Les pro-vie reviennent à la charge en vue du prochain congrès conservateur

Lui-même pro-choix, Erin O’Toole a martelé qu’il souhaitait pour sa part débattre de relance économique et de la réponse du gouvernement libéral à la pandémie.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Lui-même pro-choix, Erin O’Toole a martelé qu’il souhaitait pour sa part débattre de relance économique et de la réponse du gouvernement libéral à la pandémie.

Les militants de la frange sociale du Parti conservateur reviennent une fois de plus hanter la formation et son chef, Erin O’Toole. À l’approche du prochain congrès du parti, un groupe pro-vie compte user d’un stratagème pour tenter de faire modifier la position officielle du Parti conservateur sur l’avortement.

La Campaign Life Coalition (CLC) s’oppose notamment aux interruptions de grossesse et à l’aide médicale à mourir. Le groupe souhaitait, comme lors de congrès précédents, faire abroger la politique 70 du parti qui stipule qu’un « gouvernement conservateur ne soutiendra pas de loi visant à régir l’avortement ». Cette tentative a échoué. Mais la CLC n’a pas dit son dernier mot. Et l’organisme compte maintenant forcer le débat afin de modifier carrément la constitution du parti.

Le document énonce les grands principes que défend le Parti conservateur, notamment « la croyance dans la valeur et la dignité de toute vie humaine ». La Campaign Life Coalition souhaite modifier cet article pour y ajouter que le parti croit en la valeur et en la dignité de toute vie humaine, « de la conception à la mort naturelle ».

« C’est une modification toute simple. Elle n’ajoute pas beaucoup de mots. Qui pourrait être en désaccord avec l’idée de croire en la dignité et en la valeur de toute vie humaine ? » a fait valoir au Devoir Jack Fonseca, de la Campaign Life Coalition.

L’organisme estime avoir recruté de 1000 à 1500 délégués en vue du congrès conservateur, qui se tiendra de façon virtuelle du 18 au 20 mars. Le parti n’a pas encore annoncé combien de délégués sont inscrits au total, mais on parle de 2000 à 4000 personnes. « Il y a de très bonnes chances pour que nous soyons assez nombreux pour voter comme il se doit et pour faire adopter la modification », a dit le président de la CLC, Jeff Gunnarson.

Lors du dernier congrès, en 2018, une résolution visant à abandonner la politique 70 sur l’avortement n’avait été rejetée que par 53 % des voix contre 47 %. Seulement 106 votes avaient fait pencher la balance.

Obstacles en vue

Dans les coulisses, au PCC, on note cependant qu’un amendement à la constitution doit recevoir non seulement une majorité de voix sur le parterre d’un congrès, mais aussi une majorité de voix parmi les délégués d’une majorité des provinces. Une barre un peu plus difficile à franchir. La résolution pourrait en outre être jugée inadmissible, car elle n’a pas été d’abord débattue et adoptée en atelier avant d’être présentée.

Le chef Erin O’Toole n’a pas voulu commenter l’initiative des militants pro-vie, d’abord révélée par le Toronto Star. « Nous avons un parti formé de membres de la base militante, et c’est une grande tente qui rassemble différentes perspectives », a-t-il affirmé. M. O’Toole a rappelé qu’il est lui-même pro-choix et a martelé qu’il souhaitait pour sa part débattre de relance économique et de la réponse du gouvernement libéral à la pandémie. Il a toutefois refusé de préciser s’il fera campagne afin d’empêcher l’adoption de la résolution de la CLC.

M. O’Toole était justement en conférence de presse pour présenter ses demandes en vue du prochain budget fédéral, avant d’être contraint de défendre une fois de plus les positions sociales de son parti à la veille du premier congrès à se tenir sous son règne.

Jack Fonseca s’est dit « déçu » de la réplique du chef, qui fait erreur selon lui en reniant la frange sociale-conservatrice du parti. « En adoptant les mêmes convictions anti-vie, anti-famille que Justin Trudeau, il ne fait rien pour attirer de nouveaux électeurs et les convaincre de voter pour le Parti conservateur », a-t-il déploré.

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