Le DPB ajoute 17 milliards aux estimations de coûts des nouveaux navires de combat

La frégate NCSM Halifax au moment où elle quittait le port d'Halifax, le 1er janvier dernier, en route vers un déploiement de six mois dans la mer Méditerranée.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne La frégate NCSM Halifax au moment où elle quittait le port d'Halifax, le 1er janvier dernier, en route vers un déploiement de six mois dans la mer Méditerranée.

Le directeur parlementaire du budget prévoit une nouvelle augmentation, de plusieurs milliards de dollars, des coûts de construction de la nouvelle flotte de 15 navires de combat pour la Marine canadienne : ce qui était déjà le plus important marché militaire de l’histoire du Canada coûterait maintenant plus de 77 milliards de dollars.

Le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, ajoute donc 17 milliards de dollars au prix annoncé par le gouvernement pour les 15 navires de combat qui seront construits à Halifax au cours des deux prochaines décennies et constitueront l’épine dorsale de la Marine pendant la majeure partie du 21e siècle.

L’estimation de M. Giroux se trouve dans un rapport très attendu, publié mercredi, qui est susceptible de préparer le terrain pour des discussions difficiles — et des pressions intenses de l’industrie : Ottawa doit-il aller de l’avant ou changer de cap ?

À cette fin, et en réponse à une demande du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires de la Chambre des communes, le DPB évalue les coûts de quelques scénarios, afin de fournir une image plus claire des options qui s’offrent au gouvernement s’il décidait de changer ses plans.

Ces scénarios comprennent l’abandon pur et simple du plan existant : celui de 15 navires de combat sur le modèle de conception britannique appelé « Type-26 », que les responsables de la défense canadienne ont décrit à plusieurs reprises comme le bon choix pour le Canada.

Mais M. Giroux et son équipe ont également étudié le scénario de « flottes mixtes » : trois navires de type 26 et 12 autres navires de types différents, comme c’était le cas jusqu’ici dans la flotte canadienne — trois destroyers de classe Iroquois et 12 frégates de classe Halifax.

La frégate Type-26 est également construite par le Royaume-Uni et l’Australie, mais les autorités canadiennes ont apporté de nombreux changements à la conception pour répondre aux besoins militaires et industriels particuliers du Canada. Ces changements ont été compliqués par les tentatives du gouvernement de regrouper dans un seul type de navire toutes les capacités des destroyers de classe Iroquois de la Marine, maintenant hors service, et des frégates de classe Halifax existantes. Les destroyers assuraient la défense aérienne tandis que les frégates se spécialisent dans la chasse aux sous-marins.

Les autres scénarios

Le DPB a donc estimé que le gouvernement pourrait économiser 40 milliards de dollars s’il ne construisait que trois frégates de type 26 et les complétait avec 12 navires de « Type-31e », plus petits et moins performants — ce que la Grande-Bretagne a décidé de faire.

Le Canada pourrait également économiser 50 milliards de dollars s’il abandonnait ses projets de construction de Type-26 et optait pour une flotte entièrement composée de navires de Type-31e, selon le rapport, bien que le DPB note que « cette version particulière (du 31e ) a été conçue pour être déployée avec le navire de type 26 plus “haut de gamme” ».

Le redémarrage de l’ensemble du projet pourrait également entraîner un retard de quatre ans avant le début de la construction de cette flotte. M. Giroux et son équipe ont estimé qu’un retard d’un an dans le projet ajouterait 2,3 milliards $ à la facture globale et un retard de deux ans, 4,8 milliards de dollars.

En conférence de presse, mercredi, M. Giroux a aussi reconnu que la construction d’une « flotte mixte » entraînerait des coûts supplémentaires à long terme, à cause notamment de la nécessité de plus de formation et de pièces de rechange pour différents types de navires. Ces coûts n’ont pas été inclus dans ses estimations.

« Cela signifie par contre que vous ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier », a-t-il ajouté. « Si vous trouvez un défaut majeur dans une classe de navire, vous avez toujours une option de secours : vous n’êtes pas lié par vos 15 navires. »

Le DPB a également examiné le coût potentiel du passage à un type de navire de guerre appelé « frégate européenne multimission » (FREMM), qui est actuellement en construction pour les États-Unis et que M. Giroux a décrit comme comparable au Type-26 dans ses capacités.

Le DPB a constaté qu’un projet révisé coûterait environ 71 milliards $, que le gouvernement décide de construire une flotte entière de 15 FREMM ou trois Type-26 et 12 FREMM.

Le cabinet du ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, et le ministère de la Défense nationale n’ont pas répondu aux demandes de commentaires, mercredi.

Calendrier vague

Le projet de navire de guerre a été lancé pour de bon il y a près d’une décennie lorsque le chantier naval Irving, de Halifax, a été sélectionné en octobre 2011 pour construire la flotte, avec un coût total estimé à environ 26 milliards $; le premier navire devait être livré au milieu des années 2020.

Ce calendrier vague est resté en grande partie inchangé, du moins sur papier, même si le prix estimé a grimpé à 60 milliards $ et qu’Ottawa a commandé plusieurs navires plus petits afin que le chantier Irving puisse continuer ses activités jusqu’à ce que les navires de combat soient prêts à construire.

Les responsables de la défense ont révélé à La Presse canadienne plus tôt ce mois-ci que la construction du premier navire de Type-26 devrait commencer en 2023-2024, avec livraison en 2030-2031. Pourtant, ils ont insisté à l’époque pour dire que la facture de 60 milliards de dollars restait suffisante pour ces navires.

« En tant que contribuable, j’espère vraiment qu’ils ont raison sur les 60 milliards de dollars — et même moins, s’ils le peuvent », a déclaré M. Giroux mercredi. « Mais nous sommes convaincus que notre estimation des coûts est le scénario le plus probable : 77 milliards de dollars. »

M. Giroux a aussi reconnu que les fonctionnaires de la Marine sont les mieux placés pour déterminer ce dont elle a besoin et que chacun des différents modèles offre des avantages et des inconvénients.

La vérificatrice générale doit publier jeudi son propre rapport sur toute la Stratégie nationale de construction navale, qui comprend non seulement les 15 nouveaux navires de combat, mais des dizaines d’autres navires de la Marine et de la Garde côtière canadienne.

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