Des élus fédéraux aimeraient connaître le revenu de Facebook au Canada

Photo: Denis Charlet Archives Agence France-Presse

Facebook refuse de dire combien il génère de revenus publicitaires au Canada. Devant un comité parlementaire fédéral, lundi, son principal directeur canadien, Kevin Chan, a indiqué ne pas connaître ce montant et ne pas être autorisé à le divulguer.

« C’est les deux ! » a répondu Kevin Chan, directeur mondial et chef de la politique publique à Facebook Canada, quand on lui a demandé s’il ne souhaitait pas divulguer le montant des revenus publicitaires de Facebook au pays parce qu’il ignorait cette information ou parce que ce renseignement était de nature confidentielle.

« Mon travail […] est de gérer ces questions très complexes des politiques. Nous ne sommes pas là pour vous vendre de la publicité », a conclu Kevin Chan, dans un échange musclé avec l’élu montréalais Anthony Housefather lors de sa comparution en compagnie de deux autres directeurs de Facebook devant le Comité permanent du patrimoine canadien.

Le député libéral de Mont-Royal se plaignait que la divulgation des données financières de Facebook ne soit pas ventilée par pays, et qu’il soit donc impossible de connaître la part du Canada dans les 13,2 milliards de dollars de revenus déclarés pour l’Amérique du Nord lors du quatrième trimestre de 2020. À la défense de Facebook, M. Chan a invité les élus à modifier les lois s’ils désirent disposer de cette information.

Refus de Mark Zuckerberg

Peu avant son passage devant les parlementaires qui réfléchissent au partage des revenus entre les géants du Web et les médias d’information, Facebook avait annoncé accorder 8 millions sur trois ans pour soutenir le journalisme au pays, vendredi. À la mi-mars, l’entreprise californienne avait également annoncé qu’elle diminuerait la visibilité de groupes politiques au Canada.

« C’est important de savoir combien d’argent ils gagnent ici, parce que 8 millions sur 25 millions de revenus, ce serait significatif, mais 8 millions sur 2 ou 3 milliards de revenus, ce ne serait rien du tout », explique Daniel Bernhard, directeur général des Amis de la radiodiffusion. Le groupe qui milite activement pour un meilleur financement des médias accuse Facebook d’avoir répondu malhonnêtement aux questions des élus canadiens pour tenter d’éviter une législation trop contraignante.

C’est important de savoir combien d’argent ils gagnent ici, parce que 8 millions sur 25 millions de revenus, ce serait significatif, mais 8 millions sur 2 ou 3 milliards de revenus, ce ne serait rien du tout

Puisque le rapport annuel de Facebook pour l’année 2020 est disponible en ligne, le professeur de journalisme à l’UQAM Jean-Hugues Roy a été en mesure de déduire que le chiffre d’affaires annuel de Facebook, au Canada, totalise, dans les faits, environ 2,93 milliards de dollars. Selon ce rapport, consulté par Le Devoir, les ventes publicitaires représentent 97 % de ce montant, soit 2,85 milliards.

Le comité fédéral avait initialement invité le président-directeur général de Facebook, Mark Zuckerberg, à venir répondre virtuellement aux questions des députés d’Ottawa. Devant son refus, une assignation à comparaître a été produite, mais la filiale canadienne de l’entreprise a refusé de la transmettre au milliardaire, a confirmé M. Chan lundi.

« M. Zuckerberg pourrait répondre à beaucoup de questions qu’ont les membres du comité, mais vous ne pouvez pas y répondre », a dit avec impatience le député Anthony Housefather, soulignant que le fondateur de Facebook avait accepté plusieurs fois de se présenter devant les élus américains.

Facebook n’a pas souhaité confirmer si elle emploie des modérateurs québécois pour sa plateforme, à la suite d’une question du député bloquiste Martin Champoux. Ce dernier a aussi demandé si le réseau social était en mesure de contrôler ce que ses usagers diffusent, comme la vidéo en direct de meurtres perpétrés à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019.

Selon Kevin Chan, les systèmes ont été améliorés depuis cette époque, permettant de capter plus rapidement ce genre de contenu hautement troublant. Il n’a toutefois pas voulu s’engager à censurer les quelques usagers identifiés comme étant les principaux propagateurs de fausses informations sur la COVID-19.

 

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