Les élus fédéraux se recueillent en mémoire des victimes de la COVID-19

L’heure était au recueillement, jeudi matin aux Communes.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne L’heure était au recueillement, jeudi matin aux Communes.

L’heure était au recueillement jeudi matin aux Communes, où les élus fédéraux ont pris le temps de se souvenir des milliers de victimes de la COVID-19 au Canada et des centaines de milliers d’autres citoyens dont la vie a été chamboulée par la maladie.

Le premier ministre, Justin Trudeau, a prononcé le premier son discours en l’honneur des Canadiens qui ont perdu la vie dans la dernière année. « Ils ne sont plus avec nous, mais ils restent dans notre mémoire. […] Nous nous souviendrons d’eux », a-t-il promis, dans une Chambre des communes désormais désertée, où les élus y siègent masqués ou de façon virtuelle depuis que la vie parlementaire a changé le 13 mars dernier.

En plein hiver, en 2020, la planète découvrait l’existence d’une nouvelle maladie, a rappelé M. Trudeau. « Mais alors que la COVID-19 a pris d’assaut notre planète, alors que ce nouveau mot prenait d’assaut nos vies, nous nous sommes mis à parler également d’autres mots. D’autres mots qui n’avaient rien de neuf du tout : sacrifice et solidarité, compassion et communauté. Lorsque la pandémie a frappé l’an dernier, ces mots — qui avaient défini les Canadiens depuis des générations — ont soudainement trouvé un nouveau sens. »

Lourd bilan

Bien que les Canadiens soient à bout de patience après un an, M. Trudeau a insisté pour dire qu’il y avait « de l’espoir à l’horizon » puisque « la vaccination est en mode accélération ». « Ce n’est surtout pas le temps de lâcher », a-t-il martelé.

Plus de 22 000 Canadiens sont décédés de la COVID-19 en un an, dont 10 500 Québécois. « Ce ne sont pas des chiffres, ce sont des visages, ce sont des personnes, ce sont des présences qui n’en sont plus », a souligné le chef bloquiste, Yves-François Blanchet.

Près de 900 000 cas de la maladie ont été recensés au Canada depuis l’an dernier, dont près de 300 000 au Québec.

Tous les chefs fédéraux ont tenu à souligner le travail et le sacrifice des travailleurs de la santé, mais aussi des travailleurs de première ligne qui ont été au front tous les jours pour faire rouler les commerces essentiels ou fabriquer de l’équipement de production individuelle. « Tous les quarts de travail des infirmières de première ligne, tous les masques fabriqués par un travailleur canadien ne seront pas oubliés », a assuré le premier ministre Trudeau.

Ses homologues ont également souligné les sacrifices des aînés, qui ont été particulièrement touchés par la maladie ou par l’isolement qu’elle leur a imposé, tout comme les communautés autochtones et racisées, les Canadiens les plus vulnérables, et ceux dont la santé mentale a souffert. Le chef conservateur, Erin O’Toole, a en outre déploré la hausse des problèmes de consommation de drogue et d’alcool, et « la violence conjugale [qui] est la pandémie de l’ombre ».

Critiques partisanes

Le chef conservateur a cependant aussi profité de son discours pour réitérer ses critiques à l’endroit du gouvernement libéral, en déplorant que de nombreux Canadiens n’aient toujours pas retrouvé d’emploi et que la vaccination ne soit pas assez rapide au pays selon lui. « Tout est lié au déploiement des vaccins : notre nation et notre relance économique en dépendent directement », a reproché M. O’Toole.

M. Trudeau venait de lancer un appel à la collaboration entre les différents ordres de gouvernement, mais aussi entre les partis fédéraux, afin de « rebâtir une économie équitable pour tout le monde » et de « développer de grands projets de société ».

Le chef conservateur s’est cependant dit « frustré » de l’arrivée trop lente, à son avis, de vaccins. « Mais aujourd’hui, nous marquons une pause. Nous rendons grâce. Nous nous souvenons. Nous prenons une respiration collective et nous redoublons d’efforts pour combattre la COVID et permettre un retour à la vie normale », a-t-il tout de même reconnu.

Le chef néodémocrate, Jagmeet Singh, s’est lui aussi montré partisan en réitérant ses promesses politiques : de mettre fin à la gestion privée des centres de soins de longue durée, d’y imposer des normes de soins nationales, d’investir dans le système de garderies et de mieux rémunérer les travailleurs de première ligne. M. Singh a en outre appelé le Canada, comme les autres chefs de parti, à améliorer sa capacité de production de vaccins.

« Lorsque nous nous souvenons des impacts de cette pandémie, ce n’est pas suffisant de se souvenir simplement des vies perdues ou des pertes d’emploi et des fermetures d’entreprises. Nous devons aussi nous engager à éviter que tout cela se reproduise », a fait valoir le chef du Nouveau Parti démocratique.

Yves-François Blanchet a également appelé à ce que la relance à venir permette de créer une économie « plus riche et plus écologique à la fois, plus généreuse, plus égalitaire ». Mais le temps de la journée de jeudi, le chef bloquiste a fait valoir qu’il fallait « laisser notre cœur se porter vers ceux et celles pour qui, après avoir lu un peu partout “ Ça va bien aller , pour qui ça n’a pas si bien été ».

Mettre de côté la partisanerie

La cheffe parlementaire du Parti vert a quant à elle voulu se faire, comme à son habitude lors de ce genre d’occasions solennelles, la voix de la sagesse. Elizabeth May a appelé ses collègues à se souvenir de leur bonne collaboration aux premiers mois de la pandémie, lorsque tous les projets de loi étaient alors adoptés à l’unanimité.

« Alors que nous commémorons une année de COVID-19, il est clair que ce n’est pas terminé », a insisté Mme May, en affirmant que la sortie de crise et le taux de mortalité final de la pandémie dépendront de la capacité des élus à mettre de côté la partisanerie. « Les Canadiens ne veulent pas nous voir essayer de tirer un avantage partisan en ayant la prochaine élection en tête. Ils veulent que nous travaillions ensemble », a-t-elle argué.

Le drapeau qui flotte au-dessus du parlement était en berne, jeudi. Le carillonneur, qui fait résonner les cloches du parlement tous les midis, a dédié son récital du jour aux victimes de la pandémie.



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