Erin O'Toole fera fi du vote des délégués conservateurs sur les changements climatiques

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, ne tiendra pas compte du vote de ses délégués qui nient l’existence des changements climatiques, quitte à se mettre à dos les conservateurs sociaux de son parti.

En entrevue avec La Presse canadienne, M. O’Toole a réitéré son message véhiculé à deux reprises pendant le congrès virtuel de son parti. En ce qui concerne l’existence des changements climatiques, dit-il, le débat est « clos » et ce, même si 54 % des délégués conservateurs ne sont pas d’accord avec lui.

« Je suis le chef. Je suis en charge. Et les changements climatiques sont un enjeu important pour moi comme député, mais comme père de famille. […] On va avoir une politique claire et sérieuse sur l’environnement aux prochaines élections, point final. C’est important pour moi », a-t-il insisté.

M. O’Toole ne se fait pas d’illusions : son parti pourra seulement gagner en élargissant sa base. Il cherche donc à attirer les électeurs vivant dans les banlieues urbaines, en particulier de Montréal, de Toronto et de Vancouver. Il cherche à courtiser le vote des femmes, des communautés culturelles et LGBTQ +. Pour ce faire, il faut changer.

« On doit moderniser notre mouvement avant la prochaine élection et nous sommes en train de faire ça », a souligné M. O’Toole, qui évoque des « changements importants » à venir en ce sens.

Déjà, il se félicite d’avoir pu tenir des débats exempts, d’« enjeux sociaux » comme l’avortement pendant son premier congrès comme chef. Aucune résolution en ce sens n’a été débattue de façon virtuelle, malgré les efforts en coulisses du lobby antiavortement.

La Coalition nationale pour la vie avait identifié pas moins de 1100 délégués votants sympathiques à sa cause, selon sa porte-parole Hanna Kepka. Ils ont donc pu faire pencher la balance pour s’opposer à l’existence des changements climatiques et ainsi s’assurer de faire entendre leur voix.

Selon la Coalition, les « élites mondiales et les Nations unies » font preuve d’« alarmisme » au sujet des changements climatiques pour mieux « contrôler la population avec l’avortement et la stérilisation ». Elle appelait donc ses sympathisants qui s’étaient inscrits comme délégués conservateurs à voter contre.

Mme Kepka espère que cette démonstration de force des conservateurs sociaux servira de leçon pour M. O’Toole.

« Les conservateurs sociaux représentent une grande partie de la base du parti, entre 40 % et 70 % selon nos estimations. Ils étaient ici avant qu’Erin O’Toole ne devienne le leader et ils seront là après son départ. Le parti n’appartient pas à Erin O’Toole, même s’il voudrait anéantir ce segment de la base conservatrice », fait-elle valoir.

Attaques libérales

Le refus des militants conservateurs de reconnaître les changements climatiques a donné de nombreuses munitions au gouvernement libéral qui s’est servi de toutes les occasions possibles, lundi, pour dépeindre l’opposition officielle comme un parti de climatosceptiques.

En comité ou en période de questions, ministres et députés libéraux s’en sont donné à cœur joie pour rappeler aux Canadiens le résultat de ce vote.

« Le week-end dernier, le chat est sorti du sac. Comme de nombreux Canadiens, j’ai été choqué de voir un parti politique national, soi-disant moderne, rejeter le simple fait que les changements climatiques sont réels », a lancé le député de Bourassa, Emmanuel Dubourg, en période de questions.

« Les conservateurs ont décidé de se mettre la tête dans le sable et de rejeter la réalité que nous vivons tous. […] Il est clair que le Parti conservateur fait marche arrière et malheureusement, ce sont les générations futures qui vont subir les conséquences », a renchéri le ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson.

Au comité parlementaire des ressources naturelles, plus tôt en journée, le ministre Seamus O’Regan était présent pour répondre à des questions sur le budget et les priorités de son ministère. Mais il en a plutôt profité pour poser des questions aux membres conservateurs du comité.

« Je vais être honnête, j’aimerais avoir une conversation sérieuse avec quelqu’un qui croit vraiment à ce qui se passe sur cette planète », a répondu le ministre au député albertain Jeremy Patzer qui le questionnait sur la ligne 5 du pipeline Enbridge.

M. Patzer n’a jamais offert de réponse. Mais son collègue Greg McLean a dit que, oui, il croit aux changements climatiques et que M. O’Regan le savait. Cela n’a pas empêché le ministre de répéter ses lignes.

C’est le genre d’attaques partisanes auxquelles M. O’Toole faisait allusion, lors de son discours, vendredi soir. Il avait alors dit à ses partisans que s’ils ne pouvaient pas s’entendre sur la réalité des changements climatiques, son parti en souffrirait aux prochaines élections.

« Je ne permettrai pas que 338 candidats aient à se défendre contre le mensonge véhiculé par les libéraux selon lequel nous sommes un parti de climatosceptiques », avait-il dit. « Nous aurons un plan pour l’environnement. Il sera exhaustif, et il sera sérieux », avait-il ajouté.

En entrevue, lundi, M. O’Toole a soutenu que ce plan viendra avant les prochaines élections.

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