Attendre pour choisir son vaccin? Ottawa s’en remet aux autorités locales

Vaut-il mieux attendre de se faire offrir les vaccins de Pfizer ou de Moderna plutôt que de recevoir tout de suite celui d’AstraZeneca, qui peut dans de très rares cas provoquer des caillots sanguins ? Ottawa s’est empêtré mardi entre les conseils contradictoires de ses experts, ce qui pourrait ralentir la campagne de vaccination au pays.

« C’est vraiment les médecins hygiénistes, les autorités de santé publique dans chaque province et territoires qui doivent prendre en considération les recommandations du CCNI, mais aussi le contexte, l’épidémiologie, la situation dans chacune des provinces. [Avec] le vaccin qui sera offert, c’est une bonne idée de peut-être poser des questions, puisqu’on veut toujours prendre une décision éclairée », a indiqué le Dr Howard Njoo en conférence de presse.

Le Dr Njoo n’a pas souhaité contredire les conseils controversés formulés lundi par le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), selon lesquels les Canadiens devraient peut-être attendre « de se voir proposer un vaccin » à ARN messager — soit ceux de Pfizer et de Moderna — dans certaines circonstances.

Le CCNI recommande au public de déterminer si le risque de contracter la COVID-19 en attendant de recevoir l’un de ces vaccins « préférentiels » l’emporte sur les avantages d’une administration plus immédiate d’un vaccin à vecteur viral comme celui d’AstraZeneca, le Covishield. Dans des régions peu touchées par la COVID-19, il conviendrait donc d’attendre un peu pour recevoir un vaccin de Pfizer ou de Moderna, quitte à ralentir la progression générale de la vaccination.

« Depuis le début, on a toujours dit que les vaccins à ARN messager étaient préférentiels par rapport aux vaccins à vecteur viral », soutenait lundi la Dre Caroline Quach, présidente du CCNI.

Pourtant, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré mardi la position traditionnelle du gouvernement, selon laquelle il est préférable de prendre tout de suite le premier vaccin qui est proposé. « L’important, c’est de se faire vacciner le plus rapidement possible, sachant que les vaccins sont sécuritaires et efficaces, tous les vaccins », a-t-il répété. La Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a aussi rappelé que tous les vaccins offerts ont été approuvés de manière rigoureuse par Santé Canada.

Hésitation vaccinale

« Il va y avoir probablement des centaines de milliers de personnes qui vont attendre [pour un autre vaccin], et c’est exactement ce qu’on ne veut pas. C’est très mauvais », laisse tomber Luc Bonneville, professeur à l’Université d’Ottawa et spécialiste des communications en matière de santé.

Selon lui, de s’en remettre au jugement de chaque personne pour estimer le risque de recevoir un vaccin donné est une grave erreur. « Les gens qui étaient déjà hésitants, on vient de les perdre. Et ça, c’est une erreur de communication de base. Je n’en revenais pas [lundi] d’entendre ça. » Il perçoit un manque de leadership de la part des autorités gouvernementales, déjà critiquées pour avoir changé leur avis dans le passé sur certaines mesures de santé publique, comme les bienfaits du port du couvre-visage.

Questionné sur ce que devait faire le public, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a rappelé mardi qu’il lui donnait le choix de refuser le Covishield d’AstraZeneca, vaccin dont il ne reste qu’un peu plus de 30 000 doses en réserve. « Si les gens ne veulent pas prendre l’AstraZeneca, il n’y a personne qui va [leur en] tenir rigueur. »

Le Dr Horacio Arruda a conseillé aux personnes qui préfèrent être protégées dès maintenant contre la COVID-19 de ne pas hésiter à choisir ce vaccin, pour lequel les effets secondaires sont très rares. Le premier ministre François Legault a renchéri en rappelant que le risque de thrombose passe de 28 sur 100 000 personnes pour les non-vaccinés à 29 sur 100 000 pour les personnes vaccinées au Covishield d’AstraZeneca.

Arrivage de Moderna

La partie du public préférant un vaccin à ARN messager se réjouira de voir de plus en plus de ces vaccins offerts dans les cliniques du pays. Alors que l’approvisionnement du vaccin d’AstraZeneca est sur pause jusqu’en juin, celui du vaccin de Moderna passe en deuxième vitesse, avec une livraison d’un million de doses attendue dans les prochains jours.

Avec les doses commandées à la compagnie Pfizer, ce sont trois millions de doses de vaccin contre la COVID-19 qui doivent entrer au pays d’ici la fin de la semaine. Toutes compagnies confondues, le Canada s’attend à recevoir deux millions de doses chaque semaine en mai, puis 2,4 millions de doses par semaine en juin. Près de 34 % des Canadiens ont maintenant reçu au moins une dose de vaccin, avec quelque 14 millions de doses administrées à ce jour.

Avec La Presse canadienne

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