel des bateaux délabrés ont déversé plus de 600 Chinois sur la côte ouest canadienne, le gouvernement fédéral a adopté des mesures contre le trafic d'humains, accentué ses efforts pour intercepter les immigrants illégaux et accru la sécurité des documents de voyage canadiens.

Selon la ministre Sgro, il est important de protéger l'intégrité du système d'immigration, tout en demeurant aussi juste que possible. Le Canada est probablement encore le pays le plus généreux, dit-elle.

Les notes internes du gouvernement laissent entendre que le trafic d'immigrants clandestins a pu prospérer à cause du changement d'orientation de la part des gouvernements qui, plutôt que de s'attaquer à l'immigration illégale, axent maintenant leurs efforts sur la lutte contre le terrorisme, depuis les attentats du 11 septembre 2001.