Le fédéral incapable de vérifier le respect des quarantaines

Le Canada a décrété le 25 mars 2020 que tous les voyageurs revenant de l’étranger devaient obligatoirement s’isoler quatorze jours après leur retour au pays, sauf pour quelques exceptions, comme les travailleurs essentiels.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le Canada a décrété le 25 mars 2020 que tous les voyageurs revenant de l’étranger devaient obligatoirement s’isoler quatorze jours après leur retour au pays, sauf pour quelques exceptions, comme les travailleurs essentiels.

Mal préparé pour faire face à une pandémie, le gouvernement canadien n’a pas fait preuve d’excès de zèle pour assurer la surveillance des voyageurs de retour au pays au printemps dernier, puisqu’une majorité d’entre eux a échappé au suivi prévu, conclut la vérificatrice générale du Canada.

« L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) ne savait pas si les deux tiers des voyageurs entrés au pays avaient respecté leur mise en quarantaine. Elle a exigé un suivi en personne de peu de voyageurs pour vérifier s’ils avaient respecté les consignes », écrit la vérificatrice générale Karen Hogan dans un rapport publié jeudi.

Avant le 4 mai 2020, l’ASPC ne disposait d’aucune méthode rigoureuse permettant de savoir si les passagers respectaient — ou non — la quarantaine. Puis, du 5 mai au 30 juin, cette information lui a aussi échappé pour 108 800 voyageurs sur les 165 400 revenus au pays durant cette période.

Qui plus est, il n’y a eu aucun suivi sur l’écrasante majorité (83 %) des 18 400 voyageurs signalés aux forces de l’ordre. Il est impossible de savoir si les policiers ont bien contacté ou effectué des visites à domicile auprès de tous ces gens.

Pour mai et juin, seulement 6 voyageurs sur 10 qui présentaient des symptômes à leur arrivée ont reçu un appel du gouvernement pour s’assurer qu’ils respectaient la quarantaine. De ce nombre, 45 % n’ont pu être joints, et 1 % a avoué ne pas respecter le confinement obligatoire de deux semaines. Depuis le 4 mai, l’ASPC tente de contacter tous les voyageurs, mais n’y arrive toujours pas, a constaté la vérificatrice générale, qui a toutefois limité son audit à la période de mise en œuvre du décret d’urgence, soit avant le 30 juin.

Le Canada a décrété le 25 mars 2020 que tous les voyageurs revenant de l’étranger devaient obligatoirement s’isoler quatorze jours après leur retour au pays, sauf pour quelques exceptions, comme les travailleurs essentiels. Cette mesure était jusque-là volontaire, sauf pour certains voyageurs revenant de Chine ou de bateaux de croisière, par exemple.

Pris par surprise

Le rapport de la vérificatrice générale conclut sans détour que « l’Agence de la santé publique du Canada n’était pas adéquatement préparée à intervenir en cas de pandémie ». Ce constat dépasse la simple question de la quarantaine obligatoire, dont l’ASPC n’a jamais envisagé ni planifié la possibilité, mais souligne aussi des problèmes que traîne l’institution depuis plus de 20 ans dans le partage d’information de santé publique entre les différents paliers de gouvernements. Pourtant, note Karen Hogan, le Canada a la responsabilité « d’être prêt, en tout temps, à intervenir face à des maladies infectieuses qui pourraient devenir des pandémies. »

Par exemple, un problème de partage des données entre les provinces et le fédéral constaté lors de l’épidémie du SRAS en 2003, mais décelé au préalable dans différents rapports depuis 1999, est survenu de nouveau durant la pandémie de COVID-19. L’audit démontre un manque de normes en matière de surveillance et un manque d’uniformité dans les informations transmises par les provinces.

Par exemple, seulement 10 % des formulaires transmis au fédéral par les réseaux de santé contenaient des précisions sur les symptômes, leur date d’apparition et les facteurs de risque, comme des problèmes de santé préexistants. Des problèmes de formatage et un système informatique désuet ont forcé des employés à entrer des données à la main.

Leçons du H1N1

Il semble que les plans de préparation à une pandémie élaborés après les éclosions du virus H1N1 au pays n’avaient pas tous été mis à jour, constate également la vérificatrice générale. En particulier, un plan d’intervention fédéral-provincial en matière de santé publique dans les cas d’incidents biologiques n’avait jamais été pleinement mis à l’essai. Un exercice de simulation était prévu pour 2020, mais fut annulé, rendu inutile par la véritable pandémie.

Finalement, on note que l’Agence de la santé publique du Canada n’a pas diffusé d’alerte lorsqu’a été détecté au pays le virus responsable de la maladie plus tard connue sous le nom de COVID-19.

Le rapport n’est toutefois pas entièrement négatif envers l’ASPC. La vérificatrice générale note qu’en dépit ces lacunes, elle reconnaît « que l’Agence a rapidement adapté ses plans existants et qu’elle a constamment modifié ses mesures d’intervention contre la COVID-19 en fonction de l’évolution de la pandémie. » L’institution fédérale a accepté toutes ses recommandations.

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