Les militants libéraux s’attaquent au racisme et aux inégalités

Les militants du Parti libéral du Canada doivent se réunir à partir de jeudi en congrès virtuel. Rien n’obligera le gouvernement de Justin Trudeau à réaliser leurs résolutions.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Les militants du Parti libéral du Canada doivent se réunir à partir de jeudi en congrès virtuel. Rien n’obligera le gouvernement de Justin Trudeau à réaliser leurs résolutions.

Le Canada devrait-il imposer un impôt sur l’héritage des ultrariches ? Pérenniser la PCU en créant un revenu minimum garanti ? Ou encore couper toutes les subventions au pétrole et au nucléaire, en optant plutôt pour un « nouvel accord vert » pour l’économie et la construction d’un train à grande vitesse transcanadien ? C’est ce que croient certains militants libéraux fédéraux, dont les propositions seront débattues lors de leur congrès national qui débute virtuellement, pandémie oblige, jeudi.

Les résolutions à être débattues ont été distillées à partir de 500 propositions élaborées par quelque 6000 militants libéraux depuis la fin de 2020. Elles sont divisées en deux cahiers, soit trente « résolutions à prioriser » desquelles la moitié sont appelées à être incluses dans les orientations du Parti libéral du Canada (PLC) pour les huit prochaines années, et d’autres « soumises en mode accéléré » qui pourraient s’y ajouter si elles obtiennent l’appui d’une majorité de délégués.

Non seulement ces idées pourraient-elles être rejetées par les militants réunis virtuellement jusqu’à dimanche, mais même, advenant leur adoption lors du congrès, rien ne force le gouvernement Trudeau à les réaliser. Les orientations devant être choisies par le parti sont toutefois habituellement une source d’inspiration pour la rédaction de la plateforme électorale, et permettent de refléter ce qui préoccupe la base du PLC, au pouvoir depuis 2015.

Justice sociale

Vu de l’intérieur du parti, le pays est aux prises avec de sérieux problèmes systémiques d’inégalité et de racisme, et un pan important des propositions vise à les corriger, en même temps que de relancer l’économie après la COVID-19. De nombreuses propositions visent à « l’égalité des chances », et l’une d’elles avance même que le gouvernement devrait « veiller à ce que tous les gens adhèrent aux valeurs canadiennes d’égalité ».

Constatant l’efficacité et la popularité de la prestation canadienne d’urgence (PCU), des militants libéraux ont déposé une résolution demandant au gouvernement de réfléchir à un revenu de base garanti pour tous. Alors que même les milliardaires peuvent recevoir des héritages exempts de toute taxation au Canada, les militants ontariens ont lancé l’idée de créer un nouvel impôt s’appliquant aux legs d’une valeur de plus de 2 millions de dollars. Les gains en capital ne seraient pas épargnés par cette résolution visant à « remédier à l’inégalité des fortunes », puisqu’elle propose aussi de soumettre progressivement à l’impôt l’augmentation de la valeur des biens.

Des militants libéraux sont également favorables à l’idée plusieurs fois évoquée par Justin Trudeau d’instaurer des normes nationales pour les centres de soins de longue durée. Le Canada affiche l’un des pires bilans au monde en ce qui a trait à la mortalité dans ses résidences pour aînés, peut-on lire. Il est donc proposé que le fédéral s’assure d’une « transparence » et d’une « responsabilité à l’égard du public », ce qui serait conditionnel à leur financement. Ce, même si la résolution prend bien note que ce service est « principalement une responsabilité provinciale ». Dans le même ordre d’idée, les militants débattront du bien-fondé de créer un régime national universel d’assurance-médicaments, alors que cela était une promesse libérale lors du dernier scrutin, en 2019.

Environnement

En plus de lutter contre les injustices, le Canada doit en même temps faire face à une urgence climatique mondiale, soulignent une variété de propositions des militants. Les militants du Québec avancent, par exemple, qu’il faudrait au fédéral un plan pour mettre fin aux subventions gouvernementales pour les combustibles fossiles et le nucléaire. On invite Ottawa à allouer des fonds pour la reconversion des travailleurs touchés vers les secteurs des énergies renouvelables.

Les militants de la Colombie-Britannique s’inspirent quant à eux de la proposition du Green New Deal, aux États-Unis, pour le traduire en « Nouvel Accord vert du Canada ». Le but est de réduire à zéro les émissions nettes du pays pour 2050 tout en poursuivant des objectifs de justice sociale. Si cette résolution venait à être adoptée, le gouvernement Trudeau serait invité à la mettre en œuvre immédiatement et à créer une « mobilisation nationale » de dix ans dans cet objectif.

Les jeunes libéraux, quant à eux, aimeraient bien voir leur parti promettre lors des prochaines élections la construction d’« une ligne pour trains à grande vitesse pour remplacer l’infrastructure ferroviaire actuelle du chemin de fer transcanadien. » Parmi les autres idées pour l’économie, les militants libéraux souhaiteraient faire du Canada une « superpuissance agricole », fournir un service sans fil gratuit dans les édifices publics, atteindre l’autosuffisance dans la fabrication de matériel médical ou encore rembourser les dettes étudiantes en échange de bénévolat.

 

À voir en vidéo