Le cabinet fantôme de l'opposition conservatrice - Harper nomme une non-élue pour représenter le Québec

«Nous avons l’opposition officielle la plus forte et la plus puissante des 25 dernières années», s’est vanté M. Harper. Ci-dessous, la recrue du cabinet fantôme, Josée Verner.
Photo: Agence Reuters «Nous avons l’opposition officielle la plus forte et la plus puissante des 25 dernières années», s’est vanté M. Harper. Ci-dessous, la recrue du cabinet fantôme, Josée Verner.

Ottawa — Ne disposant d'aucun député québécois, le chef conservateur Stephen Harper a créé un précédent, hier, en nommant une non-élue, Josée Verner, à son cabinet fantôme.

Mme Verner est la candidate conservatrice qui a reçu le plus de votes au Québec lors des élections du 28 juin. En fait, elle a terminé bonne deuxième derrière le Bloc québécois, mais devant les libéraux, dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent, en banlieue de Québec.

«Mme Verner aura un très grand rôle à jouer dans le développement du parti au Québec», a déclaré M. Harper lors d'une conférence de presse à Ottawa.

«Mon objectif le plus important pendant les prochains mois, c'est d'enraciner ce parti au Québec et d'assurer la pleine participation des francophones.»

Josée Verner, qui a travaillé au cabinet de l'ancien premier ministre québécois Robert Bourassa et qui a été organisatrice de l'Action démocratique du Québec, l'an dernier, s'est évidemment réjoui de sa nomination. «C'est une belle marque de confiance, a-t-elle commenté. Je pense que ça vient aussi confirmer l'importance que revêt le Québec pour le Parti conservateur et M. Harper.»

Il faut dire qu'à défaut de récolter une majorité de sièges en Ontario et dans les Maritimes lors du prochain scrutin, les conservateurs auront besoin de députés québécois pour prendre le pouvoir.

Légitimité

Pour l'instant, le Québec sera représenté au sein de l'opposition officielle par Mme Verner, qui ne se formalise pas du fait qu'elle n'ait pas été élue.

«À partir du moment où l'on me demande de siéger à un cabinet fantôme, j'ai déjà la légitimité de faire valoir ce que les Québécois m'ont dit en cours de campagne», a-t-elle estimé.

Mme Verner, qui recevra un salaire d'employée de la Chambre des communes, sera critique responsable du développement économique des régions du Québec et de la Francophonie. Comme elle ne pourra pas poser de questions aux Communes, des collègues élus interviendront en son nom lorsque ce sera nécessaire.

«On la traitera comme une membre à part entière du cabinet fantôme», a promis M. Harper.

Josée Verner présidera en outre le «caucus» des sénateurs conservateurs du Québec. Dans l'enceinte du Sénat, c'est un autre Québécois, John Lynch Staunton, qui continuera à diriger les bleus.

Image modérée

À l'instar du premier ministre Paul Martin, Stephen Harper a composé son «cabinet» en alliant sang neuf et députés d'expérience. Il a aussi voulu présenter une image modérée de son parti, dans l'espoir de prouver que son équipe est réellement un «gouvernement en attente». «Nous avons l'opposition officielle la plus forte et la plus puissante des 25 dernières années, s'est vanté M. Harper. Je pense que, franchement, nous sommes un véritable gouvernement de rechange pour un pays qui a besoin d'un nouveau gouvernement.»

Le chef conservateur a exclu de son cabinet fantôme trois députés qui lui ont causé des soucis durant la campagne électorale en tenant des propos controversés sur l'avortement et les droits des homosexuels: l'Ontarienne Cheryl Gallant, l'Albertain Rob Merrifield et le Britanno-Colombien Randy White.

Il a toutefois gardé une place pour son ancien critique aux langues officielles, Scott Reid, qui avait soulevé l'ire des francophones en évoquant, à la fin mai, une révision du bilinguisme officiel au gouvernement fédéral. M. Reid, qui est un confident et un bailleur de fonds de Stephen Harper, est toutefois rétrogradé: il sera chargé du développement économique du nord ontarien.

Quatre députés de longue date conservent leurs postes: l'ancien chef progressiste-conservateur Peter MacKay au poste de chef adjoint, l'ancien chef allianciste Stockwell Day en tant que critique aux Affaires étrangères, John Reynolds sera leader aux Communes et Monte Solberg, critique aux Finances.

Parmi les nouveaux venus, notons le Franco-Ontarien Guy Lauzon (Conseil du trésor, langues officielles), l'aspirante au leadership Belinda Stronach (Commerce international), l'ancien président du Parti progressiste-conservateur Peter Van Loan (Ressources humaines) et le premier député fédéral quadraplégique, Steven Fletcher (Santé).

Le chef conservateur a soutenu avoir eu de la difficulté à choisir les 40 membres de son cabinet fantôme parmi ses 99 «talentueux» députés. Pour consoler ceux qui n'ont rien obtenu, il s'est engagé à annoncer sous peu des nominations à d'autres postes.