Jagmeet Singh excuse son député sympathique aux propos controversés du professeur Attaran

Le chef du NPD, Jagmeet Singh
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef du NPD, Jagmeet Singh

Alors que les différents partis fédéraux ont condamné les propos d’un professeur de l’Université d’Ottawa, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a refusé de désavouer son propre député pour avoir endossé ces commentaires traitant les Québécois de « suprémacistes blancs ».

« Un député racisé qui a vécu des expériences dans sa vie qui démontrent le racisme systémique a le droit de s’exprimer, et c’est important », a expliqué Jagmeet Singh quant aux raisons pour lesquelles il ne demande pas d’excuses à son député Matthew Green.

La veille, le député néodémocrate de Hamilton Centre a envoyé un message sur Twitter dans lequel il semblait adhérer aux propos controversés envers les Québécois tenus par un professeur de droit de l’Université d’Ottawa, Amir Attaran.

« Félicitations à @profamirattaran qui résiste au racisme qu’il voit se perpétuer au Québec, a écrit le député ontarien, en anglais. La culture de la suprématie blanche réclame la “liberté d’expression’’ pour les gens blancs qui crachent une rhétorique raciste, puis réclame la censure pour quiconque les dénonce. »

Le professeur Attaran a défrayé les manchettes pour ses prises de position caustiques sur Twitter au sujet du Québec et des francophones. Il a notamment qualifié le gouvernement Legault de « suprémaciste blanc », et le Québec de « l’Alabama du Nord ». En juin dernier, il avait sous-entendu qu’un problème de racisme à son université était dû aux francophones qui y travaillent.

« Évidemment tous les Québécois ne sont pas racistes. Mais quand un parti suprémaciste blanc peut remporter une majorité, cela est une indication de la croyance majoritaire au Québec », a par exemple tweeté Amir Attaran lors d'une prise de bec avec un autre internaute.

Le chef du NPD a toutefois tenu à préciser que le racisme « n’est pas le problème d’une province ou d’un territoire ». Selon Jagmeet Singh, le racisme systémique est un problème non seulement pour le Québec, mais aussi pour le reste du pays. « Je ne suis pas d’accord avec l’idée que les Québécois et Québécoises sont racistes. Pas du tout », a-t-il précisé. Seul élu du NPD au Québec, le député de Rosemont, Alexandre Boulerice, a commenté sur Twitter que le professeur Attaran « nuit aux milliers de […] progressistes du Québec » en caricaturant la province.

Propos critiqués

Lors de son passage à Trois-Rivières, lundi, le premier ministre Justin Trudeau a qualifié les propos du professeur Amir Attaran de « Québec bashing ». Le Parti conservateur et le Bloc québécois ont pareillement dénoncé ces propos lors de points de presse à Ottawa, mardi.

« Je suis déçu par la situation en ce qui concerne le professeur Attaran. Les Québécois ne sont pas racistes. Et j’aimerais voir une approche plus sérieuse par un professeur comme ça », a déclaré le chef conservateur Erin O’Toole, qui a aussi précisé croire en l’importance de la liberté d’expression.

« Je m’inquiète qu’un professeur puisse […] bénéficier de sa liberté d’expression sans que l’université ne prenne acte de la nature des propos et se demande si cette conviction profonde, répétée et tellement belliqueuse du professeur ne risque pas de transparaître dans son enseignement », a déclaré le chef bloquiste Yves-François Blanchet.

Le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a pour sa part dénoncé « les propos vindicatifs, l’incivilité et les généralisations outrancières envers quiconque ». Aucune sanction n’a toutefois été annoncée envers son enseignant.

À Québec, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, a dit trouver « pas acceptables » les propos tenus par M. Attaran sur les réseaux sociaux pour lesquels « on donne beaucoup de temps d’antenne », s’est-elle désolée. « Une des bonnes stratégies, c’est de ne pas en donner », a-t-elle fait valoir en marge d’une conférence de presse sur la liberté pédagogique, mardi.

Mme McCann s’est gardée de casser du sucre sur le dos de l’Université d’Ottawa qui est l’employeur de cet enseignant. « C’est un citoyen qui s’exprime. L’Université d’Ottawa […] s’est distanciée des propos », s’est-elle contentée de dire.

Avec Marie Vastel, Marco Bélair-Cirino et La Presse canadienne

 
 

Cet article a été modifié après sa publication initiale.

À voir en vidéo