La place du Québec dans le cabinet Martin - Un visage très montréalais

Ottawa — Même s'il a envoyé une délégation de députés libéraux réduite à sa plus simple expression, le Québec conserve une forte représentation au sein du cabinet que Paul Martin a formé hier.

Sept ministres québécois ont été assermentés hier à Rideau Hall, en plus du premier ministre, comparativement à huit dans l'ancien conseil des ministres. Plusieurs d'entre eux se retrouvent à des postes névralgiques, tels Liza Frulla au ministère du Patrimoine canadien, Pierre Pettigrew aux Affaires étrangères et l'ancienne ministre québécoise Lucienne Robillard aux Affaires intergouvernementales.

Fin du purgatoire

C'est la fin du purgatoire pour Stéphane Dion, qui hérite du ministère de l'Environnement. Le fidèle allié de Jean Chrétien, à qui Paul Martin avait retiré sa limousine en décembre dernier, revient de loin: l'organisation du parti avait même essayé de le convaincre de céder son siège de Saint-Laurent-Cartierville aux dernières élections. Le premier ministre tente maintenant de tourner la page sur la guerre intestine qui a déchiré le parti. «Je veux lancer un message aux libéraux de partout au Canada: vous trouverez toujours une raison de diviser le parti, mais il y en a un millier pour le garder uni et fort. C'est ce dont nous avons besoin maintenant plus que jamais», a affirmé le principal intéressé, qui siège par ailleurs à presque tous les comités du cabinet.

«Cela montre à quel point on peut faire partie du cabinet, puis après ne pas en faire partie, pour ensuite faire de nouveau partie du cabinet. C'est de même que cela doit marcher. C'est dans le même contexte qu'on devrait regarder le cheminement de Denis Coderre», a pour sa part soutenu le premier ministre Paul Martin.

L'ancien président du Conseil privé est en effet écarté du conseil des ministres. Plusieurs observateurs ont souligné, au cours de la campagne électorale, les liens étroits de Denis Coderre avec des dirigeants de la firme de communications Groupe Everest, associée au scandale des commandites. Entre-temps, les libéraux semblent avoir d'autres plans pour M. Coderre, dont plusieurs ont souligné les talents d'organisateur. «Avec l'énergie qu'il a, j'espère qu'il la mettra au service du parti comme il le fait depuis plusieurs années», a déclaré le lieutenant du PLC pour le Québec, Jean Lapierre, soulignant qu'il appellerait le ministre déchu l'après-midi même.

Lapierre aux Transports

Le controversé lieutenant québécois a quant à lui été nommé au poste de ministre des Transports. «En 1984, j'avais été assermenté ministre d'État à la Jeunesse et aux Sports amateurs. Cela s'est avéré une job d'été. Cette fois-ci, je suis convaincu que cela va être plus long, avec un mandat très intéressant», a affirmé M. Lapierre, qui pense que son retour au cabinet après un passage chez l'adversaire bloquiste montre que «tout le monde peut cheminer dans la vie».

Son collègue de Papineau jubilait lorsque le premier ministre l'a invité à être assermenté comme ministre des Affaires étrangères. «J'ai commencé à me préparer pour ce poste il y a 30 ans», explique le titulaire d'une maîtrise en relations internationales d'Oxford, qui a occupé le poste de ministre du Commerce international pendant près de cinq ans dans le gouvernement Chrétien. «Je suis particulièrement content qu'un Québécois dirige la politique étrangère. Il y a très peu de Québécois qui ont dirigé ce ministère dans l'histoire de notre pays.» Ce dernier compte être plus ouvert aux demandes du gouvernement québécois en ce qui concerne sa présence aux grands forums internationaux.

Sa collègue Lucienne Robillard, nommée aux Affaires intergouvernementales, devra elle aussi faire preuve de doigté avec les provinces pour éviter une levée de boucliers au Québec. C'est que les principaux engagements de son parti empiètent sur les champs de compétence des provinces, comme la santé, la famille et les municipalités.

Un cabinet montréalais

Le nouveau cabinet de Paul Martin offre un visage très montréalais, à l'image des sièges que les Québécois ont consentis à son parti. Aucun ministre à l'extérieur de Montréal n'a été invité à siéger au saint des saints. Dans la grande région de Montréal, on retrouve cependant Jacques Saada, de la circonscription de Brossard-La Prairie, qui hérite du rôle de responsable de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et de ministre de la Francophonie. Il remplace un des rares députés libéraux en région, Claude Drouin, qui reçoit comme prix de consolation la fonction de secrétaire parlementaire chargé des collectivités rurales. Le député de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, perd lui aussi son poste de ministre d'État aux institutions financières.

Le député de Mont-Royal, Irwin Cotler, conserve quant à lui son poste de ministre de la Justice.
1 commentaire
  • Jean St-Jacques - Abonnée 21 juillet 2004 23 h 40

    Cabinet

    Même face, même pays.

    Pourquoi avons-nous voté le 28 juin pour retrouver à peu près les mêmes faces? Dire que le crique devra recommencer dans 18 mois.

    Heureusement que nous avons le Bloc québecois qui nous représente efficacement. C'est un pays qui ne fonctionne pas très bien. Il faudra bien qu'un jour, on s'attaque à notre pauvre confédération