Erin O’Toole souhaiterait que les Jeux olympiques de 2022 n’aient pas lieu en Chine

Le chef conservateur, Erin O’Toole
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le chef conservateur, Erin O’Toole

Le chef conservateur, Erin O’Toole, demande au gouvernement libéral de faire pression pour que les Jeux olympiques d’hiver soient déplacés hors de Chine en 2022, alors que Pékin commet un « génocide » contre la minorité ouïghoure.

« Je pense que les Canadiens conviendront que cela violerait les principes éthiques fondamentaux de participer à des Jeux olympiques organisés par un pays qui commet un génocide contre une partie de sa population », a-t-il déclaré mardi matin en conférence de presse.

Selon M. O’Toole, le premier ministre Justin Trudeau devrait contacter le Comité international olympique (CIO) pour tenter de délocaliser les Jeux d’hiver de février prochain. Le Canada « ne devrait pas envoyer d’athlètes en Chine au milieu d’un génocide », a-t-il dit, sans aller toutefois jusqu’à réclamer que le Canada boycotte ces Jeux ou qu’il se mobilise pour les accueillir.

La Chine a été accusée d’utiliser le contrôle des naissances forcé pour limiter la population ouïghoure et d’avoir mis en place des camps de détention pour endoctriner la minorité majoritairement musulmane à la société chinoise. Pékin a nié tout acte répréhensible dans la province du Xinjiang, affirmant que le gouvernement mène plutôt un programme volontaire d’emploi et de formation linguistique pour cette minorité.

Interrogé là-dessus mardi midi, M. Trudeau a rappelé que le terme génocide est « extrêmement chargé » dans la communauté internationale et le droit international, et qu’il fallait utiliser ce terme avec prudence pour ne pas banaliser les génocides. Il a admis qu’il y avait eu « d’énormes violations des droits de la personne dans le Xinjiang » et il a assuré que son gouvernement et lui-même aborderaient toujours la question des droits de la personne avec les dirigeants chinois.

Pour ce qui est des Jeux, il a déclaré que « le Comité international olympique, le Comité olympique canadien, le Comité paralympique sont en train de regarder attentivement cette situation, de réfléchir à leur position, et nous allons bien sûr suivre attentivement leurs réflexions ».

De nombreux appels

La demande de M. O’Toole fait suite à une lettre signée par une vingtaine de députés de tous les partis à Ottawa et à Québec, de même que par des organisations humanitaires, appelant aussi à la délocalisation des Jeux si le gouvernement chinois poursuit son « génocide » contre les Ouïghours.

La lettre, initiée par le député bloquiste de Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, appelait « les humanistes et les démocrates du monde entier » à refuser de participer aux « Jeux de la honte ». En plus d’être signée par 19 élus, la lettre, publiée le 6 février, était notamment ratifiée par le médaillé olympique Jean-Luc Brassard, l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, le Centre consultatif des relations juives israéliennes et le Uyghur Rights Advocacy Project.

Cette lettre faisait elle-même suite à un appel de quelque 180 groupes de défense des droits de la personne à boycotter les Jeux de Pékin, qui devraient débuter le 4 février 2022.

Cette délicate question pour Ottawa s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec la superpuissance mondiale depuis deux ans. Pékin demande à Ottawa de libérer la dirigeante du géant des communications Huawei, recherchée pour fraude aux États-Unis. Meng Wanzhou, qui est également la fille du fondateur de la société, nie les accusations qui, selon la Chine, sont politiquement motivées dans le cadre d’un effort américain pour étouffer l’expansion économique du pays.

L’ancien diplomate canadien Michael Kovrig et l’entrepreneur canadien Michael Spavor ont été arrêtés par les autorités chinoises neuf jours après que la police canadienne a arrêté Mme Meng à l’aéroport de Vancouver en décembre 2018, en vertu d’un mandat d’extradition américain.

Bob Rae, l’ambassadeur du Canada auprès des Nations unies, a appelé l’organisation en novembre à enquêter afin de déterminer si la persécution des Ouïghours musulmans de souche au Xinjiang constitue bel et bien un « génocide ».

Le Sous-comité des droits internationaux de la personne du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international des Communes a franchi ce pas dans un rapport en octobre. « À la lumière des témoignages qu’il a recueillis au cours de ses audiences, en 2018 et en 2020, le Sous-comité est persuadé que les gestes du Parti communiste chinois constituent un génocide aux termes de la Convention sur le génocide » de 1948.