Un passeport vaccinal à l’international, mais pas au sein du Canada?

Des citoyens faisaient la file, brandissant leur certificat de vaccination, pour accéder à un concert à Tel-Aviv. Israël a récemment mis en place un système permettant l’accès aux salles de sport, aux théâtres et aux restaurants.
Photo: Oded Balilty Archives Associated Press Des citoyens faisaient la file, brandissant leur certificat de vaccination, pour accéder à un concert à Tel-Aviv. Israël a récemment mis en place un système permettant l’accès aux salles de sport, aux théâtres et aux restaurants.

Alors que l’idée d’un « passeport vaccinal » pour confirmer son immunité à la COVID-19 suscite des débats dans le monde, Justin Trudeau s’est montré partagé sur la question. Le premier ministre estime qu’une preuve de vaccination pourrait très bien être requise pour voyager à l’international. En revanche, il craint qu’une telle exigence pour fréquenter certains lieux au pays ne soit discriminatoire.

Plusieurs pays et quelques provinces songent à l’idée de réclamer un certificat de vaccination à leurs citoyens afin de faciliter les déplacements, mais aussi le retour à certaines activités normales. Les pays du G7, dont le Canada fait partie, en discutent ces jours-ci. L’Union européenne songe quant à elle à un « passeport vert » pour permettre les voyages entre ses pays membres, mais ceux-ci sont n’y sont pas tous favorables. Israël a de son côté adopté la pratique pour permettre l’accès aux salles de sport, aux théâtres et aux restaurants.

Justin Trudeau a indiqué vendredi qu’il n’avait pas encore tranché. « Je n’exclus rien », a-t-il répliqué en conférence de presse.

Le premier ministre fait cependant une distinction entre un passeport vaccinal qui serait exigé à l’international ou au pays.

« L’un serait cette idée qu’on aurait besoin d’une preuve de vaccination pour voyager à l’international. Ça, ça fait longtemps que ça existe », a-t-il observé, en citant l’obligation de se faire vacciner contre certaines maladies tropicales pour aller dans certaines régions de la planète. « C’est déjà bien établi. Et c’est quelque chose que les pays explorent activement, et le Canada fait partie de cette réflexion. »

M. Trudeau a toutefois des préoccupations si ce passeport vaccinal devenait conditionnel à l’accès à certaines activités ou certains lieux, comme des salles de concert ou des restaurants. En effet, des Canadiens pourraient choisir de ne pas se faire vacciner, d’autres pourraient devoir attendre plus longtemps selon les listes de priorité établies par leur province, tandis que d’autres encore pourraient tout simplement ne pas en avoir la possibilité pour des raisons médicales, a fait valoir le premier ministre.

« Je comprends qu’on veut motiver et encourager tout le monde à se faire vacciner. C’est la façon par laquelle on va traverser cette crise. Mais il faut réfléchir à ceux qui, à cause de réalités médicales, à cause de circonstances, ne peuvent pas ou n’ont pas pu se faire vacciner », a-t-il noté. « Il y a des questions d’équité et de justice par rapport à de la discrimination », a argué M. Trudeau en semblant évoquer des droits protégés par la Charte.

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, avait soulevé ces mêmes inquiétudes il y a deux semaines, lorsque le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, a laissé entendre qu’il songeait à s’en remettre à une preuve de vaccination pour permettre de déconfiner certaines activités. L’Ontario et le Manitoba sont aussi en réflexion.

Québec y songe

Le ministre Dubé est resté flou sur cette idée. Interrogé à la fin de février à savoir si son gouvernement envisageait qu’un certificat de vaccination puisse éventuellement être réclamé pour avoir accès aux salles de spectacle ou aux restaurants du Québec, le ministre avait répondu « oui ».

La réflexion est toutefois encore embryonnaire au sein du gouvernement caquiste, qui n’a pas encore pris de décision.

Le directeur national de santé publique, le Dr Horacio Arruda, avait quant à lui indiqué en début de semaine que « si c’est dans une perspective de donner un accès différentiel à des gens dans des endroits ou un autre, je ne pense pas que le gouvernement veut aller là ».

À Ottawa, bien qu’on souhaite éviter que certaines provinces interdisent l’accès aux gens qui ne seraient pas vaccinés à des commerces, par exemple, on reconnaît que cela demeure du ressort des provinces. Le fédéral n’aurait en revanche pas d’objection à ce que ces dernières requièrent une preuve de vaccination pour les voyages interprovinciaux ou les gros rassemblements, comme des festivals.

« Je partage les préoccupations du premier ministre quant à l’idée d’un passeport ou d’une preuve de vaccination pour participer à la vie de tous les jours au Canada », a affirmé la ministre fédérale de la Santé, Patty Hajdu, en conférence de presse avec M. Trudeau. Mais elle a du même souffle reconnu que les provinces ont « légitimement l’autorité et la responsabilité juridictionnelles de prendre ces décisions ».

Première dose pour tous d’ici fin juin?

La campagne de vaccination au Canada s’accélère, au point où le premier ministre Justin Trudeau croit que la grande majorité des Canadiens seront en mesure de recevoir leur première dose du vaccin contre la COVID-19 d’ici cet été. C’est du moins ce qu’il a relaté, vendredi, lors d’une conférence de presse. « J’ai parlé avec différentes provinces hier soir. On a entendu qu’ils ont espoir de pouvoir vacciner beaucoup de gens au moins avec une première dose avant la mi-été », s’est réjoui M. Trudeau. Au bureau du premier ministre, on interprète la période « avant la mi-été » comme la fin du mois de juin. D’ici là, le pays aura reçu au moins 36,5 millions de doses des vaccins de Pfizer et de Moderna, surtout. C’est sans compter les autres livraisons d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson, dont les dates n’ont pas encore été confirmées.

La Presse canadienne


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