Croulant sous les ventilateurs inutilisés, Ottawa essaie d’annuler les contrats restants

La méthode de traitement des malades de la COVID-19 en état critique a changé au fil de la pandémie, et le recours aux ventilateurs — perçus comme essentiels au départ — a peu à peu été délaissé.
Photo: Mikaela MacKenzie La Presse canadienne La méthode de traitement des malades de la COVID-19 en état critique a changé au fil de la pandémie, et le recours aux ventilateurs — perçus comme essentiels au départ — a peu à peu été délaissé.

Voyant la pandémie arriver au pays l’an dernier, Justin Trudeau avait commandé des milliers de ventilateurs pour soigner les futurs malades de la COVID-19. Mais un an plus tard, moins de 2 % de ces ventilateurs achetés par Ottawa ont en fait été distribués aux provinces, qui n’en avaient pas besoin. Aux prises avec la quasi-totalité de ces commandes, le gouvernement fédéral tente maintenant d’annuler le reste des livraisons à venir.

Un sous-ministre du ministère de l’Approvisionnement et des Services publics, Michael Mills, révélait en comité parlementaire récemment qu’Ottawa avait reçu plus de 25 000 des 40 000 ventilateurs commandés auprès de 14 entreprises ou consortiums. De ce nombre, 500 ont été expédiés aux provinces (soit 1,8 %).

Au Québec, moins de 60 ventilateurs ont été réclamés au fédéral, car la province et ses experts estiment que les besoins « sont suffisamment comblés ». En date de jeudi, la province en avait déjà reçu huit et en attendait 50 autres. « Cela correspond à notre besoin en tenant compte du fait que notre propre réserve contient déjà quelques centaines de ventilateurs prêts à être déployés dans les établissements de santé », explique un porte-parole du ministère québécois de la Santé. Le réseau dispose d’un peu plus de 5000 ventilateurs, dont 2150 qui sont des respirateurs de soins critiques.

Une première livraison du fédéral avait en outre acheminé 400 ventilateurs aux provinces en tout début de pandémie, en puisant dans la Réserve nationale stratégique d’urgence d’Ottawa. Le Québec en avait alors reçu 90.

Puisque les besoins des provinces se sont avérés bien en deçà de ce qu’avait prévu Ottawa, le ministère de l’Approvisionnement s’est résolu à essayer de faire modifier ou annuler ses contrats. « Nous travaillons présentement avec nos fournisseurs afin d’essayer de réduire le nombre total [de ventilateurs attendus] », rapportait le sous-ministre Mills, la semaine dernière.

Un remboursement incertain

Le bureau de la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, responsable de la négociation de contrats pour le fédéral, a refusé de préciser ce qu’il espère obtenir de la part des fabricants qui avaient été convaincus par Justin Trudeau l’an dernier de transformer leurs chaînes de production pour aider à « l’effort de guerre » contre la COVID-19. Toutes les questions du Devoir portant sur ces contrats de 1,15 milliard de dollars ont été renvoyées à l’Agence de la santé publique.

Le député conservateur Pierre Paul-Hus, qui avait interrogé le sous-ministre en comité parlementaire, réclame que les livraisons restantes soient annulées et que le fédéral n’ait pas à les payer. « Est-ce qu’on peut arrêter le contrat ? Parce qu’on parle de plusieurs centaines de millions », a-t-il souligné, en dénonçant en entrevue téléphonique « un contrat qui a été mal réfléchi ».

Or, bien que le gouvernement souhaite revoir ses contrats, la possibilité d’annuler carrément le tiers des commandes toujours attendues semble incertaine. Mercredi, Ottawa avait reçu près de 27 700 des ventilateurs commandés.

L’Agence de la santé publique s’est contentée de répéter, aux diverses questions sur le sujet, que le gouvernement « travaille présentement en partenariat avec les manufacturiers afin de régler le problème d’excédents de ventilateurs, ce qui inclut la possibilité de réduire les quantités commandées ». Et que « l’issue de ces conversations viendra déterminer les coûts finaux ».

Les porte-parole de la santé publique ont refusé de préciser la somme que représentent les 13 000 ventilateurs restants. Une règle de trois laisse penser que cela pourrait se chiffrer à 322 millions.

Le fédéral fait valoir qu’il a adopté « une approche proactive » au début de la pandémie, afin de permettre un approvisionnement intérieur en divers équipements médicaux, comme des ventilateurs, dont les autorités prévoyaient avoir besoin. La méthode de traitement des malades en état critique a cependant changé au fil des mois, et le recours aux ventilateurs — perçus comme essentiels au départ — a peu à peu été délaissé.

Mais Ottawa se dit désormais plus qu’équipé si la pandémie devait reprendre de plus belle. Et si ce n’est pas le cas, les milliers de ventilateurs excédentaires pourraient être conservés dans les réserves fédérales. Leur durée de vie peut atteindre 20 ans, selon la Santé publique. Le gouvernement évalue par ailleurs « la possibilité de faire des dons au Canada et à l’étranger, pour ces ventilateurs qui pourraient ne pas s’avérer nécessaires aux systèmes de soins de santé du pays », a-t-on indiqué à l’Agence de la santé publique.

D’autres achats du fédéral se sont aussi avérés sous-utilisés par les provinces. Des 4,5 millions de tests rapides achetés par Ottawa et expédiés au Québec, seulement environ 60 000 ont été utilisés sur le terrain (soit 1,3 %) sur près de 1,7 million qui ont été livrés dans le réseau.

Le gouvernement québécois a longtemps hésité à se servir de tests rapides — malgré les nombreux appels du premier ministre Trudeau à le faire —, les jugeant trop peu fiables comparativement aux tests de laboratoire, plus performants.

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