Visite à Ottawa - Le gouverneur chinois du Tibet se fait chahuter

Ottawa — Le gouverneur chinois du Tibet, Chamba Phuntsok, a rejeté hier l'offre d'un groupe de parlementaires canadiens de servir d'intermédiaire lors d'éventuelles négociations entre Pékin et le dalaï-lama.

À l'extérieur de l'édifice où M. Phuntsok a prononcé son allocution, à Ottawa, une cinquantaine de manifestants ont carrément dénoncé sa présence au Canada.

Chamba Phuntsok est en tournée pancanadienne de relations publiques à la suite de la visite du dalaï-lama au pays, ce printemps. À Vancouver, à Calgary, à Toronto et dans la capitale, il s'est fait la courroie de transmission du message officiel du gouvernement communiste: le Tibet a toujours appartenu et appartiendra toujours à la Chine.

Et quand un professeur de l'université Carleton, Brian Given, lui a demandé d'appuyer l'idée que le Canada agisse à titre de médiateur entre Pékin et le 14 dalaï-lama, Tenzin Gyatso, le gouverneur s'est montré inflexible.

«Nous n'avons pas besoin qu'un pays étranger s'interpose comme intermédiaire entre la Chine et le dalaï-lama», a déclaré Chamba Phuntsok devant une quarantaine d'invités réunis au Cercle national des journalistes, à Ottawa.

«Il s'agit d'une affaire interne, a-t-il soutenu. Le canal de communication est toujours ouvert.»

Le représentant chinois au Tibet a toutefois prévenu que des négociations avec le dalaï-lama demeureraient «impossibles» tant que ce dernier n'aurait pas abandonné ses «actions séparatistes». Depuis quelques années, pourtant, le chef spirituel a officiellement renoncé au rêve d'indépendance des Tibétains.

Contacts interrompus

Malgré les appels répétés de la communauté internationale, dont les États-Unis, les contacts entre Pékin et l'entourage du dalaï-lama sont interrompus depuis 1993. Plus tôt cette année, plus de 150 députés fédéraux ont signé une pétition demandant au premier ministre Paul Martin de proposer que le Canada serve d'intermédiaire entre les deux parties, mais Ottawa est resté coi.

Les Tibétains qui assistaient à la présentation de Chamba Phuntsok, hier, se sont indignés du fait qu'il ne se soit exprimé qu'en chinois, et non dans sa langue maternelle. «Pourtant, les gens qui sont ici présents s'intéressent à la culture et à la langue tibétaines», a souligné Jangchup Nawang, un Tibétain né en Inde qui habite maintenant Toronto.

Le gouverneur lui a rétorqué que la langue chinoise était aussi importante au Tibet que le tibétain, mais que, à l'étranger, l'usage du mandarin était «plus efficace» pour propager le point de vue de Pékin. Il a clamé que le gouvernement chinois faisait la promotion de la langue tibétaine. En entendant cette réponse, M. Nawang a protesté, ce qui a poussé M. Phuntsok à lui dire qu'il connaissait «bien peu de choses» au Tibet d'aujourd'hui, du fait qu'il est né en Inde.

Amnistie internationale

Le président du Comité Canada-Tibet, Thubten Samdup, a pour sa part demandé au gouverneur s'il était prêt à laisser entrer sur le territoire des organisations comme Amnistie internationale et Reporters sans frontières afin qu'elles vérifient si les droits de l'homme y sont respectés, comme le prétend Pékin.

Chamba Phuntsok a assuré qu'«habituellement» les portes du Tibet étaient ouvertes, ce que contestent avec véhémence les Tibétains en exil. Quelques minutes plus tôt, le représentant chinois avait accusé les nombreux militants pro-Tibet de «déformer les faits. Nous n'avons rien à cacher», a-t-il martelé.