Le report des deuxièmes doses de vaccin reproché à Ottawa

D’ici la fin mars, le Canada aura reçu 6,5 millions de doses et en attendra 24,5 millions de plus d’ici la fin juin.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne D’ici la fin mars, le Canada aura reçu 6,5 millions de doses et en attendra 24,5 millions de plus d’ici la fin juin.

Bien que les provinces aient endossé l’avis du fédéral et accepté de retarder l’administration des deuxièmes doses de leurs vaccins, ce n’est pas sans heurt. Les premiers ministres de l’Ouest ont vertement critiqué Ottawa, arguant que c’est parce que le gouvernement Trudeau a failli à sa responsabilité de les approvisionner avec suffisamment de vaccins contre la COVID-19 qu’ils doivent désormais retarder la vaccination complète de leur population.

Réunis en conférence de presse pour réclamer une fois de plus à Justin Trudeau une hausse des transferts en santé, les premiers ministres conservateurs de quatre provinces ont déploré qu’ils n’aient d’autre choix que d’« étendre » la période de temps entre l’administration de la première et de la deuxième dose de vaccins contre la COVID-19 jusqu’à quatre mois.

Jason Kenney, de l’Alberta, a été le plus cinglant à l’endroit d’Ottawa. Il tient le gouvernement fédéral comme seul responsable du retard de vaccination observé au pays. « Ce n’est pas acceptable que le Canada soit quarante-quatrième dans le monde dans l’administration, par personne, des vaccins contre la COVID-19. Je crois que c’est une honte. C’est inacceptable. Et cela coûte des vies », a-t-il reproché.

Le premier ministre manitobain, Brian Pallister, a renchéri. « Soyons clairs, cette stratégie [de retarder la deuxième dose de vaccins] est devenue nécessaire en raison de l’absence de vaccins », a-t-il raillé.

«Décevant»

M. Kenney a par la suite interpellé, par médias interposés, l’équipe de Justin Trudeau. « Arrêtez de nous faire prendre du retard par rapport au reste du monde. Nous avons besoin de voir les commandes honorées immédiatement », a-t-il affirmé.

Le chef du gouvernement albertain a montré du doigt une résidence pour personnes âgées à Edmonton, qui est actuellement la proie d’une flambée de cas de COVID-19. « Malheureusement, ils ont reçu le vaccin lundi, le même jour où ils ont été frappés par l’éclosion. Ils auraient dû être vaccinés il y a des semaines comme ça a été le cas aux États-Unis ou au Royaume-Uni. […] C’est extrêmement frustrant », a-t-il dit.

Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a aussi jugé « décevant » l’approvisionnement en vaccins orchestré par Ottawa, avant de rappeler la responsabilité des provinces : vacciner le plus rapidement possible les citoyens. Pour s’acquitter de leur tâche, elles doivent obtenir des doses. Cela dit, les provinces « font de leur mieux pour ne jamais plus se retrouver dans une telle situation » de pénurie de vaccins, a ajouté M. Moe.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a soutenu que « plus jamais » le Canada ne doit dépendre d’autres leaders ou d’autres États pour mettre la main sur des vaccins ou de l’équipement de protection individuelle — masques, visières, blouses — en temps opportun.

À l’instar de confrères, M. Ford a plaidé pour le développement d’une capacité de production de vaccins au pays.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, tape aussi du pied. Il prévoit un « retour à la normale » au cours du printemps « et non à l’automne comme le premier ministre [Justin Trudeau] ». Il attend des dizaines de milliers de doses de vaccin pour y arriver.

« La frustration que vous entendez autour de la table du [Conseil de la fédération] est réelle », a reconnu le chef du gouvernement de la Colombie-Britannique, le néodémocrate John Horgan.

Le premier ministre québécois, François Legault, n’a pas sauté dans la mêlée.

Ottawa assure que tout va bien

Du côté fédéral, la Santé publique du Canada a martelé une fois de plus que les livraisons de vaccin continueront de s’accélérer au cours des prochaines semaines. Un nombre record de 397 000 doses viennent d’être administrées par les provinces la semaine dernière. D’ici la fin mars, le Canada aura reçu 6,5 millions de doses et en attendra 24,5 millions de plus d’ici la fin juin.

Un quatrième vaccin devrait en outre être approuvé d’ici une semaine. Santé Canada en est à finaliser son étude de la soumission de Johnson & Johnson et prévoit rendre sa décision « d’ici les sept prochains jours ». « On devrait avoir des bonnes nouvelles dans les prochains jours », a promis le Dr Marc Berthiaume.

Ce vaccin — qui ne nécessite qu’une seule dose — pourrait ensuite commencer à arriver au Canada au cours du second trimestre, entre avril et juin. Ottawa en a réservé jusqu’à 38 millions de doses, dont 10 millions qui devraient être livrées d’ici la fin septembre.

L’ajout de nouveaux vaccins aux commandes fédérales et la décision de plusieurs provinces de retarder l’injection de leur deuxième dose risque ainsi de permettre de vacciner la population canadienne plus tôt que la date prévue, en septembre. Le Major général Danny Fortin ne s’est cependant pas aventuré à promettre un nouvel objectif. « On pourrait anticiper que l’on atteigne notre objectif plus tôt. Mais pour l’instant nous œuvrons avec la date de septembre en tête », s’est-il contenté de commenter.

Toujours pas de décision pour AstraZeneca

Le gouvernement québécois n’a par ailleurs pas encore décidé s’il utilisera le vaccin d’AstraZeneca pour inoculer sa population de 65 ans et plus. Santé Canada n’a pas de contre-indication, mais le Comité consultatif national de l’immunisation a recommandé d’éviter d’y avoir recours pour vacciner les adultes plus âgés en raison de données insuffisantes sur ce sous-groupe lors des essais cliniques.

M. Legault a indiqué qu’il attendait toujours l’avis de son propre comité sur l’immunisation. « Mais c’est clair qu’on veut utiliser ces vaccins-là et les utiliser de façon sécuritaire », a-t-il affirmé, en notant que certains pays, comme la France, ont finalement décidé d’avoir recours au vaccin d’AstraZeneca pour leur population âgée aussi.

Le Québec devra faire vite. Car 300 000 des 500 000 doses qui seront bientôt acheminées aux provinces (donc environ 40 000 sur 68 000 pour le Québec) ont une date de péremption plus rapprochée, le 2 avril.

Le ministère de la Santé du Québec n’y voit pas d’inconvénient, puisque de manière générale les doses sont rapidement injectées sur le terrain. « L’objectif est d’administrer les vaccins reçus au cours de la semaine suivant la réception des doses », a-t-on indiqué par courriel au Devoir.

Plus de deux millions de Canadiens ont maintenant été vaccins : 3,6 % de la population a reçu une première dose, et 1,4 % ont eu droit à leurs deux doses.

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