Affaires intergouvernementales - Robillard sera fine avec les provinces, mais pas avec le Bloc

Ottawa — La nouvelle ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, assure que l'ère des confrontations dans les relations fédérales-provinciales, incarnée par son prédécesseur Stéphane Dion, est terminée.

Mais du même souffle, elle promet de répliquer avec fermeté au Bloc québécois s'il cherche à faire avancer le projet souverainiste. «M. Dion et moi, on est différents dans nos personnalités, donc dans nos approches», reconnaît-elle en interview à la Presse canadienne.

«Je suis sûrement plus une femme qui aime, au-delà des principes, ramener les choses à des réalités quotidiennes, au lieu de faire des batailles de principe. Je préfère vraiment dire "dans le fond, qu'est-ce qu'on cherche à régler ensemble? C'est quoi le problème qu'on cherche à solutionner au-delà des principes, des chicanes de juridictions et des théories?" Certainement que tout le background de Stéphane l'influençait dans son approche, mais moi, je n'ai pas ce background-là.»

M. Dion, un constitutionnaliste, est le père de la Loi sur la clarté référendaire, honnie par les souverainistes québécois. À titre de ministre des Affaires intergouvernementales, il ne se gênait pas pour attaquer de front les bloquistes en tentant de déconstruire systématiquement leurs arguments.

«Je ne suis pas une spécialiste du milieu constitutionnel, rappelle Mme Robillard. J'ai une approche beaucoup plus "terrain", plus concrète, dont le but est de solutionner les problèmes des concitoyens. Je pense que les citoyens dehors sont tannés qu'on ait des chicanes qui font en sorte qu'on ne règle pas les problèmes. On essaie de gagner la partie dans les journaux, sur la place publique, mais qui souffre de cela? C'est le citoyen qui ne reçoit pas le service. Il est pénalisé en quelque part [sic].»

Mais il n'est pas question pour autant de baisser la garde devant le Bloc québécois, prévient l'ancienne ministre de Robert Bourassa, nouvelle gardienne de l'unité canadienne.

«Quand on va discuter de dossiers gouvernementaux, on va écouter ce qu'ils ont à dire, mais ça va dépendre dans quelle perspective ils le font. S'ils le font dans une perspective de poursuivre l'objectif de la souveraineté, bien là ils vont me trouver sur leur chemin. C'est certain. Ce n'est pas pour rien que je suis dans le gouvernement canadien. J'ai deux identités et je ne veux pas en perdre une.»

Des ministres pour les régions

C'est dans les régions du Québec que le Parti libéral a perdu le plus d'appuis aux mains du Bloc, le 28 juin. En conséquence, Paul Martin n'a nommé aucun ministre de l'extérieur de Montréal dans son nouveau cabinet, dévoilé mardi. Hier, pour faire preuve de leur bonne foi, les libéraux ont toutefois confié à chaque ministre québécois la responsabilité d'une région.

«On fait ça pour s'assurer qu'on soit les yeux et les oreilles des régions et qu'on puisse s'occuper de certains dossiers prioritaires», a déclaré en entrevue Jean Lapierre, lieutenant québécois du premier ministre Paul Martin.

Mais dans un communiqué, M. Lapierre, qui est aussi ministre des Transports, a tenu à préciser qu'aucun ministre «ne se substituera aux députés du Bloc québécois élus démocratiquement».

Les libéraux soulignent qu'ils auraient préféré avoir fait élire suffisamment de députés au Québec pour pouvoir nommer au moins un ministre à l'extérieur de Montréal.

«Mais moi, je ne peux pas refaire le résultat des élections, a lancé Jean Lapierre. Les gens ont voté et on respecte cela. Maintenant, on ne peut pas vouloir être au gouvernement et dans l'opposition en même temps. On ne peut pas être à moitié enceinte.»

M. Lapierre s'occupera de la région de Québec, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l'Est de la province. Le ministre de l'environnement, Stéphane Dion, sera chargé de veiller sur l'Abitibi-Témiscamingue, le Nord québécois et l'Outaouais, tandis que la ministre du Patrimoine, Liza Frulla, aura la responsabilité des Laurentides et de Laval.

Le ministre de la Justice, Irwin Cotler, supervisera les dossiers de l'Ouest de Montréal, alors que son collègue des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, fera de même pour l'Est.

La ministre des Affaires intergouvernementales, Lucienne Robillard, s'occupera du Centre-du-Québec, de la Mauricie et de Lanaudière. Enfin, le ministre du Développement économique des régions du Québec, Jacques Saada, veillera sur la Montérégie, l'Estrie et les Bois-Francs.