Washington prépare un passeport vaccinal pour ses voyageurs

Les Canadiens ont traversé la frontière pas moins de 15,7 millions de fois pour séjourner aux États-Unis en 2018 — de loin la destination la plus populaire des touristes canadiens —, tandis que les Américains ont fait le trajet inverse à 14,4 millions de reprises.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Les Canadiens ont traversé la frontière pas moins de 15,7 millions de fois pour séjourner aux États-Unis en 2018 — de loin la destination la plus populaire des touristes canadiens —, tandis que les Américains ont fait le trajet inverse à 14,4 millions de reprises.

Alors que le gouvernement canadien délibère toujours avec ses partenaires du G7 en vue de la création d’un preuve de vaccination pour les voyageurs internationaux, les États-Unis s’y préparent.

« Le gouvernement des États-Unis travaille à s’assurer que tous les voyageurs américains pourront facilement respecter toutes les conditions d’entrées prévues dans des pays étrangers, y compris l’option de devoir présenter une preuve de statut vaccinal », a annoncé l’ambassade des États-Unis à Ottawa, en réponse à une demande du Devoir sur le sujet.

Les pays membres du G7 comme le Canada et les États-Unis, de même que ceux de l’Union européenne, discutent depuis plusieurs semaines du fait d’exiger une preuve de vaccination pour permettre de nouveau l’entrée de touristes sur leur territoire.

Début avril, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, avait semblé fermer la porte à l’idée d’exiger une telle preuve vaccinale. « Le gouvernement n’appuie pas en ce moment, et n’appuiera pas, un système qui requerrait que les Américains transportent un certificat », avait-elle tranché.

Mme Psaki avait cependant poursuivi sa réponse en citant les demandes en ce sens du secteur privé, qui souhaite pouvoir reprendre les rassemblements « de grands groupes de personnes, de façon sécuritaire, dans des stades de soccer ou des salles de cinéma ». La porte-parole défendait, dans ce contexte, « la vie privée et les droits » des Américains de ne pas être traités de façon discriminatoire.

L’ambassade américaine à Ottawa a toutefois précisé au Devoir que le gouvernement américain est « convaincu » de pouvoir offrir une preuve de vaccination pour ses voyageurs en tout respect du Règlement sanitaire international et des « efforts actuels d’autres gouvernements […] visant à faciliter les voyages internationaux en toute sécurité ».

Quant à la possibilité que les États-Unis réclament eux aussi une preuve vaccinale des touristes qui souhaiteraient entrer au pays, l’ambassade n’a pas voulu s’avancer.

Pas de preuve nationale

Le premier ministre Justin Trudeau a lui aussi fait une distinction récemment, tout comme les États-Unis, entre une preuve vaccinale qui serait exigée pour voyager à l’étranger et l’idée de réclamer un certificat de vaccination pour participer à certaines activités de la société au pays.

Une preuve de vaccination de voyage, « c’est déjà bien établi » dans plusieurs pays, a rappelé M. Trudeau à la mi-mars. Tandis qu’exiger un certificat de vaccination pour permettre l’accès à certains lieux de la communauté soulève en revanche « des questions d’équité et de justice par rapport à de la discrimination », avait nuancé le premier ministre.

En conférence de presse mardi, M. Trudeau s’est dit prêt à aller de l’avant avec ou sans les Américains. « Dans l’idéal, on aura des mesures semblables. Mais nous, notre responsabilité, c’est de faire tout ce qui est nécessaire pour protéger les Canadiens et nous allons [le] faire […]. Même s’il n’y a pas automatiquement une symétrie avec d’autres pays », a-t-il prévenu.

Les Canadiens ont traversé la frontière pas moins de 15,7 millions de fois pour séjourner aux États-Unis en 2018 — de loin la destination la plus populaire des touristes canadiens —, tandis que les Américains ont fait le trajet inverse à 14,4 millions de reprises. Statistique Canada recense également un peu plus de 10,3 millions de voyages de Canadiens vers l’Union européenne la même année.

Le fédéral reste imprécis

L’UE a déjà annoncé qu’elle accueillerait de nouveau sur son territoire cet été les Américains ayant reçu leurs deux doses de vaccin, ou une seule du vaccin de Johnson&Johnson. Les pays membres songent en outre à accepter les touristes étrangers qui auraient reçu une première dose d’un vaccin approuvé par l’UE ou ceux provenant de pays où la situation épidémiologique est jugée sous contrôle.

La Commission européenne a cependant prévenu que « la réciprocité devrait être prise en compte dans la décision d’autoriser les voyages d’agrément en provenant des pays extérieurs au bloc ».

Du côté du gouvernement canadien, « la discussion continue » avec les partenaires internationaux, s’est contenté d’indiquer mercredi le ministre des Affaires étrangères, Marc Garneau. Le cabinet de sa collègue à la Santé, Patty Hajdu, n’avait pas davantage de détails à fournir quant aux scénarios envisagés. Impossible, donc, de savoir si Ottawa songe aussi à ne reconnaître que les quatre vaccins approuvés sur son territoire.

« Ce n’est pas le temps de voyager », se bornent à rétorquer depuis des semaines Justin Trudeau et ses ministres.

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