Une combinaison de ministres faibles et inexpérimentés, déplore l'opposition

Ottawa — Les conservateurs sont déçus, les néo-démocrates s'inquiètent et le Bloc québécois craint une plus grande centralisation. Pour des raisons différentes, le nouveau cabinet de Paul Martin ne fait pas beaucoup d'heureux au sein des partis d'opposition à Ottawa.

La nomination de trois députés transfuges à des postes de ministre a suscité le mécontentement chez les conservateurs, qui y voient un manque d'intégrité. Il s'agit de Scott Brison, ancien député conservateur, d'Ujjal Dosanjh, ancien néo-démocrate de la Colombie-Britannique, et de Jean Lapierre, membre-fondateur du Bloc québécois. «Comment quiconque pourrait travailler avec quelqu'un comme Scott Brison, qui un jour vante le Parti conservateur et le lendemain intègre le Parti libéral», critique le leader du PC à la Chambre des communes, John Reynolds.

Le Parti conservateur n'est d'ailleurs pas plus tendre avec Ujjal Dosanjh, nouveau ministre de la Santé. «Quand il [Dosanjh] était premier ministre de la Colombie-Britannique, il a causé d'importants problèmes dans le système de santé et aujourd'hui on lui demande de nous sauver en matière de santé», lance John Reynolds. Dans un communiqué, le chef du Parti conservateur, Stephen Harper, soutient que «le premier ministre a combiné un ensemble de ministres faibles et inexpérimentés au sein d'un cabinet dominé par ses loyalistes».

Peu de changements

Pour les néo-démocrates, Paul Martin n'a effectué que peu de changements et n'a donc pas tiré de leçon des résultats du scrutin du 28 juin, qui lui a donné un gouvernement minoritaire. «Martin n'a même pas cherché à apporter des changements importants au gouvernement», clame le chef du NPD, Jack Layton, soulignant que les trois quarts du cabinet sont des membres de l'ancienne équipe.

«Laisser Goodale aux Finances démontre le maintien d'une politique économique conservatrice, continue Jack Layton. Et nous trouvons dommage de voir une diminution du nombre de femmes au cabinet quand Paul Martin avait promis le contraire.»

Jack Layton soutient que son parti attend impatiemment de connaître les stratégies des Bill Graham, Pierre Pettigrew et Stéphane Dion dans leurs nouvelles fonctions, respectivement à la Défense, aux Affaires étrangères et à l'Environnement, sur des dossiers chauds comme le bouclier antimissile et le protocole de Kyoto.

Le message du Québec

Au Bloc québécois, on ne voit pas le retour de Stéphane Dion d'un bon oeil et on soutient que le message du Québec n'a pas du tout été entendu. «Au Québec, les citoyens lui ont dit [à Paul Martin]: il y a un déséquilibre fiscal, il doit être réglé, et il a renommé M. Goodale aux Finances, un homme qui a toujours nié le déséquilibre fiscal», explique le leader parlementaire du Bloc québécois, Michel Gauthier.

«En santé, les gens ont demandé des investissements et pas d'intervention du fédéral, et il nomme M. Dosanjh, l'ancien premier ministre de la Colombie-Britannique, mais qui est un néo-démocrate et les néo-démocrates ont toujours eu une vision très centralisatrice de la politique», continue le député bloquiste.

Dans un communiqué, le Parti vert critique la moyenne d'âge des membres du cabinet, qui se situe à 56 ans. «Quand trois jeunes sur quatre ne vont pas voter, le gouvernement a besoin d'une politique dynamique pour impliquer davantage de jeunes dans toutes les étapes de décision», souligne le chef du Parti vert, Jim Harris, arguant que le cabinet ne contient aucun membre de moins de 35 ans.

Différents groupes de la société civile ont aussi réagi à la nomination du cabinet, notamment la CSN, qui soutient qu'un «nouveau cabinet n'est pas gage d'une nouvelle orientation politique» et que, «du côté des relations avec la nation québécoise, la CSN ne note pas d'amélioration évidente». Pour sa part, la présidente de la Chambre de commerce de Québec, Francine Lortie, s'insurge contre le fait que le cabinet Martin ne compte, au Québec, aucun représentant à l'est de Montréal pour défendre les dossiers de ces diverses régions.