Ottawa mise sur l’immersion française pour renforcer le bilinguisme en Alberta

Dans son énoncé d’intention, intitulé «Français et Anglais : Vers une égalité réelle des langues officielles au Canada», la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, souhaite mettre l’accent sur les écoles d’immersion pour renforcer le bilinguisme au pays
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Dans son énoncé d’intention, intitulé «Français et Anglais : Vers une égalité réelle des langues officielles au Canada», la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, souhaite mettre l’accent sur les écoles d’immersion pour renforcer le bilinguisme au pays

Dans son livre blanc sur la modernisation sur les langues officielles, Mélanie Joly mise sur l’immersion pour assurer la vitalité du français, hors Québec. Entre pénurie d’enseignants et sous financement chronique, l’Alberta n’a pas forcément les moyens de ses ambitions.

Dans son énoncé d’intention, intitulé « Français et Anglais : Vers une égalité réelle des langues officielles au Canada », la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, souhaite mettre l’accent sur les écoles d’immersion pour renforcer le bilinguisme au pays. Selon elle, cette solution mettrait fin à la liste d’attente de parents anglophones qui souhaitent inscrire leurs enfants dans ces établissements.

Cependant, en Alberta, globalement, « il n’y a pas assez d’enseignants qui parlent le français dans les deux systèmes scolaires, celui des écoles d’immersion et le système francophone », explique Michael Tryon, directeur général de Canadian Parents For French, en Alberta, un collectif de parents qui milite pour la promotion du français en milieu scolaire.
 

Selon lui, les chiffres sont encore flous pour dresser un portrait exhaustif concernant les besoins du nombre d’enseignants en français, car chaque conseil scolaire de la province ne donne pas toujours l’heure juste à l’Alberta teacher’s association (ATA). Parmi les 62 conseils scolaires de la province, 42 offrent l’immersion française et chacun est indépendant. L’Association canadienne des professionnels de l’immersion a lancé, voilà quelques jours, une enquête pour sonder cette réalité.

À défaut de chiffres, le manque de professeurs se fait sentir, « les baby-boomers partent à la retraite et avec la pandémie les conseils scolaires n’ont pas assez d’enseignants pour enseigner que ce soit en ligne ou en classe », décrit Michael Tryon.

 

Actuellement, l’Alberta compte environ 47 000 étudiants en programme d’immersion française et 147 000 jeunes qui ont le français comme langue seconde, à l’instar des cours d’anglais enseignés au Québec comme langue minoritaire. Dans ce cas-ci, la fréquence de cours est de deux fois par semaine, d’environ 45 minutes chaque. Cependant, la politique de la province ne rend pas obligatoire l’enseignement du français dans tous les conseils scolaires de l’Alberta, ce que déplore le directeur de Canadian Parents For French. « Il n’y a pas de standards minimums en Alberta, j’aimerais que tous les étudiants de la province puissent apprendre le français, mais maintenant ce n’est pas possible », regrette-t-il.

L’immigration, un pont pour l’enseignement

La demande en enseignants reste forte, mais l’offre ne suit pas. « On a vraiment besoin d’un coup de pouce, car dans certains coins de la province, c’est difficile de trouver suffisamment d’enseignants », témoigne aussi de son côté, la directrice générale de la Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta (FCSFA), Anne-Marie Boucher. Selon elle, l’immigration serait un pas supplémentaire pour remédier au manque chronique d’enseignants dans la province. « S’il y avait plus d’immigrations francophones, cela pourrait aider », explique-t-elle.

Depuis des années, la cible des 4 % fixée par le gouvernement fédéral pour garder le même taux de francophones dans les provinces n’est toujours pas atteinte, notamment en Alberta qui se situerait autour de 2 %.

En attendant, selon Marianne Jacquet, professeur en éducation dans le programme de formation des maîtres, au Campus Saint-Jean, la relève est bien présente avec « l’immigration internationale qui est un allié pour la francophonie et les jeunes issus de l’immersion », dit-elle. « Entre 60 et 65 % des étudiants qui sont au Campus Saint-Jean viennent des écoles d’immersion », précise Michael Tryon.

Aujourd’hui, s’il y a pénurie des enseignants, « il y a aussi un grand intérêt de la part des familles, il faut capitaliser sur cet intérêt », fait remarquer la professeure en éducation. Cependant, « pour que cette modernisation devienne réalité, il faut qu’elle soit accompagnée de ressources et de financements afin qu’elle soit vraiment réaliste », met-elle en avant.

Bien que le Campus Saint-Jean souffre toujours d’un sou financement important, il ouvrira, en septembre prochain, un programme d’éducation en français à Red Deer, Calgary et Grande Prairie, financé dans le cadre de l’Entente Canada-Alberta. « L’avenir du Canada réside dans la dualité linguistique. Il s’agit de voir ce qui sera mis en place dans le livre blanc. C’est important, car je pense que l’avenir du pays en dépend », déclare Pierre-Yves Mocquet, doyen du Campus Saint-Jean.

En effet, dans le livre blanc de Mélanie Joly, le recensement de 2016 indique que le taux de bilinguisme dans la majorité anglophone stagne sous la barre des 10 %.

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