Ottawa menace d’intervenir dans le conflit au Port de Montréal

Les débardeurs du port de Montréal sont sans contrat de travail depuis décembre 2018.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les débardeurs du port de Montréal sont sans contrat de travail depuis décembre 2018.

Le gouvernement fédéral a l’intention d’intervenir dans le conflit de travail au Port de Montréal.

La ministre du Travail, Filomena Tassi, a annoncé dimanche sur Twitter que le gouvernement avait lancé un préavis de dépôt de législation intitulé « Loi prévoyant la reprise et la poursuite des activités au Port de Montréal ».

Un porte-parole de la ministre, Lars Wessman, a précisé à La Presse canadienne que le projet de loi ne sera pas déposé avant mardi ou même plus tard.

La situation évolue rapidement et si un accord intervenait, le projet de loi pourrait ne jamais être déposé, a-t-il ajouté.

Le syndicat des débardeurs a envoyé vendredi un préavis de grève générale illimitée de 72 heures à l’Association des employeurs maritimes. À moins d’un revirement de dernière minute, les 1150 débardeurs cesseront de travailler dès lundi à 7 h, ce qui aurait pour effet de paralyser le port.

Selon Mme Tassi, l’arrêt de travail — elle n’emploie pas le mot « grève » — causerait des « dommages importants et potentiellement durables aux économies du Canada, du Québec et de Montréal en plus d’ajouter de la pression sur les chaînes d’approvisionnement déjà soumises à des pressions importantes en raison de la COVID-19.

Malgré le soutien apporté aux négociations par le gouvernement au cours de deux dernières années et demie, les deux parties demeuraient loin d’une entente, déplore la ministre.

De passage en soirée à l’émission Tout le monde en parle, dimanche, le premier ministre Justin Trudeau a répété les propos de sa ministre. « On est là pour encourager la négociation, mais on ne peut pas accepter qu’il y ait des dommages économiques massives [sic] aux Québécois, aux Canadiens », a-t-il déclaré.

Un porte-parole syndical a indiqué à La Presse canadienne que la grève sera maintenue dès lundi comme prévu, malgré la menace d’une loi spéciale.

Dans un communiqué, l’Administration portuaire de Montréal a dit « prendre acte » de l’annonce de la ministre, qui, selon elle, reconnaît « caractère stratégique du Port de Montréal ».

« Après plusieurs épisodes de grève en 2020 et 2021, qui ont eu et ont toujours des impacts économiques et logistiques importants, il est essentiel que le Port de Montréal puisse jouer pleinement et durablement son rôle stratégique de moteur économique au service de la population et des PME d’ici, et ce, sans interruption », a soutenu Martin Imbleau, président et directeur général de l’Administration portuaire de Montréal.

Plus tôt ce mois-ci, six associations patronales ont fait une sortie publique commune pour accroître la pression, demandant l’intervention personnelle du premier ministre Justin Trudeau.

Les débardeurs du port de Montréal sont sans contrat de travail depuis décembre 2018. Ils avaient déclenché une première grève l’été dernier, qui avait pris fin par une trêve qui a duré sept mois. Puis, depuis les 17 et 18 avril, les travailleurs mènent une grève des heures supplémentaires et refusent de travailler les fins de semaine.

Le ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a accueilli favorablement l’intervention du gouvernement fédéral.

« Espérons que la médiation de lundi va fonctionner. Toujours mieux de négocier que de passer par une loi spéciale. La situation est critique pour nos entreprises. Deux grèves en un an, ce n’est pas un scénario acceptable », a-t-il déclaré sur Twitter.

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