Les militants libéraux s’opposent à la fin des subventions à l'énergie fossile et nucléaire

Les militants doivent encore choisir quelles résolutions parmi toutes celles adoptées deviendront des «politiques finales».
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne Les militants doivent encore choisir quelles résolutions parmi toutes celles adoptées deviendront des «politiques finales».

Les partisans libéraux ont donné les coudées franches au gouvernement Trudeau pour réaliser son projet de normes nationales pour les CHSLD, sans l’embarrasser d’une résolution lui demandant de couper toutes subventions aux combustibles fossiles et au nucléaire, à l’issue de leur congrès annuel qui s’est clos samedi.

« Ensemble, on traverse une crise sans précédent, et ensemble on se prépare à bâtir un avenir qui va être meilleur que tout ce qu’on a connu avant. Il y a de meilleurs jours qui nous attendent, et je sais qu’ensemble on va y arriver », a lancé Justin Trudeau à ses partisans lors du discours de clôture du congrès annuel du Parti libéral du Canada (PLC), que la pandémie a forcé la tenue entièrement en ligne cette année.

Le premier ministre en a profité pour lancer quelques flèches à ses adversaires politiques. En anglais, il a accusé le chef conservateur, Erin O’Toole, d’être « déconnecté » de la population au chapitre des changements climatiques, du contrôle des armes à feu ou de la lutte contre la COVID-19. « Quand vient le temps de livrer pour les Québécois, ça prend des Québécois au gouvernement », a-t-il enchaîné en français, en guise d’attaque envers le Bloc québécois.

Relance verte

Les délégués présents derrière leurs écrans samedi ont accordé leur appui à plusieurs résolutions appelant à une relance verte de l’économie, mais ont rejeté celle qui proposait de mettre fin aux aides publiques pour les énergies fossiles et l’énergie nucléaire. Des militants qui ont pris la parole contre l’idée ont fait valoir qu’une transition écologique passe forcément par le nucléaire.

Ce rejet a été la cible de railleries dans le camp conservateur, lui-même critiqué quand ses membres, réunis virtuellement en congrès le mois dernier ont voté contre une résolution visant à reconnaître que « les changements climatiques sont réels. »

« Moi qui vous croyais progressiste. De gauche. Faudrait arrêter de donner des leçons et vous regarder dans le miroir », a lancé le député québécois Pierre Paul-Hus, sur Twitter.

Normes nationales

Les militants libéraux ont aussi massivement endossé le projet du gouvernement de créer des normes nationales pour les centres de soins de longue durée. 97 % des délégués étaient en faveur de l’idée, lors d’un premier vote devant réduire le nombre de résolutions à adopter, samedi matin. Le projet de normes nationales pour les CHSLD a été catégoriquement rejeté par le gouvernement québécois, même s’il a plusieurs fois été évoqué par Justin Trudeau durant la pandémie de COVID-19. La ministre Mélanie Joly, qui a été nommée vendredi codirectrice de la campagne libérale à venir, n’exclut pas que de telles normes nationales pour les CHSLD constituent une promesse électorale.

« On a déjà dit dans le discours du Trône qu’on allait donner de l’avant avec des normes nationales pour les résidences pour les personnes âgées. On a des normes nationales au niveau de la santé au Canada, et dans ce sens-là c’est normal qu’on ait une façon de s’assurer qu’on protège nos aînés », a-t-elle précisé au Devoir, samedi.

L’appui des militants libéraux donne ainsi « la légitimité nécessaire » au gouvernement de faire cette promesse, croit l’ex-stratège libéral Jeremy Ghio. « Si le fédéral légifère pour protéger davantage les aînés, et que les provinces contestent ça en Cour, ça devient très délicat pour la province. »

Même si les positions adoptées par les membres du parti doivent servir d’inspiration au moment de rédiger la prochaine plateforme électorale, rien ne force le gouvernement Trudeau à les réaliser.

Congrès électoral

À la tête d’un gouvernement minoritaire qui sera soumis à un vote de confiance lors du dépôt du premier budget en deux ans, le 19 avril, le PLC a profité de son congrès pour nommer Mélanie Joly et l’ex-ministre Navdeep Bains aux commandes de la prochaine campagne électorale, dont on ignore encore quand elle sera déclenchée.

« Ce n’est pas comme si présentement, notre priorité ce sont les élections. La priorité, c’est de gouverner, de passer au travers de la pandémie et de vacciner le monde [mais] on n’a pas le choix de se préparer », insiste la ministre québécoise. Elle aura notamment comme responsabilité de trouver des candidats. Elle dit même faire une « obsession » d’aller chercher des candidates femmes pour se rapprocher de la parité au sein de son parti.

La promotion de Mélanie Joly au sein du premier trio pour d’éventuelles élections fédérales peut être le signe d’un changement de garde au sein du parti, croit Jeremy Ghio, maintenant directeur chez Tact. « L’interrogation que ça soulève, c’est : est-ce que c’est un désaveu du lieutenant politique du Québec [Pablo Rodriguez] ? Je suis curieux de voir comment les libéraux vont gérer la situation à l’interne. »

Parmi les autres idées soumises au vote des militants libéraux, samedi, une majorité de délégués a retenu celle d’instaurer un revenu universel de base, vu comme une manière de pérenniser la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui a connu un grand succès durant la pandémie. Les délégués ont aussi appuyé l’initiative consistant à transformer le chemin de fer transcanadien en ligne de train à grande vitesse.

Avec La Presse canadienne

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