Vers la reprise, et plus loin encore

Le programme de subvention salariale qui les aide à éponger une part du salaire de leurs travailleurs sera lui aussi prolongé jusqu’au 25 septembre, plutôt que de prendre fin comme prévu début juin.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le programme de subvention salariale qui les aide à éponger une part du salaire de leurs travailleurs sera lui aussi prolongé jusqu’au 25 septembre, plutôt que de prendre fin comme prévu début juin.

Le gouvernement Trudeau n’a pas l’intention de se contenter de continuer d’aider les travailleurs et les entreprises frappés par la pandémie à garder la tête hors de l’eau. Il entend aussi aider l’accélération de la reprise économique et jeter les bases de la croissance économique future.

Alors que la troisième vague de la pandémie fait rage au pays, l’énoncé budgétaire d’Ottawa est venu confirmer que la majorité des prestations d’aide aux entreprises et aux travailleurs seront prolongées.

La Prestation canadienne de relance économique (qui a remplacé la Prestation canadienne d’urgence l’an dernier) sera donc disponible pendant 12 semaines de plus, pour un total maximal de 50 semaines d’ici au 25 septembre. La prestation hebdomadaire sera cependant graduellement réduite, de 500 $ par semaine au début à 300 $ ensuite. La Prestation canadienne de relance économique pour les proches aidants sera quant à elle prolongée de quatre semaines, pour un maximum de 42 semaines.

À elles deux, ces prestations prolongées coûteront 2,5 milliards de dollars de plus au fédéral pour l’année 2021-2022. Ce qui fera passer l’enveloppe totale de la PCU, de la PCRE et de la Prestation pour proches aidants à 97,4 milliards.

Les employeurs ne seront pas en reste. Le programme de subvention salariale qui les aide à éponger une part du salaire de leurs travailleurs sera lui aussi prolongé jusqu’au 25 septembre prochain, plutôt que de prendre fin comme prévu début juin. Mais le taux de cette subvention sera réduit de façon progressive à compter du 4 juillet, pour passer d’un maximum de 847 $ par travailleur par semaine à 226 $ par travailleur par semaine en septembre.

Ce programme, qui s’est avéré extrêmement populaire auprès des employeurs depuis le début de la pandémie, a déjà entraîné des dépenses de 74 milliards de dollars. L’ajout de quatre mois supplémentaires ajoutera des frais de 10,1 milliards cette année.

L’aide au loyer commercial, versée aux entreprises, sera elle aussi disponible jusqu’à la fin septembre, mais réduite progressivement à compter du mois de juillet. Bien qu’optimiste quant aux perspectives de reprise, le gouvernement fédéral compte réclamer au Parlement l’autorisation de prolonger de nouveau ces aides par voie réglementaire jusqu’au 20 novembre 2021 s’il le faut.

Le budget prévoit un Programme d’embauche pour la relance économique qui viendra remplacer la subvention salariale fédérale, en offrant jusqu’à 1129 $ par semaine par employé de juin à novembre, au coût total de 595 millions.

Le gouvernement Trudeau continue par ailleurs de plancher sur une refonte du programme d’assurance-emploi, dont les failles pour les travailleurs autonomes notamment ont été exposées au grand jour par la pandémie. Le budget consacre à ce titre 3,9 milliards pour apporter une série de modifications législatives afin de rendre le programme plus accessible, en attendant sa grande réforme.

Le seuil d’admissibilité pour y avoir accès sera ainsi réduit à 420 heures travaillées partout au pays. Ce changement faciliterait l’accès au programme d’assurance-emploi pour 160 000 travailleurs, ont avancé des fonctionnaires.


 

Après la crise

La reprise économique a beau s’être montrée plus vigoureuse qu’espérée depuis le début de l’année, le gouvernement Trudeau veut s’assurer de lui donner le maximum d’élan possible.

Disant tirer les leçons de la reprise molle qui a suivi la dernière crise financière et vouloir prévenir que la COVID laisse des cicatrices économiques trop profondes, il fait notamment miroiter un investissement de 16 milliards de dollars sur cinq ans dans les entreprises. Le quart de ce montant serait spécialement destiné aux PME, entre autres pour en aider 160 000 à adopter les nouvelles technologies numériques et à former 28 000 jeunes employés à leur usage.

Le gouvernement voudrait aussi ajouter plus de 7 milliards de dollars sur 7 ans à l’innovation industrielle, dont 5 milliards pour accélérer la décarbonisation des industries lourdes. Deux milliards sur sept ans iraient également au secteur aérospatial pour l’aider « à se rétablir et à sortir de la crise », un milliard sur six ans s’ajouterait à l’effort de branchement de communautés isolées à l’Internet haute vitesse et des centaines de millions de dollars au développement de secteurs de pointe, telle que l’intelligence artificielle, la technologie quantique ainsi que la génomique.


Des déficits jusqu’en 2026

Toutes les mesures annoncées lundi n’augmenteront pas seulement la capacité de croissance économique canadienne, elles réduiront aussi, par le fait même, le poids relatif de la dette et des déficits du gouvernement fédéral en proportion de la taille de l’économie, fait valoir le gouvernement Trudeau.

Fort, encore aujourd’hui, d’une dette nationale nette inférieure à celle des autres pays du G7, Ottawa s’attend à voir son déficit fondre de plus de moitié, passant de 354 milliards de dollars (ou 16,1 % du produit intérieur brut), l’an dernier, à presque 155 milliards (6,4 %), cette année, avant de continuer de baisser à 69 milliards (2,3 %) en 2022, et finalement revenir en dessous de sa proportion d’avant la crise, à 30 milliards (1,1 %) en 2025-2026. À défaut de conduire à un équilibre budgétaire dans cinq ans, cela amènerait le poids relatif de la dette fédérale à augmenter encore cette année, de 49 % à 51,2 % du PIB, avant de redescendre très lentement jusqu’à 49,2 % dans cinq ans.

Cette feuille de route avec ses « ancrages » chiffrés devrait répondre aux attentes des marchés financiers et des agences de crédit, a expliqué lundi un haut fonctionnaire du gouvernement. « Cet ancrage se veut un signal de la direction que nous entendons suivre. C’est un signal très sérieux, mais qui ne doit pas être une camisole de force. »

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